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Leur monde vu par des Syriens : les nombreuses strates au-delà de la guerre et la mort

“After more than thirty years, I feel myself as a mother all over again. My grandchildren remind me of my children that I took care of. I would like to celebrate all mothers for Mother’s Day, and hopefully next year will be more beautiful for us and for all the world.” - Mouna Abdelahad. Photo by Syrian Eyes of the World

“Après plus de trente ans, je me sens comme une mère à nouveau. Mes petits-enfants me rappellent les enfants desquels je me suis occupés. Je voudrais célébrer toutes les mères pour la Fête des Mères, et j’espère que l’année prochaine sera plus belle pour nous ainsi que pour tout le monde.” – Mouna Abdelahad.
Photo prise par Antoine Entabi/Syrian Eyes of the World

“Depuis le début de la crise syrienne en 2011, ce qu’on voit par rapport à la Syrie n’est pas toujours reluisant. C’est une triste réalité, mais dans un effort de ne pas oublier les humains derrière le conflit, nous avons décidé de présenter au monde d’autres réalités.” Tels sont les premiers mots choisis pour décrire l'idée qui motive ‘Syrian Eyes of the World‘, un projet international de photographie créé par Youssef Shoufan et hébergé par ‘La Maison de la Syrie‘.

Le collectif de photographie s'est donné pour mission l’ “archivage de ce moment de l’Histoire dont nous faisons partie, l’histoire d’une nation mosaïque qui a vécu en harmonie pendant des millénaires, mais qui vit maintenant des moments difficiles.” Ils n'ont pas d'affiliations “sauf celles esthétiques, de respect et de qualité.”

Interrogé par Global Voices Online, Youssef Shoufan raconte le chemin qui l'a mené au projet Syrian Eyes :

Je suis un créateur multimédias indépendant né à Damas et vivant grosso modo à Montréal. Ma passion des voyages, des gens, des mots et de la photographie s'unissent dans ce premier projet collaboratif que j'ai créé et qui est Syrian Eyes of the World. La curiosité m'a conduit à des études de journalisme, et ce passé universitaire, combiné à ma passion pour l'art, sont les deux éléments présents dans ce projet photographique : de l'information présentée de manière esthétique, dans notre cas avec un but social.

“I feel like we have become numb, our emotions barely stirred by what goes on around us. But when I see a beautiful line or a powerful jump and when I know the effort and pain that went into that single move, I get chills; I ‘feel’ again. It’s very hard to make a significant difference in the world, but I think that if I can make at least one person ‘feel’ again, then I can be one step closer to making that difference. So I dance.” -Yara Awad. Photo taken by Syrian Eyes of the World

“Je me sens comme si nous sommes devenus engourdis, nos émotions à peine agitées par ce qui se passe autour de nous. Mais quand je vois une belle ligne ou un saut puissant et quand je sais l’effort et la douleur qui étaient nécessaires pour ce seul coup, j’en ai des frissons. Je “sens” à nouveau.
Il est très difficile de faire une différence significative dans le monde, mais je pense que si je peux réussir à faire au moins une personne “sentir” à nouveau, alors je serais un pas plus proche à faire cette différence.
Donc je danse..” -Yara Awad.
Photo prise par Nour Nouralla/Syrian Eyes of the World

Lors d'une discussion avec une ami photographe, Youssef Shoufan a pris conscience de ses propres préjugés contre le monde arabe :

