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Les mouvements étudiants de Bahreïn pourront-ils trouver une solution aux problèmes politiques du pays?

London, United Kingdom. 21st May 2011 -- Bahraini and Spanish protestors grouped together outside their Embassies in London supporting each other’s fights in their quest for greater political freedoms and human rights in their countries. United Kingdom. 21st May 2011. Photograph by Justice For Bahrain. Copyright: Demotix

London, United Kingdom. 21st May 2011 — Bahraini and Spanish protestors grouped together outside their Embassies in London supporting each other’s fights in their quest for greater political freedoms and human rights in their countries. United Kingdom. 21st May 2011. Photograph by Justice For Bahrain. Copyright: Demotix

Bahreïn, qui connait une crise politique depuis février 2011, ne semble pas pouvoir sortir de l'impasse [EN]. Des étudiants bahreïnis ont récemment organisé un événement intitulé Bahrain Debate, à Londres, dans l'espoir de trouver un nouvelle voie de sortie de crise.

Le pays a une longue histoire de mouvements étudiants. La précédente génération d’activistes bahreïnis a débuté sa carrière politique comme membres d'un groupement d’étudiants, au début des années 70.

Abdulrahman Al Nuaimi, second from right, is the founder of WAAD (National Democratic Action Society), which is the first political party in the Gulf region. WAAD is the second largest political group in Bahrain and the largest secular political group in the country, This picture is from the days when he was with the Bahraini students union in Iraq (1975). Source: Aldemokrati

Abdulrahman Al Nuaimi, second en partant de la droite, est le fondateur du WAAD (Société Nationale d'Action Démocratique), le premier parti politique du Golfe. Le WAAD est le deuxième plus grand groupe politique à Bahreïn et le plus grand parti laïc du pays. La photo date est prise alors qu'Al Nuaimi rencontre les étudiants bahreïnis en Irak (1975). Source: Aldemokrati

Sauf mention contraire, tous les liens proposés renvoient vers des pages en arabe.

Le syndicat étudiant de Bahreïn peut techniquement être considéré comme le premier syndicat de l'histoire du pays. Il a été fondé le 25 février 1972 par un groupe d’étudiants d’universités de Damas, en Syrie, qui ont décidé de se regrouper et de s'organiser. A cette époque, le syndicat comprenait 11 groupes d’étudiants de différents pays, avant de croître pour atteindre 16 groupes.

En 1975, le Parlement bahreïni est suspendu [EN] pour avoir exigé un droit de regard plus fort sur les revenus de l'Etat. Une interdiction générale des syndicats, considérés comme des rivaux sérieux au pouvoir en place, entre alors en vigueur. Le syndicat étudiant a énormément souffert des poursuites qui ont suivi. De nombreux membres sont interdits de sortie du territoire; ceux vivant en dehors de Bahreïn sont arrêtés et extradés, d'autres se voient privés de leur bourses.

Les autorités décident ensuite de créer des groupes étudiants parallèles, soutenus financièrement par le gouvernement. Ces groupes parallèles avaient pour objectif d'enrayer la naissance de nouveaux mouvements étudiants à l’étranger. Mais ces “ONG gouvernementales” ont périclité et disparu – comme, à cette époque, la plupart des groupes formant la société civile de Bahreïn.

Après que l'interdiction des syndicats a été levée en 2001, les mouvements étudiants réémergent avec peine. Déchirés entre l'influence d'acteurs aux visées politiciennes et les divisions sectaires, ils ont été mis de côté, devenant seulement les instruments d'agents politiques classiques. Un événement organisé par un groupe d’étudiants indépendant attire rarement l'attention.

En février 2012, j'ai participé à un débat sur le sujet de la crise à Bahreïn. Le premier rassemblement, jusqu'alors, où se rencontraient des personnes de différentes parties du spectre politique, à cette table ronde, publique, à Bahreïn. Pour plusieurs raisons, ce type d’événements n'a plus été tenu dans le pays, du moins jusqu’à récemment.

Bahrain Debate a pour but d'essayer de trouver des solutions alternatives à la crise politique à Bahreïn. La première réunion a essentiellement permis un débat sur les questions de droits de l'homme et politique, sur le futur du pays et le rôle de la jeunesse.

Dans un rapport [EN] du think tank Chatham House, Bahrain Debate est cité comme l'une des initiatives, au sein de la société civile, qui pourrait aider à trouver des solutions nouvelles et plus imaginatives à la crise que connait le pays.

Selon le rapport:

En 2012, un groupe de jeunes bahreïnis a tenu un débat d'un type assez rarement vu jusque là, le “Bahrein Debate”, dans un club d'anciens élèves de la capitale. L'objectif – diffusé en ligne et en direct – était de discuter la crise politique à Bahreïn au sein d'un forum ouvert ; les organisateurs ont expliqué que les 50 tickets proposés se sont écoulés en moins de 10 minutes. Des Bahreïnis de toutes les sensibilités politiques ont salué le débat, considéré comme un exemple rare, bien que non réitéré, de dialogue organisé par la société civile.

