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Ayelet Shaked, qui a appelé au génocide des Palestiniens, est nommée ministre de la Justice d'Israel

Knesset Member Ayelet Shaked with her party leader, Naftali Bennet, chairman of HaBayit HaYehudi, Jewish Home party. (Source: Jews For Justice For Palestinians)

La députée de la Knesset Ayelet Shaked en compagnie de son chef de parti Naftali Bennet, à la tête de HaBayit HaYehudi, le Foyer juif. (Source: Jews For Justice For Palestinians)

L'Israélien Benjamin Netanyahu, récemment réélu Premier ministre pour la quatrième fois, a nommé Ayelet Shaked ministre de la Justice. Cette décision en a fait tiquer certains en raison des opinions ultranationalistes de Shaked. Elle est en effet membre du parti d'extrême droite HaBayit HaYehudi (“le Foyer juif”) et a fait les gros titres l'an passé pour avoir appelé au génocide des Palestiniens sur Facebook.

La page Facebook incriminée, qu'elle a par la suite supprimée mais qui avait au préalable été archivée, en appelait notamment à l'extermination de l'ensemble des Palestiniens et a été publiée un jour avant que le jeune Palestinien Muhammad Abu Khdeir ne soit kidnappé et brûlé vif par des extrémistes israéliens. Dena Shunra a traduit cette page Facebook pour the Electronic Intifada:

The Palestinian people has declared war on us, and we must respond with war. Not an operation, not a slow-moving one, not low-intensity, not controlled escalation, no destruction of terror infrastructure, no targeted killings. Enough with the oblique references. This is a war. Words have meanings. This is a war. It is not a war against terror, and not a war against extremists, and not even a war against the Palestinian Authority. These too are forms of avoiding reality. This is a war between two people. Who is the enemy? The Palestinian people. Why? Ask them, they started.

I don’t know why it’s so hard for us to define reality with the simple words that language puts at our disposal. Why do we have to make up a new name for the war every other week, just to avoid calling it by its name. What’s so horrifying about understanding that the entire Palestinian people is the enemy? Every war is between two peoples, and in every war the people who started the war, that whole people, is the enemy. A declaration of war is not a war crime. Responding with war certainly is not. Nor is the use of the word “war”, nor a clear definition who the enemy is. Au contraire: the morality of war (yes, there is such a thing) is founded on the assumption that there are wars in this world, and that war is not the normal state of things, and that in wars the enemy is usually an entire people, including its elderly and its women, its cities and its villages, its property and its infrastructure.

And the morality of war knows that it is not possible to refrain from hurting enemy civilians. It does not condemn the British air force, which bombed and totally destroyed the German city of Dresden, or the US planes that destroyed the cities of Poland and wrecked half of Budapest, places whose wretched residents had never done a thing to America, but which had to be destroyed in order to win the war against evil. The morals of war do not require that Russia be brought to trial, though it bombs and destroys towns and neighborhoods in Chechnya. It does not denounce the UN Peacekeeping Forces for killing hundreds of civilians in Angola, nor the NATO forces who bombed Milosevic’s Belgrade, a city with a million civilians, elderly, babies, women, and children. The morals of war accept as correct in principle, not only politically, what America has done in Afghanistan, including the massive bombing of populated places, including the creation of a refugee stream of hundreds of thousands of people who escaped the horrors of war, for thousands of whom there is no home to return to.

And in our war this is sevenfold more correct, because the enemy soldiers hide out among the population, and it is only through its support that they can fight. Behind every terrorist stand dozens of men and women, without whom he could not engage in terrorism. Actors in the war are those who incite in mosques, who write the murderous curricula for schools, who give shelter, who provide vehicles, and all those who honor and give them their moral support. They are all enemy combatants, and their blood shall be on all their heads. Now this also includes the mothers of the martyrs, who send them to hell with flowers and kisses. They should follow their sons, nothing would be more just. They should go, as should the physical homes in which they raised the snakes. Otherwise, more little snakes will be raised there.