En octobre 2013, en discutant avec mon amie photographe Tamara Abdul Hadi, elle m'a fait réaliser quelque chose dont je n'avais pas vraiment conscience : que j'avais moi-même un tas de préjugés contre le monde arabe. Alors j'ai acheté des billets d'avion et me suis retrouvé au Liban deux mois plus tard, avec pour but de changer la vision que j'avais à l'époque. Je savais que ces deux semaines allaient changer ma vie, sans savoir encore comment. Mon premier jour à Beyrouth, j'ai rencontré Antoine Entabi et nous avons noué de suite. Avec les autres photographes syriens, Madonna Adib et Zaki et Ziad Alasmar, nous avons tous su qu'il y avait une chose à faire. De retour à Montréal, j'ai rassembIé toutes les idées et décidé de créer Syrian Eyes of the World. Aussitôt je me suis mis en quête de photographes syriens de grand talent comme Khaled AlWarea qui a rejoint notre équipe pour le lancement. Et aussi tous ces gens formidables qui ont accepté de participer à notre projet, et m'ont permis de beaucoup apprendre et de voir les choses autrement. On peut dire que mon inspiration vient surtout des gens.

“The human being is an idea, which he lives and dies for.” – Musaab Balchi. Photo taken by Nour Nouralla/Syrian Eyes of the World

“L’être humain est une idée, pour laquelle il vit et meurt.” – Musaab Balchi.
Photo prise par Nour Nouralla/Syrian Eyes of the World

Qui sont les sujets ? Quelle est leur histoire ?

La plupart des gens que nous avons photographiés la première année étaient des connaissances, mais il y a aussi des Syriens que nous avons rencontrés par le projet, ou d'autres qui sont de simples anonymes. Certains sont en Syrie, d'autres sont dans différentes parties du monde, sont partis récemment ou depuis longtemps. Malgré ce qui se passe en Syrie, leurs histoires sont la plupart du temps pleines de de mots de sagesse et d'espoir, des choses que nous n'entendons pas d'ordinaire puisque l'accent est généralement mis sur la violence, la mort, la religion et la politique. Nous montrons la paix, la vie, et les nombreuses autres strates des Syriens. Chacun a une histoire et des choses intéressantes à dire. Ce qui me fascine, c'est comment, avec seulement une photo et quelque mots, des émotions profondes sont transmises et ressenties.

What inspires you? “I am inspired by the idea that my lines might bring a bit of comfort to someone’s sadness, that there might be an optimism in my art that could spread and be helpful in these sad times.” -Kevork Mourad Photo Taken by Nour Nouralla/Syrian Eyes of the World

Qu’est-ce qui vous inspire ?
“Je suis inspiré par l’idée que mes lignes pourraient apporter un peu de confort à la peine de quelqu’un, qu’il pourrait y avoir de l’optimisme dans mon art qui se répandrait et qui aiderait en ces temps difficiles.”-Kevork Mourad
Photo prise par Nour Nouralla/Syrian Eyes of the World

Je Iui ai demandé un exemple de personne qui l'a touché :

Un exemple est Oum Ibrahim dont j'ai fait la connaissance en 2013 quand elle travaillait pour l'ONG Basmeh & Zeitooneh à Chatila, au Liban. Je savais qu'elle était une femme modeste et travailleuse, mais lorsque mon collègue Antoine Entabi a pris son portrait, j'ai eu encore plus de respect pour elle. “Je me soucie d’une seule chose: comment je vais permettre à mes enfants d’atteindre les plus hauts rangs, d’étudier et de réussir, même au détriment de mon travail. Je n’ai rien vu de ma vie, toute ma vie est du travail, et j’essaie d’être le père et la mère de mes enfants.”

“I care for one thing only: how I’ll let my children reach the highest ranks, study and succeed, even at the expense of my labor. I haven’t seen a thing of my life, all my life is about work, and I try to be the father and the mother of my children.” – Um Ibrahim. Photo by Antoine Entabi

“Je me soucie d’une seule chose: comment je vais permettre à mes enfants d’atteindre les plus hauts rangs, d’étudier et de réussir, même au détriment de mon travail. Je n’ai rien vu de ma vie, toute ma vie est du travail, et j’essaie d’être le père et la mère de mes enfants.” – Um Ibrahim.
Photo prise par Antoine Entabi/Syrian Eyes of the World

Pour en savoir plus sur Syrian Eyes of the World, visitez leur site web, leur page Facebook et leur compte Twitter.

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