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Pour la première fois, des juges péruviens prononcent un jugement en quechua et en aymara

CatedralPuno

Cathédrale de Puno. Photo de l'utilisateur Flickr Diego Giannoni (CC BY 2.0).

Le Pérou est un pays multiculturel et son profil linguistique est complexe. Selon diverses estimations, entre 43 et 60 langues indigènes sont parlées à travers le pays. Le quechua est la deuxième langue la plus pratiquée après l'espagnol, et l'aymara arrive en troisième position.

En 1975, la langue quechua a été déclarée langue officielle. D'après certaines estimations, trois millions de personnes parlent le quechua comme langue maternelle au Pérou, et près d'un demi million parle l'aymara (dont 455,000 viennent de Puno). L'article 48 de la Constitution du Pérou stipule que:

Artículo 48: Son idiomas oficiales el castellano y, en las zonas donde predominen, también lo son el quechua, el aimara y las demás lenguas aborígenes, según la ley.

Article 48 : L'espagnol, ainsi que le quechua et l'aymara dans les régions où ces langues sont dominantes, ont un statut de langue officielle selon la loi.

Toutefois, en dépit de cet article, aucune décision de justice n'avait jamais été rendue en quechua ou en aymara auparavant.

Le 13 mars, le tribunal de Ilave, dans la province d’ El Collao de la région de Puno, a prononcé son premier jugement en aymara. Une partie de la décision de justice est accessible sur le site de l'agence de presse SERVINDI:

La primera sentencia en aymara, idioma originario, marca un precedente de interculturalidad del Poder Judicial y de cómo el juez debe acercarse a los involucrados en un juicio, destacó el juez mixto de Ilave de la provincia de El Collao, Julio César Chucuya, quien fue autor de este hecho.
[…]
Asimismo, el juez Chucuya […] indicó que desde el Consejo Nacional de la Magistratura (CNM) se estableció que para zonas de habla quechua o aymara, se cuente con jueces que dominen estos idiomas, para facilitar el acceso.

La toute première décision de justice prononcée en langue indigène aymara représente un précédent important pour une justice multiculturelle. Cela montre aussi aux juges comment se comporter avec des individus impliqués dans un procès, fait remarquer le juge consolidé Julio César Chucuya qui a prononcé la décision de justice à Ilave dans la province d'El Collao.

[…]

Entre temps, le juge Chucuya […] note que le Conseil national de la justice (CNJ) a établi que dans les zones où sont pratiqués le quechua ou l'aymara, il est nécessaire d'avoir recours à des juges parlant couramment ces langues pour garantir un accès à la justice.

Le site d'informations juridiques Parthenon.pe parle aussi de cette question:

En términos jurídicos, la sentencia emitida en Aymara cumple con un derecho formal y material que sigue un principio fundamental: toda persona debe ser escuchada y juzgada en su propio idioma. Si bien este principio se encuentra garantizado en nuestro país en una norma constitucional, poco se ha hecho por su implementación.

En termes légaux, le jugement écrit en langue aymara est conforme à un droit formel et matériel qui fait suite à un principe fondamental stipulant que chaque individu doit être entendu et jugé dans sa langue. Bien que ce principe soit garanti dans notre pays par la Constitution, il a rarement été appliqué.

Près de deux semaines plus tard, le 30 mars, le juge Santos Poma Machaca a prononcé le premier jugement en quechua dans la Première Cour d'enquête préparatoire de la province d’ Azángaro, qui se trouve également à Punto. Le site d'informations LaMula.pe explique que

El abogado del imputado, Román Ramos Revilla de la Defensa Pública, ejerció la defensa en el idioma quechua, así como también el juez Santos Poma Machaca procedió a explicarle al imputado los beneficios de la “Terminación Anticipada” en el mismo idioma.
“Nokga kaskani” respondió Chambi Chaucha, que significa “conforme señor juez”, ante la propuesta que le realizó el Ministerio Público.
“Desde el año 2007, cuando fuimos Juez de Paz Letrado, venimos desarrollando audiencias en el idioma quechua porque los justiciables que tienen como idioma original el quechua nos entienden mejor y se sienten mejor atendidos, pero la redacción solo era en castellano. Recién en esta audiencia hemos emitido el documento de la sentencia en quechua”, refirió el juez Santos Poma Machaca.

L'avocat de l'accusé, le défenseur public Román Ramos Revilla, a mené la défense en langue quechua, et le juge Santos Poma Machaca a ensuite expliqué à l'accusé les avantages d'une “conclusion anticipée” dans la même langue.
“Nokga kaskani,” a répondu [l'accusé] Chambi Chaucha, ce qui signifie “J'accepte, votre Honneur”, à la proposition faite par le représentant du Bureau du procureur.
“Depuis 2007, que je suis juge de paix, nous avons tenu des audiences en quechua car les gens qui le parlent comme langue maternelle nous comprennent mieux et sentent qu'ils reçoivent l'attention qu'ils méritent, mais les documents étaient écrits uniquement en espagnol. Lors de ce procès, nous avons publié les documents de l'accusation en quechua”, dit le juge Santos Poma Machaca.

Le site d'informations légales LaLey a mis en ligne la totalité du chef d'accusation qu'il a qualifié de “sans précédent”:

En una resolución sin precedentes, se dictó – íntegramente en idioma quechua –tres años de pena suspendida al agresor de una mujer. Sucedió en la región Puno, en la sede del Primer Juzgado de Investigación Preparatoria de la provincia de Azángaro, donde las partes y sus abogados condujeron el juicio en la lengua indígena.

Dans le cadre d'une décision sans précédent écrite entièrement en quechua, un agresseur qui a attaqué une femme a été condamné à une peine de trois ans avec sursis. Ceci a eu lieu dans la région de Puno, dans la Première Cour d'enquête préparatoire de la province d'Azángaro, où les parties en question et leurs avocats ont mené le procès dans cette langue indigène.

 

Les deux décisions de justice ont suscité de nombreux commentaires sur Twitter:

Le Pérou prononce un jugement en langue indigène: premier jugement écrit en aymara (langue officielle depuis 40 ans).

Le jugement prononcé en aymara représente une victoire dans l'application de la justice dans un pays multiculturel.

La véritable intégration sociale vient du pouvoir judiciaire avec le premier jugement en aymara.

Une sentence juridique en quechua? Renseignez-vous sur cet évènement qui a eu lieu à Punto.

Un juge au pénal a délivré une sentence en quechua à Azángaro. Les médias sous le choc.

“Nokga kaskani”, phrase utilisée dans une sentence juridique en langue quechua prononcée dans la province d'Azángaro: Puno, 7 avril.

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