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Mexique : disparition des étudiants d'Ayotzinapa, 137ème Jour

Marcha contra la detención y desaparición de los 43 normalistas de Ayotzinapa, en Montevideo, Uruguay.  Noviembre 17, 2014. Foto tomada de la cuenta de Sofía González en Flickr bajo licencia Creative Commons.

Une jeune fille avec une bannière “Les 43 nous manquent” lors d'un rassemblement pour les étudiants d'Ayotzinapa à Montevideo, Uruguay. 17 novembre 2014. Photographie de Sofía González (Flickr/Creative Commons).

Il s'est écoulé plus de 137 jours depuis les violents événements qui ont eu lieu dans l'état de Guerrero (Sud-Ouest du Mexique) et se sont achevés par ce que beaucoup considèrent comme la disparition orchestrée de 43 étudiants de l'Ecole Normale Rurale Raúl Isidro Burgos (ou Ecole Normale d'Ayotzinapa), dont le campus principal se situe à Ayotzinapa. Certaines personnes déclarent maintenant catégoriquement que les étudiants ont, comme d'autres, été assassinés. 

En ce moment, l'affaire est marquée par les réclamations de l’Équipe Argentine d'anthropologie Médico-Légale (Equipo Argentino de Antropología Forense, ou EAAF), dont le groupe d'experts a assisté les autorités mexicaines pour clarifier les faits mais n'a pas dirigé l'enquête, menée exclusivement par le Bureau du Procureur Général (Procuraduría General de la República, abrégé en PGR, membre du Cabinet Présidentiel du Mexique).

Les protestations de l'EAAF peuvent être résumées ainsi :

  • Les experts de l'EAAF n'étaient pas présents lors de la récupération des restes de squelettes que le PGR suppose appartenir aux étudiants disparus. L'EAAF n'a pas reçu de copie du document faisant office du respect des procédures dans l'enregistrement des preuves.
  • Le 15 octobre 2014, le PGR a réalisé une enquête sur l'une des possibles scène de crime, le site d'enfouissement des déchets de Cocula, en Guerrero. L'EAAF n'était pas présente et n'a pas participé à cette entreprise. La susnommée localisation a été laissée ouverte au public au moins 20 jours au mois de novembre. 
  • Des différences ont été observées entre les profils génétiques établis par le PGR et l'EAAF lors de la comparaison d'échantillons récupérés et d'échantillons fournis par les familles des étudiants disparus. Cette différence a été qualifiée “d'inhabituelle” par l'EAAF.
  • Dans le site d'enfouissement des déchets de Cocula, des restes humains ne correspondant pas à ceux des étudiants disparus ont été découverts. 
  • Dans l'une de ses conclusions, l'EAAF indique que les preuves devraient être exploitées “dans toutes leurs possibilités, sans accorder de préférence aux interprétations qui sont en parfaite corrélation avec les témoignages des accusées” (qui auraient avoué avoir participé au massacre, selon les dires du PGR).

On peut relevé par rapport au deuxième point cité ci-dessus, à propos de la non-participation de l'EAAF lors des premières enquêtes sur le site d'enfouissement des déchets de Cocula, que le texte exact déclare :

El EAAF planteó esta seria irregularidad en reunión con el Procurador Lic. Murillo Karam en su despacho, en presencia de su equipo de trabajo y abogados de los familiares, a comienzos de diciembre del 2014, solicitando considerar excluir o evaluar la legalidad de la evidencia recuperada en esa oportunidad por la PGR en el basurero de Cocula.

L'EAAF a mentionné cette sérieuse anomalie lors d'une rencontre avec le Procureur Général Murillo Karam, dans son bureau, en la présence de son équipe de travail et des avocats des familles, début décembre 2014. Elle et a demandé à ce que les preuves découvertes à cet endroit par le PGR soient considérées comme inexploitables du point de vue de la loi.

Le PGR, de son côté, a maintenu sa version officielle, nommée dans les termes techniques légaux de “vérité historique des événements”. Cette version décrit la privation illégale de liberté des étudiants et leur assassinat par trois individus qui ont avoués avoir participé aux événements. Cependant, l'ancien maire d'Iguala, José Luis Abarca, ainsi que sa femme, María de los Ángeles Pineda, mieux connus sous le nom de “Couple Impérial“, et suspectés d'avoir ordonné le massacre, ne font pas partie des trois individus en question.

En prenant la version officielle des événements comme véridique, il faudrait donc considérer les étudiants comme assassinés et non disparus.

Par rapport à ce désaccord, l’Institut Fédéral pour l'Accès à l'Information Publique et à la Protection de Données (Instituto Federal de Acceso a la Información y Protección de Datos), agence garantissant le droit d'accès à l'information au Mexique, a déclaré dans un communiqué de presse qu'il avait ordonné à l'armée mexicaine de remettre les informations concernant l'assistance militaire dans les enquêtes liées à ces événements, vu le sérieux de la situation :

Existe un interés público que es superior a la reserva de la información dado que las víctimas sufrieron violaciones graves a derechos humanos.

Il y a un intérêt public qui doit prévaloir sur la rétention d'informations si l'on considère que les victimes ont souffert de graves violations de leurs droits fondamentaux.

Le journal en ligne Animal Político a déclaré que les familles des étudiants ne reconnaissent pas la version officielle des autorités mexicaines :

La verdad histórica de la PGR sobre la desaparición de los 43 normalistas de Ayotzinapa se cae a pedazos, consideraron los familiares de los estudiantes al fijar una postura sobre la información difundida por el EAAF.

D'après les familles des étudiants, qui prennent position en s'appuyant sur les informations partagées par l'EAAF, la vérité historique du PGR sur la disparition des 43 étudiants normaliens à Ayotzinapa ne tient pas debout.

Cela s'ajoute au sentiment de méfiance et d’agacement présent sur les réseaux sociaux, qui traitent l'affaire avec respect. Par exemple, l'utilisateur  LaCompa+Bonita a déclaré sur Twitter :

Je pense que la #Véritéhistorique est vraiment un #MensongeHystérique

Victor Manuel a argumenté ainsi :

Dans l'affaire #Ayotzinapa il y a beaucoup de pistes d'enquêtes qui ne sont pas exploitées. C'est une parodie de justice que de parler de #VéritéHistorique

L'utilisateur Agus a mis en lumière la chose suivante :

Vu les résultats qu'à présenté #MurilloKaram sur #Ayotzinapa j'ai plus confiance dans l'Équipe Argentine d'anthropologie Médico-Légale que dans le #PGR

Et Argel Mendoza G. a commenté de la même manière :

Ici, la question n'est pas de croire les propos des argentins plus que ceux des mexicains, c'est de croire tout ce qui n'est pas déclaré par le #PGR

Pour ajouter à l'incertitude et à la disgrâce, les médias ont récemment fait part d'une sinistre découverte dans un crématorium abandonné à Puerto Marqués, dans le voisinage d’Acapulco (Guerrero), une destination très touristique : au moins 60 corps dans des états de décomposition plus ou moins avancés.

Tout cela laisse à penser que l'affaire Ayotzinapa n'est plus limitée à la douleur des victimes et aux appels de fin de violence ; elle s'intéresse maintenant aussi à ceux qui sont engraissés par les autorités, et à ceux qui cherchent la justice pour les nouveaux corps découverts dans les fosses clandestines, qui ont été déclarés comme n'appartenant pas aux étudiants disparus.

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