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Des militantes féministes harcelées en Chine, à la veille de la Journée internationale de la femme

At least 7 woman activists were arrested at the eve of the International Women's Day. A collage of photo from "Gender in China" Weibo.

Au moins 7 activistes ont été arrêtées à la veille de la Journée internationale de la femme. Montage photo du compte Weibo de Gender in China 

Plusieurs activistes chinoises des droits de la femme ont été détenues par la police à la veille de la Journée internationale de la femme. 

Une des femmes qui a été par la suite relâchée par la police, l'activiste Ai Ke a révélé que la police cherchait à étouffer dans l'oeuf une campagne de lutte contre le harcèlement sexuel dans les transports publics, prévue pour le 7 mars.

La police a tout fait pour que personne ne puisse participer à cette campagne.

Les nouvelles de l'arrestation des activistes féministes ont commencé à circuler sur Weibo, l'équivalent du Twitter chinois dès le matin du 7 mars. Le site des droits humains chinois, Weiquanwang, a regroupé les informations de plusieurs sources et estime qu'au moins sept jeunes femmes activistes ont été arrêtées dans les villes de Pékin et de Canton. Les cinq personnes arrêtées à Pékin ont perdu contact avec leurs amis à l'heure où cet article est publié. Des sources confirment que des deux personnes arrêtées par la police de Canton, une seule a été relâchée. 

Une source sur Twitter, @alicedreamss, révèle que d'autres féministes ont été soumises à des interrogatoires par la police au Yunnan. 

En tant que pays hôte de la quatrième Conférence sur les Femmes des Nations Unies de 1995 et signataire de la Déclaration de Pékin, le gouvernement chinois a promis de protéger et de promouvoir les droits humains des femmes et des filles. 

En effet, c'est cet évènement même qui a inspiré une génération de femmes activistes qui défendent l'égalité des sexes, et se battent contre la violence sexuelle en Chine continentale. Chaque année autour de la date de la Journée internationale de la femme, ces femmes organisent des campagnes pour attirer l'attention du public sur les questions de l'égalité des sexes. 

Cette année marque le 20ème anniversaire de la Déclaration de Pékin et le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a lancé une campagne pour les défenseurs des droits humains de la femme intitulée Pékin + 20 en décembre dernier afin de rendre hommage au travail réalisé par les femmes qui risquent leur vie, leur réputation et leurs familles dans cette lutte pour défendre les droits des autres. 

Mais au lieu de défendre les principes de la Déclaration de Pékin, les autorités chinoises semblent avoir harcelé les femmes qui luttent contre le harcèlement sexuel à la veille de la journée la plus importante pour les activistes luttant pour l'égalité des sexes. 

Li Maizi has been very active in advocating for gender equity. The postcard said: Say no to employment discrimination. Photo from "Gender in China" Weibo.

Li Maizi est très active dans la défense de l'égalité entre les sexes. La pancarte indique: Dites non à la discrimination à l'emploi. Photo du compte Weibo de Gender in China 

Gender in China, [Gender en Chine] un groupe féministe, a annoncé sur Weibo les nouvelles de l'arrestation de 3 femmes activistes le 6 mars.

Comme la censure en ligne n'arrêtait pas de supprimer leurs messages toutes les cinq minutes, le groupe n'a cessé de reposter le message toute la journée du 7 mars. 

【妇女节前夕,女权倡导者被北京警方带走】昨晚11点半,长期关注妇女权利的公益人李麦子、徐汀突然在家被警察撬门带走、住处遭搜查,现已失联12小时。另一位倡导者韦婷婷昨日下午被带走后至今失联。据猜测这或与“三八”反性骚扰公益活动有关。难道警察怕的是反性骚扰?呼吁@平安北京 放人!

[A la veille de la Journée internationale de la femme, la police de Pékin a arrêté des activistes féministes] La nuit dernière vers 11h30, la police s'est introduite de force dans l'appartements de deux activistes des droits de la femme, Li Maizi et Xu Ting. Leur appartement a été perquisitionné et elles ont été embarquées au poste de police. Cela fait 12 heures qu'on est sans nouvelles d'elles. Une autre activiste, Wei Tingting, a été détenue par la police et on est également sans nouvelles depuis hier. Cette arrestation est probablement liée à la campagne de lutte contre le harcèlement sexuel prévue pour le 8 mars. La police a-t-elle peur de la lutte contre le harcèlement? Exigeons leur libération sur @Pingan Beijing [le compte Weibo officiel de la police de Pékin]

La campagne planifiée par les activistes prévoyait simplement de coller des auto-collants dans les moyens de transport dans différentes villes et d'encourager les victimes et les passagers à dénoncer le harcèlement sexuel le 7 mars. Gender in China a montré les auto-collants sur sa page Weibo: 

The stickers encourage the victims and passengers to voice out against sexual harassment and urge the police to take prompt action on the crime.

Les auto-collants encouragent les victimes et les passagers à dénoncer le harcèlement sexuel et à demander à la police d'agir de façon ferme contre le harcèlement sexuel dans les moyens de transport 

Il est apparu très vite que cette répression contre les femmes activistes ne s'est pas limitée à la capitale chinoise mais s'est étendue aux grandes villes du Yunnan et à Canton. Zheng Churan, une autre activiste des droits de la femme, a été détenue dans un hôtel. 

Sur Weibo, Liang Xiaomen, qui a réussi à rester en contact avec Zheng Chunran pendant son interrogatoire, a posté les détails de l'arrestation de Zheng: 

【警察怕的是38贴贴贴?!】原定3月7日做倡导公交性骚扰防治机制的活动迎接妇女节,谁知活动参加者之一大兔郑楚然深夜十二点被国宝和片警找,派出所询问两小时后陪同回家,让大兔拿上三八节的防止性骚扰的贴纸后继续带回派出所,据警察说两小时后会放人。贴纸上写的是,制止性骚扰,安全你我她。

[La police a-t-elle peur des auto-collants du 8 Mars?!] Une campagne de lutte contre le harcèlement sexuel dans les moyens de transport était prévue le 7 mars pour célébrer la Journée internationale de la femme du 8 mars. Une des participantes, Zheng Churan a reçu la visite de la sécurité nationale et de la police locale de Canton à minuit le 7 mars. Elle a été interrogée au commissariat pendant deux heures, puis escortée à la maison. La police a exigé qu'elle récupère tous les auto-collants dénonçant le harcèlement sexuel et qu'elle les ramène tous au commissariat; suite à quoi elle serait libérée dans les deux heures. Le message des auto-collants est le suivant: Mettez fin au harcèlement sexuel et garantissez la sécurité de tout le monde. 

Les cercles des féministes chinoises sont bien sûr outrés que des activistes soient réprimées à quelques heures à peine de la Journée internationale de la femme. Weiquanwang cite une internaute: 

政府高喊着法制,却没任何手续半夜撬门抓人。面对家暴者、强奸犯倒是能不管就不管。只准我们过女人节女神节女生节这样的消费节,却不让人过维护自身权利的妇女节。

Le gouvernement chinois ne cesse de crier sur les toits qu'il faut maintenir un Etat de droit mais il s ‘est bien passé de toutes procédures juridiques pour forcer la porte des appartements à minuit et pour arrêter des gens. Quand il s'agit de crimes liés à la violence domestique et au viol, ils trainent des pieds. Ils ne nous autorisent qu'à célébrer la fête des femmes, des déesses ou des filles qui ne sont que des prétextes à la consommation. Mais ils ne nous autorisent pas à célébrer une journée des femmes qui puisse défendre les droits des femmes. 

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