Pour tenter de raviver cet effort de réflexion collective, un groupe d’étudiants au Royaume-Uni a décidé de rouvrir les discussions sur le futur du conflit.

Les organisateurs de Bahrain Debate affirment dans leur déclaration:

“Le but de cet événement, organise en collaboration avec le club “Moyen-Orient et Afrique du Nord” de la SOAS [Ecole des Etudes Orientales et Africaines, faisant partie de l’université de Londres, NDLT], est de permettre de repenser le conflit en se concentrant sur ses aspects d’économie politique, historiques et sociétaux. Cette initiative se déconcentrera pour abriter des espaces de débats indépendants, chapeautés par Bahrain Debate, et des débats “en interne” pour les acteurs plus proches entre eux politiquement, qui pourront discuter des meilleures approches et solutions, etc.”

Je suis convaincue qu'il n'est rien de moins qu'un devoir d'utiliser tous les moyens possibles pour avoir un impact, quel qu'il soit, sur la crise politique et humanitaire de ces trois dernières années.”

Marwa Hassan, du  club “Moyen-Orient et Afrique du Nord” de la SOAS, fait partie des organisateurs. Elle explique qu'elle voit plus le projet comme un devoir qu'un privilège. Elle ajoute:

“En tant qu’étudiante dans l'une des universités les plus actives politiquement, je suis convaincue qu'il n'est rien de moins qu'un devoir d'utiliser tous les moyens possibles pour avoir un impact, quel qu'il soit, sur la crise politique et humanitaire de ces trois dernières années. Quand on ne vit pas les conséquences directes d'une crise qui se déroule dans un pays situé à des milliers de kilomètres d'ici, il est extrêmement facile de se détacher et de se faire des illusions sur la réalité du monde. Pourtant, cette réalité nous touche, par ses impacts sur nos libertés politiques et d'expression. Par conséquent, disposant d'une plateforme pour aborder ces questions, et potentiellement créer le changement – au moins le changement d’idées – il en va de notre devoir de l'exploiter. En encourageant d'autres organisations à monter le même genre d’événements, nous espérons promouvoir le changement et le développement d'autres modalités politiques à Bahreïn, tout comme dans le monde arabe au sens large.”

Abdulla Abdalaal est un doctorant du Département d'Economie à la SOAS. Il explique que la situation de Bahreïn exige que l'on trouve des solutions pour que le scénario du pire ne se réalise pas:

“Ce que Bahrain Debate essaie de faire, c'est de casser les murs et de construire des ponts entre acteurs politiques, économiques et sociaux, au sein du pays et avec la communauté internationale. Le climat qui prévaut actuellement à Bahreïn peut déboucher sur des résultats dangereux, impasse politique, stagnation économique ou dégradation du lien social. Nous souhaitons mettre en évidence ces problèmes constatés par toutes les sensibilités, encourager un débat productif et poser les fondations qui permettront de repenser le conflit.”

Les organisateurs voient cet événement comme le premier d'une série de débats qui tenteront de rassembler différentes parties du champ politique, affirme Mohammed Aldaysi, qui fait partie de ces organisateurs. Il ajoute:

“Disposer d'un plateforme de débat, par ailleurs nécessaire, ne peut qu’améliorer les chances de coopération ou de conflit entre acteurs politiques. Le but principal est ici de souligner le besoin d'une analyse du conflit sous l'angle de l’économie politique pour trouver des solutions plus durables.”

Ce n'est sûrement pas la dernière fois que l'on entend parler de ces jeunes Bahreïnis. Leur vision serait de donner suffisamment d’élan à l'initiative pour avoir un impact concret, selon Noor Bahman, une organisatrice:

“Nous travaillons actuellement avec différentes composantes du paysage politique. Nous allons diffuser cet événement à Bahreïn – avec des sous-titres adaptés au public bahreïni – tout en continuant probablement de débattre avec d'autres participants là-bas. Il y aura vraisemblablement un événement à Edimbourg en 2015, potentiellement aux Etats-Unis. Nous avons également contacté trois coalitions politiques à Bahreïn, qui se sont montrées intéressées pour l'organisation de débats sur le même modèle. Rien n'est finalisé pour le moment, mais nous avons une vision.”

La première session Bahrain Debate a eu lieu en décembre 2014 à la SOAS. C'est la première fois depuis 2011 que des représentants officiels de l'opposition et du gouvernement participent à un événement comme cette assemblée. Il est possible de regarder la session en intégralité via le lien ci-dessous, ou de suivre le compte Twitter  [AR] The Bahrain Debate.

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