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Libération du tortionnaire sud-africain Eugene de Kock : l'apartheid et ses démons

Surnommé “Prime Evil” (le “premier mal”), Eugene de Kock était officier commandant d'une unité spécialisée dans la contre-insurrection au sein de la police sud-africaine, responsable d'enlèvement de la torture et du meurtre d'un grand nombre de militants anti-apartheid pendant la période de l'apartheid. Il a bénéficié dernièrement d'une mesure de libération conditionnelle après avoir purgé 20 ans d'une peine de 212 ans de prison.

Pierre de Vos, professeur de droit constitutionnel sud-africain, réagit à cette libération en soutenant que le temps est venu de faire face aux démons de l'apartheid, sans limiter cette confrontation à De Kock, qui l'a défendu :

What De Kock did was monstrous – far more monstrous than anything an ordinary beneficiary of apartheid did. Whether he deserves to be granted parole is, therefore, at the very least, debatable. But singling out De Kock as particularly evil is also comforting for those of us who benefited from apartheid and continue to do so because of its lingering effects.

It’s an archetypal example of “Othering”. We pinpoint one wrongdoer (the torturer in the attic) in order to obscure our own complicity in upholding and benefiting from the system in whose name De Kock committed his crimes.

Supporting the prosecution and conviction of De Kock and his continued incarceration, and insisting on depicting him as uniquely evil, allow us to avoid having to confront the fact that the system itself was evil through and through.

It helps us white South Africans who lived through apartheid (or whose parents did) to retain the idea that we were, for the most part, “decent” people – lawyers, accountants, government clerks, railway workers, doctors, school teachers, insurance brokers – who read and discussed the merits of good books and movies with friends, who went to the opera and the symphony concert, who swooned over the yodelling Briels, who cried when that dog was killed in that children’s movie, who treated our servants with condescending kindness. In our own minds we would never, ever deliberately endorse cruelty and violence towards others.

Yet, we benefited from the system whose very raison d’être was to oppress and exploit others and to uphold and defend the sham superiority of whites and what is ironically termed “Western civilisation” – the same “civilisation” that produced Hitler, Stalin, Vietnam and Iraq, and embraced and benefited from slavery and colonial oppression.

Les actes perpétrés par De Kock étaient monstrueux – bien plus que tout ce qu'un bénéficiaire quelconque de l'apartheid a pu faire. Il est donc pour le moins discutable qu'il mérite de bénéficier d'une mesure de liberté conditionnelle. Ceci dit, isoler De Kock pour sa nature particulièrement mauvaise permet également de rassurer ceux d'entre nous qui ont profité de l'apartheid et qui continuent à le faire en raison des effets persistants de ce système.

Il s'agit d'un archétype illustrant un mécanisme d'“altérité”. Nous identifions un responsable (le bourreau caché dans le grenier) de manière à mettre un voile sur notre complicité dans le soutien apporté au système, dont nous profitions, et au nom duquel De Kock commettait ses crimes.

En appuyant les poursuites et la condamnation de De Kock ainsi que son maintien en détention, et en persistant à le dépeindre comme le seul représentant du mal, nous évitons de faire face au fait que c'est le système lui-même qui était intrinsèquement mauvais.

Pour nous, Sud-Africains blancs ayant traversé l'apartheid (ou dont les parents ont connu cette période), nous nous confortons dans l'idée que nous étions, pour la plupart, des honnêtes gens – avocats, comptables, fonctionnaires de l'Etat, cheminots, médecins, maîtres d'école, courtiers en assurance – qui lisions et discutions avec des amis à propos des mérites de bons livres ou films, qui fréquentions les opéras et et les concerts symphoniques, qui nous pâmions à écouter les tyroliennes des musiciens Briels, qui pleurions en voyant un chien tué dans tel film pour enfant, qui traitions nos domestiques avec une bonté condescendante. Dans notre esprit, nous n'aurions jamais cautionné délibérément la cruauté et la violence contre autrui.

Pourtant, nous avons profité de ce système, dont la véritable raison d’être était d'opprimer et d'exploiter les autres et de soutenir et de défendre la fausse supériorité des blancs et ce qui était ironiquement considéré comme la “Civilisation occidentale” – cette même “civilisation” qui a engendré Hitler, Staline, le Vietnam et l'Irak, et qui a adopté l'esclavage et l'oppression coloniale pour en tirer profit.

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