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L'artiste de jazz cubaine Yissy García découvre le crowdfunding pour la production de son disque

YISSY & BANDANCHA (1)

Photo publiée avec l'accord de Yissy Garcia

La célèbre musicienne de jazz Yissy Garcia a récemment lancé une campagne de financement [anglais] sur la plateforme en ligne Verkami, avec comme perspective la production du premier disque du projet qu’elle dirige : Banda Ancha. Yissy Garcia a accueilli avec joie et émotion cet énorme défi qu’est le crowdfunding numérique dans un pays analogique, malgré quelques nuits blanches empreintes d’anxiété.

Nous avons rencontré la jeune musicienne pour parler avec elle des particularités du micro-mécénat dans un pays comme Cuba. 

Global Voices (GV) : Pourquoi faire un disque physique alors qu’Internet permet de soumettre et vendre sa musique ?                                                                 

Yissy Garcia (YG) : Quand le disque sera terminé, le premier objectif sera de le mettre en ligne, sur des plateformes de streaming et de vente en ligne, mais également d’établir des contrats de licence avec les maisons de disques cubaines qui seraient intéressées. Et je ne parle ici que des copies physiques. Bien sûr, les disques ne sont pas vendus à une grande échelle, mais je ne pense pas qu’ils disparaitront complètement. Par exemple, le public adore acheter des disques en concerts, et ils demandent aux artistes de les dédicacer. D’autres veulent lire les informations qu’ils contiennent. A Cuba, le disque physique prévaut encore, avec en parallèle des copies qui passent de « main en main ». 

GV : Dites-nous en plus sur le contenu du disque, les collaborations etc.

Pour ce disque, nous voulons laisser s’exprimer presque tout le répertoire que nous avons joué depuis le début du groupe. Il s’agira principalement de chansons que j’ai composées, ainsi que deux de Julio Rigal, le trompettiste, et une de Jorge Aragon, le pianiste. Bien sûr, plus que de savoir qui est l’auteur de ces chansons, le travail en équipe constitue notre dynamique, tous les musiciens apportent leurs idées qui se reflètent dans le résultat final.

Je suis aussi entourée d’amis et de grands talents. J’aurai le privilège de pouvoir compter sur les voix de Yusa, Danay Suarez et Kelvis Ochoa, sur mon père Bernardo Garcia et José Angel « El Negro » aux percussions, sur Hector Quintana à la guitare et sur Emir Santa Cruz au saxophone. 

GV : Dans la proposition de micro-mécénat (crowdfunding), on peut lire « Nous ressentons les transformations de l’industrie musicale d’une autre façon, en particulier en ce qui concerne la convergence technologique et la connexion à Internet ». Que veux-tu dire ?

Je fais référence à l’absence de connectivité et donc au peu de connaissance et d’utilisation des espaces numériques, là où la musique se développe et se partage à un niveau international. Nous vivons sur une île où l’accès à Internet est très limité. Nous devons alors faire face à une gestion des médias et des modes de consommation obsolètes dans le reste du monde. Un grand défi que nous avons, nous les jeunes musiciens de Cuba, est de continuer à nous approprier, de quelque façon que ce soit, les outils que la technologie offre pour gérer notre musique. Le nom de notre groupe est un clin d’œil subtil à ce phénomène – BANDANCHA – et toute notre campagne joue sur ces mots. Ce n’est pas l’objectif initial, mais nous avons tout de même profité de cette idée.   

GV : Comment te sens-tu à l’idée d’être la première artiste de jazz à proposer un disque qui pourrait être financé par le mécénat ? Si tu pouvais imaginer un accès total à Internet, comment pourrais-tu entrevoir la production musicale à Cuba ?

