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L'effet boomerang : Pourquoi le chef des forces spéciales du Tadjikistan a rejoint l'EI

Halimov in the clip.

Halimov sur son clip. Capture d'écran d'une vidéo supprimée ultérieurement.

Le Tadjikistan ex-soviétique, où la menace de l'extrémisme religieux et du terrorisme a contribué à justifier les excès de répression contre les musulmans pratiquants, est sous le choc après avoir appris que le chef de la section réputée des forces spéciales de la police — formée à la lutte contre les terroristes — a apparemment rejoint le groupe radical E.I.

D'après les chiffres officiels, près de 400 ressortissants tadjiks combattent dans les rangs de l'E.I., un rejeton d'Al Qaida parvenu à contrôler de larges pans d'Irak et de Syrie en usant de tactiques délibérément violentes, meurtrières et liberticides.

Dans la vidéo de 12 minutes publiée au soir du 27 mai, Gulmurod Halimov, 40 ans, a déclaré avoir fait défection pour le groupe par désaccord avec la politique du Ministère tadjik de l'Intérieur, qui “n'autorise pas à prier et porter le hijab islamique” dans ce pays d'Asie Centrale à prédominance musulmane.

Outre qualifier de chiens le président et le ministre de l'intérieur tadjiks et promettre de “revenir pour les massacrer”, Halimov dit s'être formé tant en Russie qu'aux USA, traités de pays infidèles dans sa diatribe.

Certains craignent que l'apparition, spectaculairement couronnée par son tir au fusil à lunette sur une tomate, de cet homme promu colonel pour services émérites il y a trois ans, fasse de lui une icône pour de futurs combattants tadjiks de l'E.I..

Le gouvernement, en attendant la publication imminente d'une déclaration officielle sur la défection de Halimov, a bloqué les médias sociaux sur lesquels la vidéo a été partagée le 28 mai, de même que Asia Plus, l'agence d'information tadjique qui a couvert la première l'affaire.

Edward Lemon, un chercheur de l'Université d'Exeter qui piste les combattants tadjiks en Syrie et Irak a tweeté :

C'est le film le mieux fait d'un combattant tadjik d'EI. Sans surprise, ils ont rapidement utilisé Halimov à des fins de recrutement.

‘Les ministres vont communiquer depuis le territoire d'EI”

Au Tadjikistan, les lecteurs ont condamné le colonel.

Aziz a écrit sous un article de l'agence d'information locale Asia Plus :

Ну и дурак он. Таких дураков,разумеется, среди нас немало, но беда в том что одного из них руководство МВД назначило на такую высокую ответственную должность – командира ОМОН.

C'est un imbécile. Ce genre d'imbéciles, nous en avons pas mal, mais le malheur est que la direction du Ministère de l'Intérieur a nommé l'un d'eux à un poste de responsabilités aussi élevé – commandant des OMON [la police spéciale].

La plupart ont accusé la politique de l'Etat d'être à la racine de l'attrait de l'EI pour certains Tadjiks.

Un commentateur sur Asia-Plus, du nom de FG, a répondu à ceux qui ont condamné Halimov :

Господа комментаторы не будьте лицемерами. Причина такого поступка он сам сказал. Когда весь силовой блок страны снимают порнографичекий фильмы в целях очернения, унижения чести и достойнство человека. Воют против 1000 летней истории своей страны, указывают кому как одеваться, куда ходить, что кушать, что делать, кому поклянятся и тд. То естественно любой человек хочет выйти из такой тюрьмы любым путем. Причина элементарно, антиконститутционые деяния государственного аппарата.

Messieurs les commentateurs, ne soyez pas hypocrites. Il [Halimov] a dit lui-même les raisons de son acte … Quand tout le bloc de forces tourne des films pornographiques aux fins de diabolisation, de destruction de l'honneur et de la dignité humaine. Ils [le pouvoir] font la guerre à l'histoire millénaire de leur pays, indiquent comment s'habiller, où aller, quoi manger, qui révérer et ainsi de suite. Alors évidemment chaque individu veut sortir par tous les moyens de cette prison. La raison est élémentaire : les actes anticonstitutionnels de l'appareil.

Izzat Amon, un militant des droits humains des migrants tadjiks, a soutenu lui aussi que la supposée défection de Halimov pour l'EI est le produit des politiques du régime tadjik. Il a écrit sur sa page Facebook :

Я не оправдываю поступок полковника ОМОНа, но я его понимаю. Когда в стране процветает коррупция, местничество, непотизм и врет каждый кому не лень, то иного выбора не остается. Это и есть результат 25 летней политики правящей группы. Если так продолжится то скоро и министры выступят с видеообращением находясь на территории ИГ. Боритесь и дальше господа военные чиновники с хиджабом, бородой, азаном и другими исламскими атрибутами. Но это непременно обернется вам бумерангом.

Je ne justifie pas les actes du colonel des OMON, mais je le comprends. Quand prospèrent dans le pays la corruption, le localisme, le népotisme et quand tout le monde ment, il ne reste pas d'autre choix. Tel est le résultat de 25 ans de politiques des groupes dirigeants. Si ça continue ainsi, alors même les ministres vont bientôt communiquer par messages vidéo depuis le territoire de l'EI. Messieurs les fonctionnaires militaires, continuez votre combat contre le hijab, la barbe, l'Azan [appel à la prière] et autres attributs islamiques. Mais cela vous reviendra immanquablement comme un boomerang.

Rahmatillo Zoirov, à la tête du parti social-démocrate du Tadjikistan, un des rares partis d'opposition du pays, a dit à Asia Plus que le clanisme des nominations aux postes de gouvernement a pu être le motif qui a décidé Halimov à quitter son emploi, sa femme et leurs huit enfants pour rejoindre l'EI.

Zoirov a noté :

… Клановая кадровая политика, особенно в правоохранительной сфере и судебной системе, это мощный фактор дезориентации служащих не из клана, которые вынуждены делать соответствующие выводы… В основном многие просто увольняются, не видя для себя перспективы роста и продвижения по карьере.

La politique clanique des cadres, surtout dans la sphère du maintien de l'ordre et du système judiciaire, est un puissant facteur de démotivation des fonctionnaires extérieurs au clan, qui doivent en tirer les conclusions appropriées… En général, beaucoup démissionnent simplement ne se voyant pas de perspectives de développement et d'avancement de carrière.

Le Tadjikistan avait déjà bloqué des sites internet en rapport avec l'EI, notamment quand plusieurs ressortissants s'étaient filmés brûlant leurs passeports tadjiks et faisant allégeance au groupe, vidéo qu'ils ont postée sur YouTube. Des tentatives similaires pour contrôler la religion par des rasages forcés de barbes et des interdictions de hijab n'ont cependant pas encore été couronnés de succès.

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