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Tunisie : Vers un recul des droits et libertés après l'attentat au Musée du Bardo ?

The Bardo Museum in Tunis, which houses the largest collection of Roman mosaics in the world, will reopen to visitors next Tuesday. Photo by Richard Mortel shared on flickr under a BY-NC-SA creative commons license.

Le musée du Bardo à Tunis, qui renferme la plus grande collection au monde de mosaïques romaines, rouvrira au public mardi prochain. Photo de Richard Mortel sur flickr Licence Creative Commons BY-NC-SA .

Les militants et blogueurs tunisiens s'inquiètent des répercussions sur les libertés à la suite du sanglant attentat au Musée du Bardo, qui a eu lieu mercredi à Tunis. L'attaque, revendiquée par l'EI le 19 mars, a fait perdre la vie à vingt touristes et un policier tunisien. Les deux assaillants ont été tués par la police.

Les déclarations faites après l'attaque par les hommes politiques et des particuliers, appelant à des restrictions sur les droits et libertés, ainsi qu'à l'utilisation de la peine capitale ont alarmé les défenseurs des droits humains.

Amin a tweeté :

Wafa Ben Hassine a mis en garde :

Le président tunisien Sebsi parle de “rayer ces terroristes de la carte”. Il est temps d'accueillir encore plus de restrictions à la liberté

Tandis que se déroulaient mercredi après-midi ces dramatiques événements, la députée Khawla Ben Aicha, du parti anti-islamiste à large spectre Nidaa Tounes, vainqueur des élections législatives et présidentielle de fin 2014, tweetait :

Ben Aicha faisait référence au projet de loi anti-terrorisme destinée à remplacer à la loi de 2003 mise en place par le régime précédent de Zine el Abidine Ben Ali. Voté sous le prétexte de préserver la sécurité, le texte de 2003 a servi d'outil d'oppression contre la dissidence pacifique.Selon Human Rights Watch, un projet de loi soumis à l'assemblée constituante en juillet 2014 mais finalement pas adopté comportait plusieurs améliorations à la loi antérieure de 2003, mais sa définition de ce qui constituait une activité terroriste restait large et imprécise.

Ironiquement, au moment de l'attaque les députés, qui siègent à côté du Musée du Bardo, débattaient précisément d'une nouvelle loi anti-terrorisme. S'adressant à Democracy Now, Amna Guellali, à la tête de Human Rights Watch Tunisie, a mis en garde contre “un resserrement supplémentaire de l'appareil sécuritaire et de vastes opérations anti-terrorisme qui conduiraient à un recul des droits”.

Le tweet de la députée a provoqué des réactions rageuses de certains utilisateurs tunisiens de Twitter :

Selim, membre du groupe de surveillance parlementaire AlBawsala, a tweeté :

Eya Turki a réagi :

Le journaliste et blogueur Malek Khadhraoui a exprimé son mépris :

In an anti terrorism protest on Wednesday, protester holds banner reading: "No to human rights with terrorists. We want life. They want to death. So Death is theirs. Photo shared on twitter by user @RymKH

A une manifestation contre le terrorisme mercredi, sur la pancarte : “Pas de droits humains pour les terroristes. Nous voulons la vie. Ils veulent la mort. Donc mort à eux”. Photo partagée sur Twitter par @RymKH

A la suite de l'attentat, les appels à la peine de mort sont réapparus. Les sympathisants de Nidaa Tounes rassemblés devant le parlement dans la soirée du 18 mars ont réclamé la peine capitale pour les participants à des “activités liées au terrorisme”, a rapporté la radio privée Mosaïque FM.

La Tunisie observe depuis 1991 un moratoire sur les exécutions, bien que les juges continuent à prononcer des condamnations à mort.

La liberté d'Internet a aussi été mise en cause. Le parti libéral Afek Tounes, membre du gouvernement de coalition dirigé par le Premier Ministre Habib Essid, et qui dispose de huit sièges au parlement, a publié une déclaration appelant à “faire la guerre au terrorisme” et prendre une série de mesures, parmi lesquelles la déclaration de l'état d'urgence et l'adoption de la loi anti-terrorisme. Le parti, dont le chef Noomane Fehri dirige le Ministère des Technologies de la Communication et de l'Economie Numérique, et a aussi demandé le filtrage des sites incitant au terrorisme et des poursuites contre leurs animateurs. Par ailleurs, M. Essid a annoncé que les Ministères de l'Intérieur et des Technologies de la Communication coopèrent dans une ‘agence spécialisée dans la surveillance des sites faisant la promotion du terrorisme’.

Des propos qui ne sont pas passés inaperçus sur fond du passé tunisien d'abus et de législation restrictive de l'internet.

L'avocat Kaïs Berrjab a tweeté le 19 mars :

avant d'ajouter dans un autre tweet :

Dans un pays considéré précédemment comme un ennemi de la liberté d'Internet, les autorités intérimaires tunisiennes avaient supprimé les pratiques de filtrage après le renversement de la dictature de 23 ans de Zine El Abidine Ben Ali. Ce qui permet aux internautes tunisiens la liberté d'accès à la toile et de l'expression, y compris pour ceux qui adoptent des idéologies extrémistes.

Par exemple, un certain ombre de tweets ont été publiés sous le mot-dièse #غزوة_تونس (Tunis invasion) pour célébrer l'attaque au Musée du Bardo et commémorer les tueurs.

Des personnalités politiques se sont aussi jointes aux militants pour appeler au respect des libertés publiques dans la lutte contre le terrorisme. L'ancien président Moncef Marzouki a déclaré que “le recours au terrorisme ne résoudra pas les problèmes des Tunisiens” et a appelé le gouvernement à ne pas utiliser l'attentat du Bardo pour “retirer ce que la révolution a arraché [comme les droits aux] libertés d'expression e d'opinion”.

La députée du parti islamiste Ennahda Sayida Ounissi a tweeté ce dessin le 21 mars :

Malgré l'émotion, les craintes et la tentation. Nous devons rester sur le sentier démocratique.

La Tunisie saura-t-elle concilier libertés et lutte contre les extrémistes ?

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