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Pourquoi l'Afrique du sud a-t-elle laissé le Président soudanais Bashir quitter le pays ?

Sudanese President Omar al Bashir arriving in Juba, South Sudan in 2011. Photo released by Al Jazeera under Creative Commons (BY-SA 2.0)

Le President du Soudan Omar al Bashir arrive à Juba en 2011. Photo publiée par Al Jazeera  sous licence Creative Commons (BY-SA 2.0)

La saga impliquant le président soudanais Omar el-Bashir a connu de nombreux rebondissements. M. Bashir assistait à des débats de l'Union africaine en Afrique du Sud quand un tribunal local a émis une ordonnance provisoire pour l'empêcher de quitter le pays jusqu'à la conclusion de l'examen d'une demande d'arrestation. Le Président Bashir est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité, génocide et crimes de guerre.

Défiant l'ordonnance du tribunal, il a quitté le pays. On a entendu des personnes rire dans le tribunal de Pretoria qui devait statuer sur son cas.

Une télévision locale a révélé que le Soudan retenait en otage des soldats sud-africains en contrepartie. La haute cour de Johannesburg a donné au gouvernement sud-africain sept jours pour déposer un affidavit expliquant comment le Président Bashir a pu quitter le pays.

Les avis sont très partagés entre ceux qui accusent le gouvernement sud-africain de défier un ordre de la cour de justice et d'avoir violé sa propre constitution et ceux qui dépeignent la CPI comme un “instrument de l'impérialisme occidental”.

Un ancien conseiller de l'ex-président sud-africain Thabo Mbeki a expliqué sur son blog les raisons pour lesquelles le gouvernement aurait été “mal avisé” d'arrêter M. Bashir, dont:

  • mettre en danger nos relations bilatérales avec le Soudan, avec certains de ses voisins et l'ensemble du monde musulman. L’Afrique du Sud compte actuellement des milliers de policiers et de militaires servant au sein de la mission conjointe de l'Union africaine et des Nations Unies au Darfour, au Soudan. Nous pouvons imaginer les scénarios de ce qui pourrait arriver à ces Sud-africains si le Président Bashir venait à être arrêté. Cela signifierait considérer quelque chose qui malheureusement n'entre pas naturellement et facilement dans les intérêts de la société sud-africaine, à savoir l'intérêt national;
  • affaiblir et diviser au lieu de renforcer l'Union africaine et promouvoir l'unité du continent. Le Président Bashir est en Afrique du Sud à l'invitation de l'Union africaine, qui ne prévoit pas de sanctions contre lui. L'arrêter servirait à affaiblir et diviser l'UA car cela impliquerait que nous sommes incapables si nous manquons de volonté pour protéger l'UA, quand c'est cela qui compte le plus.
  • Le gouvernement américain n'a pas arrêté des chefs d'état et de gouvernements étrangers, même quand il y avait des sanctions contre eux quand ils assistaient à l'Assemblée générale de l'ONU chaque mois de septembre. Il aurait, sans aucun doute, affaibli et finalement détruit l'ONU en faisant le contraire.

Le Botswana est le seul pays en Afrique qui ait clairement fait savoir que M. Bashir aurait été arrêté et remis à la CPI s'il visitait le pays.

Commentant son post, Mangwale Gift fait valoir que la CPI vise injustement les présidents noirs. Il se demande pourquoi personne n'a été arrêté pour crimes de guerre en Irak après l'invasion du pays par les Etats-Unis :

En effet; la CPI est destinée à juger seulement les présidents noirs. George W Bush a tué le Président Saddam pour venger son père, sous le déguisement d'une accusation de détention d'armes de destruction massive en Irak, ce qui n'a jamais été prouvé. Mais, jusqu'à ce jour, personne n'a été arrêté. Le colonel Kadhafi a été tué. Tony Blair n'a jamais été jugé par la CPI. Pourquoi seulement les dirigeants africains ? Peut-être le nom devrait être changé en ACC (Cour pénale africaine)

Cependant, Simon Ndaba soutient dans la partie réservée aux commentaires du blog que le gouvernement sud-africain aurait du montrer l'exemple en matière de respect des décisions de justice:

Eh bien. L’Afrique du Sud a déifié l’ ordonnance du tribunal en ne s'organisant pas pour  que M. Al Bashir ne quitte pas le pays. Elle a donné l'exemple. Si les citoyens faisaient la même chose, les autorités resteraient-elles bouche bée? Le gouvernement doit être à l'avant-garde de la défense des obligations constitutionnelles.

Arnold Baldwin fait valoir que l'Union africaine est simplement un instrument pour la protection réciproque des dictateurs du continent:

La haine de l'Afrique à l'égard de l'ouest se creuse de jour en jour. L’UA est juste un club pour des dictateurs et ils se couvrent les uns les autres. On doit exiger de ces soit-disant dirigeants africains des comptes, mais l'UA en est incapable. Qui va parler en faveur des victimes du Darfour?

M. Bashir, arrivé au pouvoir en 1989, est devenu le premier président en exercice à être inculpé par la CPI. Le tribunal a délivré un mandat d'arrêt contre lui le 4 mars 2009, pour crimes de guerre commis pendant la guerre civile au Darfour avant le référendum qui a divisé le Soudan et conduit à la création du Soudan du sud. Le gouvernement soudanais ne reconnaît pas l'autorité de la CPI.

Sur Twitter, M. Paul Van Wyk dit que le Soudan a exercé un chantage auprès de l’ Afrique du Sud:

Il semble que les Soudanais ont exercé un chantage à l'égard de la RSA avec une guerre à grande échelle – et la mort possible de 1 400 de nos soldats – au Soudan

L'Afrique ne veut pas ignorer les atrocités, mais simplement résoudre ses problèmes sans l'intervention de l'Occident, a écrit Outside Rockstar:

Personne ne dit que nous appuyons ce que #AlBashir fait dans son pays, mais l'UA veut avoir le temps de résoudre les problèmes sans ingérence de l'UE.

Dipheta a qualifié toute l'affaire “d'absurde”:

Toute cette histoire sur l'arrestation d'Al Bashir est un épisode absurde et embarrassant qui ne doit jamais se répéter en RSA, plus jamais.

Akumu Fiona dit que M. Bashir a été autorisé à partir pour diminuer le risque d'autres pertes de vies soudanaises:

Ridicule! M. Al-Bashir a été laissé libre de repartir parce que nous banalisons les vies et décès des Soudanais

Trevor Ncube, faisant allusion aux milliers de personnes qui risquent leur vie en traversant la Méditerranée pour rejoindre l'Europe, a écrit:

Mes compatriotes périssent dans la mer pour échapper à une existence inhumaine créée par nos dirigeants. Et nous pensons qu'arrêter #AlBashir SMH est un complot de l'Occident

Gontse Manyelo a fait valoir que ce qui a été fait, a été fait:

aux idiots qui veulent faire rentrer le dentifrice dans le tube, laissez tomber. Al Bashir est rentré chez lui et les Soudanais se réjouissent

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