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La censure russe falsifie des preuves contre un journal pour faire respecter la “dépolitisation” de l'information

Olkhon Island par Marco Fieber, 25 février 2013, publié par Kevin Rothrock. CC 2.0.

Ile d'Olkhon par Marco Fieber, 25 février 2013, photo-montage de Kevin Rothrock. CC 2.0.

Il y a presque un an jour pour jour, le 17 août 2014, l'agence de surveillance des médias du Kremlin, Roskomnadzor, a mis en garde plusieurs organes de presse, leur interdisant de publier des articles sur une manifestation qui se tenait alors en Sibérie. Le week-end dernier, dans le procès en appel d'un journal contre le gouvernement, les censeurs gouvernementaux ont révélé précisément pourquoi ils avaient interdit plusieurs reportages l'année dernière sur le rassemblement en Sibérie. Selon certaines sources, Roskomnadzor est même allé jusqu'à falsifier certaines preuves contre un des journaux, bien que, de toutes façons, la Cour ait tranché en sa faveur.

La manifestation de l'année passée avait été appelée “Marche pour la fédéralisation de la Sibérie”, et était le fait d'un petit groupe d'anciens activistes national-bolcheviques, qui avaient rejoint ce mouvement après le “tournant vers la face obscure” d'Edouard Limonov sur la question ukrainienne. (Limonov a soutenu l'intervention de la Russie). La marche de la “fédéralisation” militait en faveur de plus d'autonomie, souhaitait que la Sibérie garde plus de recettes fiscales pour son gouvernement local et promouvait “une politique régionale indépendante de celle de Moscou”.

Selon le site Ovdinfo.org, qui dit surveiller la “violence étatique”, le procès en appel du week-end dernier est une première pour Roskomnadzor qui a enfin expliqué — même si ce n'est qu'en termes vagues — ce qu'il considérait illégal dans les reportages sur la manifestation sibérienne. Le journal qui avait défié l'interdiction mise en place par Roskomndazor est le The New Times, un journal libéral dirigé par Yevgenia Albats. (Le journal a perdu son premier procès en janvier 2015, quand un tribunal de Tver a contourné la décision gouvernementale de censurer un article publié le 15 août 2014 et intitulé “La parade des souverainetés 2.0.”)

Dans ce premier procès qui s'est déroulé début 2015, Roskomnadzor n'a pas donné de précisions sur les raisons pour lesquelles il interdisait la couverture de la manifestation faite par The New Times, bien que le public ait appris que le procureur général russe n'était pas directement responsable de la répression contre le journal. Alors que le procureur général est chargé de combattre l'extrémisme et “les appels à des rassemblements non autorisés”, il se trouve que Roskomnadzor a repéré seul la “Parade des souverainetés 2.0″, et a agi sur les conseils de nombreux procureurs d'interdire tout contenu médiatique sur les “rassemblements en faveur de la fédéralisation”.

Dans le procès d'appel, Roskomnadzor a finalement clarifié sa position. Ovdinfo.org rapporte :

По мнению Роскомнадзора, фразы о том, что в Новосибирске призывали к несогласованным акциям и о том, что марш за федерализацию хотели провести по «традиционному для Новосибирска маршруту демонстраций» являются призывами к участию в несогласованных акциях.

Selon Roskomnadzor, les propos appelant les gens à Novossibirsk à participer à une manifestation non autorisée, et le fait que [les organisateurs] souhaitaient que la marche pour la fédéralisation se déroule “sur le trajet habituellement emprunté pour les manifestations dans la ville” constituaient un appel [illégal] à participer à une manifestation non autorisée.

Ovdinfo.org rapporte également que Roskomnadzor “a falsifié les citations de l'article du [The New Times],” offrant au tribunal, en guise de preuves contre le journal, des “propos qui n'apparaissaient pas dans le texte” du reportage.

Bien que Roskomnadzor ait mené une campagne vigilante contre les reportages sur la manifestation sibérienne de l'année dernière, de plus petits sites web ont montré que la censure du gouvernement est moins sévère quant il s'agit de la mise en application des sanctions. L'article interdit du New Times (que le journal a supprimé de son site internet après avoir reçu un avertissement de Roskomnadzor) est toujours accessible par les internautes russes, puisque immédiatement republié sur un site appelé Free Zone. L'été dernier, le gouvernement a aussi envoyé un avertissement à Free Zone, mais le site a refusé de supprimer son contenu. Par ailleurs, il est toujours accessible sur Russia today.

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