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Éthiopie: Retour devant les juges des blogueurs de Zone9, après 15 mois derrière les barreaux

Transfèrement à la cour par la police de Natnael Feleke (centre droit) et de son collègue blogueur Atnaf Berahane (centre gauche) . Crédit photo Trial Tracker Blog.

Transfèrement à la cour par la police de Natnael Feleke (centre à droite) et de son collègue blogueur Atnaf Berahane (centre à gauche) . Crédit photo Trial Tracker Blog.

Cinq membres du blog collectif éthiopien Zone9 [fr] attendent de connaître leur sort ce mercredi 19 août lorsqu'une commission de trois juges réunie à la haute cour Lideta d'Addis-Abeba décidera si les accusés peuvent être libérés ou s'ils devront faire face à une autre série de procès.

Comme le procès bâclé initié il y a 15 mois arrive à un stade critique à peine quelques jours avant que la Haute Cour fédérale n'aille en vacances d'été, nous vous proposons un bref résumé de l'affaire, ainsi que les procédures et les résultats possibles de ce qui ressemble à un procès sans fin.

L'affaire Zone9

Les blogueurs de Zone9 [fr] traitaient des questions sociales et politiques en Éthiopie en cherchant à promouvoir les droits humains et la bonne gouvernance. Connus pour leur position critique sur les politiques et les pratiques du gouvernement, ils ont fait face à diverses menaces avant d'être arrêtés en avril 2014, sur la base d'accusations d'incitation à l'agitation sociale par l'usage de moyens virtuels. Après avoir passé plusieurs semaines en détention provisoire au centre Maekalawi, une prison d'Addis-Abeba, célèbre pour ses conditions difficiles, ils ont été inculpés [fr] en vertu de la loi antiterroriste du pays.

Ils pourraient être reconnus coupables aujourd'hui de terrorisme et de charges liées à la trahison pour l'utilisation des outils de cryptage pour leurs communications en ligne et leurs blogs. L’acte d'accusation de 21 pages contre les blogueurs de Zone9 précise les lois que les blogueurs auraient enfreintes depuis mai 2012. Lire la suite ici et ici.

Cinq des neuf membres du groupe arrêtés à l'origine (dont un est jugé par contumace) ont été libérés le 8 et 9 juillet 2015, quelques semaines avant la visite historique de Barack Obama dans le pays. Les autorités ont abandonné toutes les charges contre eux, sans fournir aucune explication officielle. Aucun changement n'a été apporté aux accusations portées contre les quatre blogueurs Zone9 restés en prison.

Les observateurs pensent que la libération partielle des blogueurs de Zone9 était une tentative du gouvernement éthiopien de détourner les critiques sur son lourd bilan en matière des droits de l'homme à l'approche de la visite du Président Obama.

Un procès ajourné 33 fois

Le procès des blogueurs de Zone9 a été reporté 33 fois. Les juges ont ajourné l'affaire continuellement  invoquant une panoplie de raisons, allant du banal à l'insolite. Lors d'une récente audience, les procureurs ont plaidé pour un renvoi de l'affaire en raison de ce qu'ils ont décrit comme un “manque de temps”. Les juges ont accepté cela comme une raison valable, en dépit du fait que les blogueurs aient passé plus d'un an en prison.

Plusieurs fois les procédures ont été ajournées au moment où les accusés entraient dans la salle d'audience. À certaines occasions, les accusés n'ont même pas eu la possibilité d'écouter ce que leurs conseils disaient dans la salle d'audience.

Lorsque le gouvernement a décidé d'interrompre brusquement l'affaire contre cinq des blogueurs et de les libérer, les juges ne l'ignoraient. Les représentants de l'Etat ont affirmé que les cinq blogueurs avaient été libérés en application de la loi du pays, et que ceux qui sont maintenant libres avaient eu une participation minimale dans le soit-disant crime. Mais cette mesure soudaine a soulevé plus de questions que de réponses parmi les observateurs. Pourquoi le gouvernement libère seulement cinq personnes tout en maintenant les autres en prison, alors qu'ils avaient tous été initialement accusés du même crime ? La libération d'une partie des blogueurs aura-t-elle un impact sur le cours du procès des autres?

Quelle pourrait être la suite? 

Un procès équitable est tout simplement impossible dans le cadre du système judiciaire éthiopien, qui est généralement décrit comme un appareil de contrôle de la dissidence à l'égard du régime. Bien que la libération de cinq accusés ait créé un optimisme de courte durée en juillet, différents scénarios sont possibles le mercredi. Cela pourrait inclure une décision confirmant le verdict de culpabilité, une autre série d'ajournements à long terme, voire un acquittement.

Après la libération partielle des blogueurs en juillet, les responsables gouvernementaux ont justifié leur décision de garder les autres derrière les barreaux, en publiant des déclarations contenant un large éventail d'arguments erronés. Ces déclarations pourraient fournir un premier aperçu clair de la façon dont le procès est susceptible de se dérouler mercredi, et pas seulement en termes de décisions immédiates des juges – verdicts de culpabilité ou acquittements – mais aussi en termes de comment le gouvernement a précisément l'intention de libérer les blogueurs.

Dans un entretien suite à la visite de M. Obama et retransmis sur l'unique réseau de télévision du pays, le célèbre journaliste Tefera Gedamu a demandé à M. Redwan Hussein, Ministre chargé de la communication du gouvernement, “Pourquoi n'avez-vous pas libéré certains d'entre eux comme un geste de bonne volonté … cela n'était il pas possible ? Je sais que vous dites qu'il y a un processus juridique en cours… “

M. Redwan a répondu que le gouvernement allait leur accorder sa clémence et les libérer sous condition s'il y a une raison de le faire. Il a également défendu la libération d'une partie des blogueurs, répétant que les blogueurs restants ne seraient pas libérés, que les accusations contre eux n'auraient pas été abandonnées, et que le risque de retourner en prison pendait sur leur tête ainsi que sur celle de ceux qui avaient été libérés. Il a continué:

La gravité de leur crime devait être examinée … ceux qui ont une implication mineure par rapport aux autres, bien que chacune et chacun d'entre eux pouvait être déclaré coupable … si leur comportement et leur libération menaçait l'intérêt public … qui sert l'intérêt public plutôt que leur séjour derrière les barreaux, alors ils seront libérés.

M. Tedros Adhanom Ministre éthiopien des Affaires étrangères a également a parlé dans le même sens que M. Redwan, dans une interview au service en amharique de la VOA.

Ces déclarations sont des indications que la haute cour fera probablement respecter les déclarations publiques faites par ces fonctionnaires du gouvernement. Cependant, leurs déclarations peuvent également être lues comme une indication que le gouvernement a l'intention de libérer les blogueurs après leur condamnation en leur accordant la clémence. Quel que soit le résultat, un débat intense en ligne va continuer pour dire # FreeZone9Bloggers jusqu'à ce qu'ils soient tous libérés.

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