Les Palestiniens nous ont déclaré la guerre et nous devons répondre par la guerre. Non par une opération, [une manœuvre] progressive, une escalade contrôlée de faible intensité, non par la destruction d'infrastructures terroristes et des éliminations ciblées. Assez des références indirectes. Il s'agit d'une guerre. Les mots sont porteurs de sens. Il s'agit d'une guerre. Ce n'est pas une guerre contre la terreur ni une guerre contre des extrémistes, ni même une guerre contre l'Autorité palestinienne. Ces formulations sont autant de manières d'éluder la réalité. Il s'agit d'une guerre entre deux peuples. Qui est l'ennemi? Le peuple palestinien. Pourquoi? Demandez-leur, ce sont eux qui ont commencé.

J'ignore pourquoi il est si difficile pour nous de définir la réalité à l'aide des mots simples que le langage met à notre disposition. Pourquoi devoir inventer chaque semaine un nouveau mot pour la guerre dans l'unique but d'éviter de l'appeler par son nom. Qu'y a-t-il de si terrible à comprendre que le peuple palestinien dans son ensemble est l'ennemi? Toute guerre se joue entre deux peuples, et dans toute guerre, le peuple qui l'a déclenchée, dans son ensemble, est l'ennemi. Une déclaration de guerre n'est pas un crime de guerre. Répondre par la guerre ne l'est certainement pas. Pas plus que ne l'est l'utilisation du mot “guerre”, ni le fait de définir clairement qui est l'ennemi. Au contraire: la morale de guerre (oui, une telle chose existe) repose sur l'hypothèse qu'il y a des guerres dans ce monde, que la guerre n'est pas l'état normal des choses et que, en temps de guerre, l'ennemi est souvent une population dans son ensemble, y compris ses personnes âgées et ses femmes, ses villes et ses villages, ses biens et ses infrastructures.

La morale de guerre sait qu'il est impossible d'éviter de blesser des civils ennemis. Elle ne condamne pas la British Air Force [N.D.T: armée de l'air britannique] qui a bombardé et complétement ravagé la ville allemande de Dresden, ni les avions états-uniens qui ont détruit les villes de Pologne et laissé Budapest à moitié dévastée, des lieux dont les malheureux habitants n'avaient jamais rien fait aux États-Unis mais qui devaient être détruits afin de remporter la guerre contre le mal. La morale de guerre n'exige pas que la Russie soit traduite en justice bien qu'elle bombarde et détruise des villes et leur voisinage en Tchétchénie. Elle ne dénonce pas les forces de maintien de la paix des Nations Unies qui tuent des centaines de civils en Angola, ni les forces de l'OTAN qui ont bombardé Belgrade au temps de Milosevic, une ville d'un million de civils, personnes âgées, bébés, femmes et enfants. La morale de guerre considère comme acceptable sur le principe, et pas seulement d'un point de vue politique, ce que les États-Unis ont fait en Afghanistan, y compris les bombardements massifs de zones peuplées mais aussi la création d'un flot de réfugiés d'une centaine de milliers de personnes qui ont fui l'horreur de la guerre, et qui pour des milliers d'entre elles se retrouvent sans foyer.

Et, dans notre guerre, c'est sept fois plus acceptable, car les soldats ennemis se cachent parmi la population et c'est uniquement grâce à leur aide qu'ils peuvent combattre. Derrière chaque terroriste se tiennent des douzaines d'hommes et de femmes sans qui il ne pourrait se livrer à des activités terroristes. Les acteurs de la guerre sont ceux qui prêchent dans les mosquées, qui élaborent des programmes scolaires destructeurs, offrent l'asile, fournissent des véhicules, et tout ceux qui les vénèrent et leur apportent leur soutien moral. Ce sont tous des combattants ennemis, et leur sang leur retombera sur la tête. Cela concerne également les mères des martyrs, qui les envoient en enfer avec des fleurs et des baisers. Elles devraient suivre leurs fils [dans la mort], cela ne serait que justice. Elles devraient disparaître, tout comme les foyers dans lesquels elles ont élevé les serpents. Sans quoi d'autres petits serpents y seront élevés à leur tour.

