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République Dominicaine : le futur incertain des descendants d'haïtiens

Map of Haiti and the Dominican Republic; image by Jay Clark, used under a CC BY 2.0 license.

l'Ile d'Hispaniola:'Haïti + la République Dominicaine. Image de Jay Clark,  Utilisée sous licence CC BY 2.0.

‘Imagine que tu naisses dans un pays et qu'on te dise que tu n'as aucun droit de citoyen, qu'on ne veut pas de toi ici, c'est exactement ce qui est en train d'arriver depuis quelques temps aux dominicains descendants d'haïtiens depuis 1929. (article GV du 21 mai 2015)

La date limite du 17 juin pour qu'environ un demi-million de personnes d'origine haïtienne nées en République Dominicaine se fassent enregistrer auprès des autorités ou risquent la déportation  est maintenant dépassée. Pour beaucoup d'observateurs, il ne s'agit plus simplement d'un problème de dénationalisation mais de déshumanisation. On peut utiliser le terme de “purification ethnique” pour décrire le tri qui est en train de se faire, car le gouvernement a comme objectif d'expulser les dominicains d'ascendance haïtienne, c'est-à-dire ceux qui ont la peau la plus foncée.

 Il y a deux ans une décision judiciaire a refusé la citoyenneté dominicaine aux descendants de migrants haïtiens rétroactivement, jusqu'à 1929, ce qui transformait de fait ceux-ci en apatrides. En ce moment, bien que le pays tente de prendre ses distances par rapport à ce qui est considéré comme un problème migratoire, des écrivains connus comme le dominicain Junot Díaz et l'haitienne Edwidge Danticat ont envoyé une lettre ouverte publié dans le New York Times insistant sur le fait que ces décisions créaient instantanément une classe sociale marginalisée soumise à tous les excès.

 L'indignation des médias sociaux dans la région a été rapide quoique limitée. Allan Tam, un Trinidadien qui vit hors de son pays, a décrit cette situation comme “une tragédie en cours”.

Sur Facebook, Rhoda Bharath fait la déclaration suivante:

Pour abonder sur la déclaration d'un ami…
Nous avons vu se mettre en place cette semaine en République Dominicaine un nettoyage technique. Dans les Caraïbes. A l'époque actuelle . La Caricom reste muette.

Bien que le sentiment que la Communauté des Caraibes ne s'est pas exprimée sur ce problème soit globalement partagé, le journaliste indépendant Wesley Gibbings a souligné qu'au contraire, la CARICOM avait donnée son avis sur cette situation: Elle a publié sa première déclaration en novembre 2013, suivie d'une autre communication en mars 2015. La plus récente a été ferme, faisant part de sa grande préoccupation pour cette série de réformes qui affectent sérieusement tous les Dominicains descendants de migrants haïtiens vivant en République Dominicaine.

Le procédé de régularisation des Dominicains descendants de Haïtiens, qui mène à une privation arbitraire de nationalité par le décret de la Cour Constitutionnelle de la République Dominicaine de Septembre 2013, a expiré le premier février 2015. Les fonctionnaires du gouvernement ont déclaré que ce délai ne sera pas prolongé malgré le fait qu'une faible proportion (6937) des personnes concernées ait pu faire cette demande. Une grande masse de personnes, estimée à plus de 100 000, seraient exclues de la procédure et exposées à une expulsion.

Il faut replacer cette information préoccupante dans le contexte de la décision du 22 octobre 2014 prise par la Cour interaméricaine des droits de l'homme qui demandait l'annulation de toutes les dispositions résultant de cette juridiction nouvelle portant sur la nationalité. Cette même communauté a réitéré une nouvelle fois sa condamnation du gouvernement de la République Dominicaine pour atteinte au droit international.

La communauté des Caraïbes condamne également la réapparition d'un esprit anti-haïtien en République Dominicaine. Celui-ci a entraîné la mort d'un migrant le 11 février 2015, des actes d'irrévérence vis à vis du drapeau haïtien et l'expulsion d'un nombre croissant de personnes sans vérification de leur situation. Compte tenu de ces  nouvelles fort inquiétantes, la Communauté des Caraïbes réitère ses remarques déjà adressées à la République Dominicaine concernant  l'absence de toute négociation.

Ceci montre une différence de ton sensible avec la déclaration initiale, dans laquelle la CARICOM se montrait disposée à un face-à-face avec la République Dominicaine dans la mesure où son gouvernement prouvait sa bonne foi et proposait des dispositions intermédiaires crédibles dans le cadre d'un plan général visant à résoudre les problèmes de nationalité le plus rapidement possible.

