Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Pour arrêter les militants de la “Révolution des parapluies”, la police de Hongkong leur donne rendez-vous

The Hong Kong police made arrest appointment with 4 members of student activist group, Scholarism on 16 of January 2015. Photo from inmediahk.net's Facebook page.

A Hongkong, la police a arrêté sur rendez-vous 4 militants du mouvement estudiantin, Scholarisme, le 16 janvier 2015. Photo publiée sur la page Facebook de inmediahk.net

Nous avons presque tous l'habitude de réserver une table pour aller au restaurant. Mais, comment réagiriez-vous si la police faisait de même pour vous arrêter ? L'idée peut vous sembler absurde. Pourtant, c'est bien ainsi que la police de Hongkong a procédé pour appréhender plus de 50 militants à la suite des manifestations massives, surnommées “Révolution des parapluies”. Ces manifestations exigeaient un véritable suffrage universel pour l'élection du chef de l'exécutif de la région administrative spéciale de la République populaire de Chine.

Les militants ont été arrêtés sous les allégations d'incitation et de participation à un rassemblement illégal entre septembre et décembre 2014. Bien qu'ayant été libérés après ces “arrestations sur rendez-vous”, les militants estiment qu'elles sont destinées à créer une atmosphère de terreur blanche pour que les citoyens hésitent à prendre part aux prochaines manifestations. La police s'est défendue d'une telle accusation en expliquant que ses agents s'étaient simplement conduits de manière “civilisée”.

Lam Shun Hin, étudiant militant de Scholarisme, a raconté sur Facebook l'appel téléphonique “civilisé” qu'il a reçu de la police du Département Crime & Sécurité, le 6 janvier dernier (via la  page de Scholarisme) :

「喂,林淳軒,我係有組織罪案 ……」
當我十點幾收到咁提神ge morning call
我就知可能要被直接拘捕了,結果係…
「我地懷疑你涉嫌召集及組織未經批准集結, 想請你下星期返去協助調查。」
「係咪會直接拘捕?」
「係。」

親愛的朋友請放心,衝入公民廣場當天我亦被捕了,心理上一早已有準備。公民抗命,無畏無懼。

我依然相信上帝教我們行公義,好憐憫。面對白色恐怖,我只能存謙卑的心與神同行。

“Bonjour, Lam Shun Hin. C'est l'unité du crime organisé à l'appareil…
Cet appel matinal, à 10 heures, m'a réveillé et je savais qu'on allait probablement venir m'arrêter…
– Nous vous suspectons d'être impliqué dans la préparation et l'organisation d'un rassemblement non autorisé et nous souhaiterions que vous nous prêtiez  assistance dans notre enquête la semaine prochaine.
– Vous êtes en train de me dire que vous allez m'arrêter ce jour-là ?
– C'est exact.”
Mes chers amis, ne soyez pas inquiets. Lorsque je me suis précipité sur Civic Square [place située devant le siège du gouvernement où le 27 septembre 2014, un incident a déclenché les manifestations massives], j'ai également été arrêté. J'y suis préparé psychologiquement. Je n'ai pas peur de subir les conséquences de la désobéissance civile.
Je crois que Dieu nous enseigne à appliquer la justice sur terre et à avoir de la compassion pour nos semblables. Face à la terreur blanche, je travaillerai auprès de Dieu avec un cœur humble.

Wong Hoi Ming, un militant expérimenté plusieurs fois mis en état d'arrestation au cours des deux dernières années, a expliqué pourquoi la police avait appréhendé les militants de cette manière :

為甚麼警察這麼笨,明明不起訴,卻又讓他們「無條件釋放」,等下次正式拘捕又要重頭做一次程序呢?答案很簡單,因為警察以及律政司根本完全沒有準備好上庭的資料。哪為何不等到準備好才出擊大肆起訴拘捕呢?答案也很簡單,因為警務處處長曾偉雄在清場後曾聲言要在三個月內把佔領者「緝拿歸案」。
又捉又放,其實說到尾只是因為警務處處長的一句話,可以耀武揚威,向中共展示自己「高效率」。這樣看來,不論是被捕者,連警員都成為了政治工具,讓處長可以逞英雄。

Comment en sont-ils venus à arrêter d'une manière aussi ridicule ? Ils n'avaient pas décidé de les poursuivre en justice et ils les ont relâchés sans condition [les militants refusent de payer la caution]. Ce faisant, s'ils décident vraiment d'entamer des poursuites judiciaires, ils devront recommencer à zéro toutes les procédures de l'arrestation. En fait, la réponse est bien plus simple. La police et le ministère de la Justice n'avaient tout bonnement pas de documents juridiques prêts pour engager la procédure judiciaire. Alors, pourquoi ne pas avoir attendu qu'il y ait suffisamment de preuves pour arrêter les militants ? Ici aussi, la réponse est simple. Le chef de la police, Andy Tsang, avait ouvertement affirmé que les militants du mouvement d'Occupy Central seraient “arrêtés” dans les trois mois qui suivraient l'évacuation des sites des manifestations.
Arrestation et libération devaient servir comme arguments de poids pour la déclaration publique du chef de police. Dans le but de montrer que l'autorité de la police est puissante et de prouver au Parti communiste chinois qu'il est “efficace”. Vu sous cet angle, les officiers de police comme les militants arrêtés ont servi d'outils politiques pour donner une image héroïque du chef de la police.

En un sens, une arrestation “civilisée” sur rendez-vous est un chef d’œuvre d'humour noir immortalisé par une photo virale que l'on a pu trouver tout le weekend sur Internet. Cette photo représente trois personnages historiques, Liu Bei, Guan Yu et Zhang Fei – les plus remarquables héros de la période des Trois Royaumes -, à l'extérieur du commissariat de police de Mongkok. Il est intéressant de noter que Guan Yu, qui représente la justice, est révéré comme un dieu par de nombreux agents de la police locale. Cette photo a fortement amusé les internautes à qui la police avait également fixé un rendez-vous à ces trois grandes figures historiques pour les arrêter.

Three ancient Chinese heroes standing outside Mong Kok Police Station. Netizens wondered if they also had appointment with the police. Photo from Mocking Jer's Facebook Page.

Les trois héros historiques chinois devant le commissariat de police de Mongkok. Les internautes se sont demandé si eux-aussi avaient été convoqués par la police. Photo publiée sur la page Facebook de Mocking Jer

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
Non merci, je veux accéder au site