Le message d'Ayelet Shaked sur Facebook a été suivi une semaine plus tard de ce l'on a qualifié d'”Opération bordure protectrice” à Gaza, une opération menée par Israël qui a ravagé la zone. En l'espace de 50 jours, l'Armée de défense d'Israël a tué au moins 2 137 Palestiniens dont plus de 500 enfants et a fait plus de 10 000 blessés. D'après les Nations Unies, 72 pour cent des Palestiniens tués dans l'offensive étaient des civils. Environ un tiers des enfants blessés devront vivre avec une invalidité permanente. Un tiers de la population totale de Gaza, soit plus de 520 000 personnes, a été déplacée, dont 279 389 ont été hébergées dans 83 écoles administrées par les Nations Unies.

Si la déclaration de Shaked est choquante, ce n'est pas la première fois que des dirigeants israéliens sont accusés d'incitation à la violence contre les Palestiniens, et même d'appel au génocide. De fait, le témoignage de l'activiste israélien David Sheen devant le Tribunal Russell sur la Palestine a mis en lumière une tendance inquiétante au sein de la société israélienne.

Voici certaines personnes sur lesquelles David Sheen a mis l'accent lors de son intervention:

Yitzhak Shapira, un rabbin qui vit dans la colonie israélienne de Yitzhar sur le territoire occupé de Cisjordanie et qui dirige l'organisation Od Yosef Chai Yeshiva, a publié un livre en 2009 intitulé “La Torah du Roi” dans lequel il écrit qu'”il est justifié de tuer des bébés lorsque la future menace qu'ils représentent pour nous ne fait aucun doute et, dans ce cas-là, ils devraient être blessés délibérément et pas seulement lors de combats entre adultes”. Interrogé sur ses déclarations, il a été relâché quelques heures plus tard sous la pression de ses défenseurs et de députés.

Shapira ne fait cependant pas le poids face à  Ovadia Yosef, chef du parti ultra-orthodoxe Shass, qui a déclaré entre autres que “les Goyim (non-Juifs) sont nés dans l'unique but de nous servir. Sans cela, ils n'ont pas de place dans le monde – si ce n'est au service du Peuple d'Israël” et “les six millions de victimes de l'Holocauste étaient les réincarnations des âmes des pécheurs”. Il a également qualifié les Arabes et les musulmans de “serpents”, “malfrats” et stupides”. Sur les Arabes en général, Yosef aurait déclaré que l'Armée de Défense d'Israël devait “envoyer des missiles pour les anéantir”. Au moment de sa mort l'année dernière, ses funérailles ont rassemblé 800,000 Israéliens en deuil. Il s'agit de l'affluence la plus importante jamais enregistrée lors de funérailles dans l'histoire d'Israël.

Shimon Gapso, maire de Haute-Nazareth, a déclaré au sujet de son district que “[Haute-Nazareth] est une ville juive et il est important qu'elle le reste. Si cela fait de moi un raciste, alors je suis le digne héritier d'une glorieuse dynastie de ‘racistes'”. David Stav, grand rabbin de la ville de Shoham ainsi que président et fondateur de l'organisation rabbinique Tzohar, a écrit un éditorial dans le Times of Israel durant la guerre contre Gaza, la désignant sous le terme de “Milchemet Mitzvah” ou “Guerre par le Commandement”. Autrement dit, une guerre sainte ou, comme il l'a définie, “une guerre défensive dont la victoire est une sanctification du nom de Dieu.”

Moshe Feiglin, ancien membre du Likoud [N.d.T. parti politique de droite au pouvoir en Israël]  et à la tête de Manhigut Yehudit (Leadership juif), un mouvement au sein du Likoud, a appelé Israël à conquérir Gaza et à mettre ses habitants dans des camps jusqu'à ce que la zone soit entièrement vidée de sa population palestinienne. A propos d'une solution à deux États, il déclare: “Il n'y pas deux États pour deux peuples; il y a seulement un État pour une nation.”

Naftali Bennett, l'actuel ministre de l’Économie et dirigeant du “Foyer juif” d'Ayelet Shaked, a affirmé qu’ “[il] avait déjà tué de nombreux Arabes dans [sa] vie, et qu'[il] n'avait absolument aucun problème avec ça.”

Enfin, le rabbin Noam Perel, secrétaire général du World Youth Movement [Mouvement Mondial pour la Jeunesse] depuis 2012, a exhorté l'Armée de Défense d'Israël à “se transformer en une armée de vengeurs qui ne s'arrêtera pas à 300 prépuces de Philistins.”

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