Dans toute la zone et au delà, les internautes se sont fait l'écho de ce sentiment en essayant de sensibiliser la communauté internationale confrontée à ce qu'ils estiment une criante injustice faite à leurs frères du monde caraïbe. Ils ont été nombreux à signer et diffuser une pétition sur Avaaz.org demandant aux gouvernements des pays de la Caraïbe de faire cesser “l'apartheid de la République Dominicaine contre les Dominicains descendants d'haïtiens”, qu'il considèrent un affront.

Sur la page Facebook de la communauté des blogueurs haïtiens, les internautes ont publié des réactions contre les déportations forcées, venant de personnalités haïtiennes et d'autres, jusqu'au maire de la ville de New York.

Dans le cadre des déportations prévues, le blog Kiskeácity a republié le podcast d'un débat qui a eu lieu fin 2014 sur l'attribution de la citoyenneté en République Dominicaine. Plus au sud, dans l'archipel des Caraïbes, Groundation Grenada a montré son indignation par l'entremise d'écrivains comme Angelique V. Nixon et Alissa Trotz, qui parlent d'un problème de droit à exister pour ces descendants d'Haïtiens et de la réalité qu'ils affrontent aujourd'hui jusque dans les Bahamas:

Il semble bien que nous soyons arrivés aujourd'hui, en République Dominicaine et aux Bahamas à un point crucial en ce qui concerne le traitement des migrants haïtiens et des personnes descendantes d'haïtiens. Outre le problème d'une population rendue apatride, des rapports inquiétants témoignent d'atteintes aux droits de homme dans les centres de rétention des Bahamas, de déportations en masse en République Dominicaine et de séparation de membres d'une même famille dans ces deux pays. Les migrants haïtiens et leurs enfants sont une des population des plus vulnérables, cette constatation est bien évidente au vue du renforcement des politiques concernant l'immigration au Bahamas et en République Dominicaine. Ce comportement humiliant vis à vis des migrants haïtiens ou d'ascendance haïtienne met en évidence de manière criante la portée fort limitée de la notion de droit de l'homme et du choix de ceux qui accèdent à une protection. En outre la persistance d'une attitude xénophobe envers certains migrants, en particulier les haïtiens, demeure une préoccupation persistante et un problème sérieux pour notre région caraïbe.

Cet article signale ensuite plusieurs cas spécifiques de violences contre des Haïtiens dans les deux territoires et critique le plan de régularisation mis en place par la République Dominicaine,  dont un délai irréaliste pour que les migrants sans papiers puissent demander la citoyenneté.

Reprenant les termes de l'écrivaine haïtien-canadien Myriam Chancy, cet article ajoute que ce qui doit préoccuper les citoyens du monde caraïbe est la “mort civile” imposée à leurs frères haïtien. Winston Dookeran, ministre des Affaires étrangères de Trinidad et Tobago, a déclaré qu'une initiative diplomatique devait être prise à l'occasion de la réunion des dirigeants régionaux le 2 et 3 juillet dernier lors de la conférence des chefs de gouvernement. L'opinion de Groundation Grenada est pourtant que ” la région est loin d'avoir trouvé un chemin vers une meilleure éthique pour gérer le problème des migrations et du droit à une citoyenneté.

Alors que se poursuivent des efforts considérables de reconstruction après le tremblement de terre en Haïti,  cette offensive contre les migrants et la descendance des haïtiens en République Dominicaine  illustre bien ce qui reste à faire en ce domaine dans notre monde Caraïbe. Le moment est venu d'aller de l'avant et de créer des réponses régionales faisant la promotion de la solidarité et de solutions basées sur la justice sociale. Le moment est venu de trouver les solutions les meilleures pour gérer les migrations, les problèmes de citoyenneté, la mobilité régionale et le travail. Le moment est venu de développer des modes d'approche plus efficaces et transversaux prenant en compte la classe sociale, le sexe, et d'autres marqueurs de différence et d'inégalités.

De récentes informations laissent à penser que Andrés Navarro García, ministre de l ‘intérieur de la République Dominicaine, aurait prolongé le délai prévu pour les déportations dans le but de rendre ce processus plus crédible. Le futur des Dominicains d'ascendance haïtienne, dont la plupart n'ont jamais vécu en Haïti et ne parlent pas la langue locale, demeure néanmoins très incertain.

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