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Chassé croisé dans les prisons de Bahreïn

Manama, Bahrain. 15th January 2015 -- Protesters under attack with tear gas by riot police today during clashes after protest demanding freedom of opposition leader Sh Ali Salman. -- Protesters continued to clash with security forces in Bahrain as Sheikh Ali Salman remains in jail. Sheikh Ali Salman was detained for his views against the government and his claims for human rights. Photograph by Majeed Tareef. Copyright: Demotix

Des manifestants sous des gaz lacrymogènes lancés par la police anti-émeutes en janvier durant les heurts suite aux manifestations demandant la libération du leader d'opposition Cheikh Ali Salman.  Photographie par Majeed Tareef. Copyright: Demotix

[sauf indication contraire, tous les liens de cet article mènent vers des pages en anglais]

Le leader politique et Secrétaire général du parti National Action Democratic Society (WAAD), Ibrahim Sharif, a été libéré le 19 juin, après avoir purgé quatre ans et trois mois de sa peine de cinq ans de prison. Trois jours auparavant, le Cheikh Ali Salman, secrétaire général du bloc d'opposition majoritaire Alwefaq National Islamic Society, avait été condamné à quatre ans de prison, ce qui pousse à s'interroger pour savoir si la libération inattendue d'Ibrahim Sharif et la condamnation de Ali Salman étaient des coïncidences ou bien deux facette de la stratégie du gouvernement de Bahreïn, dans un contexte de malaise politique prolongé.

La libération d'Ibrahim Sharif a été accueillie à grand bruit dans le pays, ce qui a un peu étouffé la colère liée à la condamnation d'Ali Salman. Des foules de sympathisants se sont réunies devant la maison d'Ibrahim Sharif pour attendre son retour. Enas Oun, membre du Bahrain Center for Human Rights (BCHR) a tweeté une photographie de l'activiste sur la route le ramenant chez lui :

Activist Ibrahim Sharif after his release

L'activiste Ibrahim Sharif après sa libération

Trois jours seulement s'étant écoulés entre les deux événements, on peut se demander si la décision de libérer Ibrahim Sharif après la condamnation d'Ali Salman était un geste calculé ou une conséquence spontanée.

Ibrahim Sharif a été arrêté le 17 mars 2011 et condamné à cinq ans de prison le 22 juin de la même année. Cependant, d'après la loi, les prisonniers peuvent être libérés après avoir accompli les trois quarts de leur peine, ce qui pour Ibrahim Sharif devait être fait le 3 décembre 2014. Depuis, il n'a cessé de demander aux autorités sa libération anticipée, sans succès, jusqu'à trois jours après la condamnation de Salman. S'agirait-il d'une tactique destinée à détourner l'attention de la presse étrangère en substituant un emprisonnement par la libération d'un autre éminent activiste ? L'indignation autour de la condamnation de Salman a fait place à la quasi-célébration de la libération de Sharif.

Mohammed Ashoor tweete une photographie de la foule qui s'est réunie devant le domicile de Sharif dès que la rumeur sur sa libération imminente s'est répandue :

Fête de bienvenue pour Ibrahim Sharif

La condamnation de Salman est survenue un jour après que le Royaume-Uni ait ouvert une base de la Royal Navy dans le pays, ouverture largement critiquée par l'opposition.

Salman a été arrêté le 28 décembre 2014 et accusé « d'incitation à la promotion d'un changement du système politique par la force, les menaces et d'autres moyens illégaux », « incitation publique au mépris du peuple, menant au désordre public », « incitation publique à désobéir à la loi » et « insultes publiques à l'encontre du ministre de l'Intérieur », d'après Amnesty International.

Salman a été acquitté de beaucoup des accusations sérieuses liées à un supposé complot pour renverser le régime, et condamné à quatre ans pour les autres. Les organisations de défense des Droits de l'Homme, dont Amnesty International, ont dénoncé l'arrestation et la condamnation de Salman, déclarant qu'il avait été poursuivi pour avoir usé de son droit à la liberté d'expression. La communauté internationale a fait de même, y compris les États-Unis, le Royaume-Uni ainsi que les Nations Unies.

Le diplomate américain Tom Malinowski condamne les poursuites envers un individu s'exprimant de façon pacifique :

Ali Salman condamné à 4 ans de prison pour un discours. Personne ne devrait être poursuivi pour s'être exprimé pacifiquement.

Une manifestation a eu lieu  pour protester contre le jugement et demander sa libération. Un autre membre du BCHR, Hussain Radhi, partage ses photos des manifestations :

Manifestations pacifiques dans différents villages de Bahreïn en solidarité avec les prisonniers politiques et le Cheikh Ali Salman

Parmi les réactions, le ministre des Affaires Étrangères irakien a appelé le gouvernement du Bahreïn à «reconsidérer le jugement » contre Salman. Les ambassadeurs du Bahreïn, des Emirats Arabes Unis (EAU) et du Koweït en Irak ont protesté contre cette déclaration et adressé un message au ministre irakien des Affaires Étrangères, le mettant en garde contre l'ingérence dans les affaires intérieures de Bahreïn, et l'invitant à montrer plus de respect pour la souveraineté du pays.

Mohamad Bazzi, professeur de journalisme à l'Université de New York, a tweeté :

Le Bahreïn est contrarié par la déclaration du ministre des Affaires Etrangères irakien condamnant la condamnation à 4 ans de prison contre le leader d'opposition Cheik Ali Salman

Emile Nakhleh, un expert des société du Moyen-Orient et membre du Council on Foreign Relations, conclut que le boycott des élections de 2014 par Alwefaq était utilisé pour piéger Salman, dans un contexte de divisions au sein de la famille au pouvoir. La position du Prince héritier est rendue difficile par les rumeurs selon lesquelles la couronne pourrait aller à son jeune frère, Nasser. Il semble qu'il n'ait eu d'autre choix que d'accepter la répression contre l'opposition.

Emile Nakhleh expique:

the Crown Prince’s position within the family hierarchy has been increasingly precarious, especially in light of recent rumors that the succession to the throne might be rearranged in favor of his brother Nasser. Such a possibility, along the lines of the Saudi change of succession, is forcing Crown Prince Salman to be more circumspect in dealing with the opposition and in using al-Wefaq’s refusal to participate in the recent elections as a justification for persecuting its head.

La position du Prince héritier au sein de la hiérarchie familiale s'est progressivement précarisée, spécialement à la lumière des récentes rumeurs que la succession du trône pourrait être modifiée en faveur de son frère Nasser. Une telle éventualité, en conformité avec le changement dans la succession des Saoud en Arabie Saoudite, force le prince héritier Salman à être plus prudent dans ses négociations avec l'opposition et à utiliser le refus d'al-Wefaq de participer aux récentes élections comme justification pour réprimer ses chefs.

Autre détail intéressant, le ministre de l'Intérieur a annoncé le mois dernier qu'il inaugurerait six nouveaux bâtiments de détention, deux centre de détention, et quatre centres de rééducation à travers le pays, mesures qui auraient été prises pour répondre à la surpopulation dans les prisons existantes.

Marc Owen Jones, qui tweete activement sur Bahreïn, est l'un d'eux. Il explique :

Ali Salman emprisonné, Ibrahim Sharif relâché. Les prisons bahreïniennes sont si pleines qu'ils mettent en place une politique du ‘un qui entre, un qui sort’.

Un compte Twitter anonyme, Free Shawqi Radhi, partage le même point de vue :

Comme un coach qui intervertit ses joueurs. Le Bahreïn attrape Cheikh Ali Salman et l'expédie en prison pendant qu'il libère Ibrahim Sharif

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