YG : Pour être honnête, je n’ai pas eu vraiment le temps d’y penser. L’aventure, la nouveauté que cela apporteraient à ma carrière pourrait me combler ; c’est, d’une certaine façon, une porte ouverte vers quelque chose de plus grand. Avec un accès total à Internet, ce n’est pas seulement la production de disques mais aussi toute la scène musicale cubaine qui se revitaliserait, se mettrait à jour, que ce soit dans sa gestion mais aussi dans sa distribution nationale et internationale. Un exemple simple : pour travailler sur n’importe quel projet, il n’est pas indispensable de se trouver dans le même pays, Internet gomme les frontières : tu peux contacter un musicien ou un producteur via Skype, vous mettre d’accord sur un ou deux détails, te rendre en studio puis envoyer tes pistes. Voilà comment cela se passe à Cuba.

GV : Vous vous êtes adjointe les services de Nelson Ponce pour le design des t-shirts ; il est certainement aujourd’hui le meilleur jeune créateur cubain. Y aura-t-il des designs variés ou personnalisés ? Peut-on avoir un aperçu ? 

YG : En réalité, c’est un luxe énorme d’avoir Nelson dans l’équipe, son soutien est fondamental dans le déroulement de la campagne. En ce qui concerne les t-shirts, si je vous dis que nous préparons des designs personnalisés il va me tuer (rires). Nous travaillons actuellement sur un produit que les gens ont envie de porter ; je suis très confiante, car cela vient des mains de Nelson. Ce sera quelque chose de spectaculaire !

GV : Racontez-nous cette expérience qu’est le crowdfunding. L’adrénaline, l’anxiété ou l’incertitude court dans vos veines ? Qui vous aide à poster, diffuser et divulguer ?

Il est très difficile de mettre en place un projet de crowdfunding à Cuba, notre environnement est analogique et le crowdfunding est une expérience digitale. Que dire de plus ? Tout est lié : l’adrénaline, l’incertitude, l’anxiété, les insomnies, mais aussi la joie et la confiance. J’ai grandi en tant qu’artiste, et la communauté qui suit ma musique également. Ca vaut tous les efforts fournis pour faire avancer la campagne.

Pour BANDANCHA, cela a été excellent en termes de visibilité, d’impact. Nous avons figuré dans plusieurs journaux, blogs, communautés… Comme stratégie de communication, c’est très efficace. Bien sûr, je suis la tête d’affiche, mais il y a une grande équipe de professionnels tout terrain très impliquée dans le projet, sans mentionner le grand nombre d’amis qui nous ont rejoints avec une formidable énergie, nous aidant de toutes les façons possibles. Ils ont même inventé un « crowdfunding en direct » pour les contributions de La Havane ; ils disent qu’ils ne disposent pas de la technologie nécessaire (compte Paypal etc.) mais que ce n’est pas un obstacle. Ainsi j’ai demandé à l’artiste Lazaro Salsita qu’il nous prépare un « cochon-tirelire » pour «ouvrir » la semaine prochaine dans un café de Vedado. Cette initiative me semble spectaculaire. C’est une création collective, mon disque ne naît pas uniquement pendant les séances d’enregistrement au studio, il commence bien avant, puisque la musique se nourrit de tous ces processus.

En vérité, j’ai beaucoup de chance et je suis reconnaissante d’avoir tant de gens à mes côtés. La liste est longue, mais je ne peux pas ne pas mentionner les acteurs principaux : Yoana Grass (fondatrice de Zona Jazz Cuba, la plateforme qui nous a lancés), Kerstin Hernández, Laura Gutiérrez, José Ernesto González Mosquera, Marta María Ramírez, Nelson Ponce, Raupa, Alejandro Suárez, Alejandro Azcuy, Majel Reyes, Darsi Fernández, Leire Fernández, Liliana Ariosa, Idania del Río, Yanet Fernández de Suena Cubano, Rosa Marquetti, Gabriela Gutiérrez… ils sont nombreux !

GV : Ce type de processus s’accompagne de deux cases, une pour perdre et une autre pour gagner. Selon toi, dans laquelle ira ton projet ?

Dans celle qui va gagner,  bien sûr ! 

Publié à l’origine sur Cuba contemporánea [espagnol].

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