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Sur fond de scandales politiques, la Malaisie envisage d'obliger les sites internet d'information à demander une accréditation du gouvernement

Some of the participants during the #AtTheEdge campaign calling for a free and independent media in Malaysia. Photo from the Facebook page of Malaysians stand in solidarity with The Edge

Quelques participants à la campagne #AtTheEdge pour la liberté et l'indépendance des médias en Malaisie. Photo de la page Facebook de “Malaysians stand in solidarity with The Edge” (Malaisiens solidaires de The Edge)

Le nouveau Ministre de la Communication et du Multimedia malaisien propose un amendement sur les lois qui régissent l'internet dans le pays pour obliger les sites d'information à se faire accréditer par le gouvernement. Les groupes de défense des droits humains ont rapidement dénoncé cette proposition qui représente une menace pour la liberté d'expression.

Le Ministre Datuk Seri Dr Salleh Said Keruak souhaite en outre donner à la Commission Malaisienne de la Communication et du Multimedia (MCMC) le pouvoir de bloquer les sites soupçonnés de “menacer la sécurité et la stabilité nationales”. Il a cependant garanti publiquement que le gouvernement étudierait les systèmes mis en place dans les autres pays avant d'amender la loi en Malaisie, ce qui devrait se faire en octobre. Sur son blog, le Ministre écrit:

Nous voulons nous assurer que la Malaisie se conformera aux normes internationales. Cependant, même dans l'occident “libre” et “libéral” il y a des limites à ce que l'on peut dire et publier. C'est ce que doivent comprendre les malaisiens.

Le 17 août 2015, il a fait un compte-rendu, sur son blog, des rencontres entre le gouvernement et Facebook, Google et Twitter, au cours desquelles il a été question de la manière la plus efficace de contrer la publication de fausses informations sur les réseaux sociaux. Il demande instamment aux internautes d'être plus responsables. Il rappelle aux critiques que la liberté des médias n'est pas absolue:

L'environnement d'internet n'est pas une zone de non droit et toute action peut être menée contre quiconque viole la loi, même sur la sphère internet.

Ne perdez pas de vue que la publication d'informations sensibles ou non vérifiées peut provoquer une situation inappropriée susceptible de compromettre la sécurité publique.

Le Ministre fait sans doute référence à la récente suspension d'un quotidien (The Edge) et au blocage d'un site internet d'information (Sarawak Report) par le gouvernement, pour la prétendue publication d'informations non vérifiées. L'administration a accusé ces entreprises de presse de publier des documents inexacts sur le scandale de corruption qui lie le Premier Ministre à 1MDB, une entreprise publique d'investissements qui aurait perdu des milliards sur l'argent des contribuables.

D'autre part, le gouvernement a largement été critiqué pour avoir fait pression sur la presse pour tenter de réduire au silence les critiques portant sur le problème d'1MDB.

La proposition qui vise à demander aux sites d'information de s'enregistrer est considérée par certains comme la réponse du gouvernement à la montée du scandale sur les problèmes de corruption.

Media freedom advocates are urging the prime minister to remember his commitment to keep Internet free from censorship. Photo from the Facebook page of Malaysians stand in solidarity with The Edge

Les défenseurs de la liberté des médias demandent au premier ministre de respecter son engagement de préserver l'internet de la censure. Photo de la page Facebook de “Malaysians stand in solidarity with The Edge” (Malaisiens solidaires de The Edge)

Khairie Hisyam fait remarquer, sur Malay Mail Online, qu'il existe des lois qui régissent les préoccupations du Ministre sur la diffamation et la fausse information.

Nous avons déjà des lois tout à fait appropriées pour empêcher les récits malveillants et autres méfaits sur les portails d'information du net. Alors pourquoi brusquement faudrait-il une accréditation pour les portails d'information sur internet? Cela n'a aucun sens.

Il met en garde sur l'accréditation des sites d'information en ligne qui risque de réduire la liberté d'expression  en augmentant les charges administratives qui pèsent sur les journaux (comme les demandes d'accréditation aux services gouvernementaux), démarches difficiles à absorber par les groupes de presse les moins développés.

Le pouvoir donné au ministre de révoquer une licence à tout moment est une épée de Damoclès qui pèse sur les éditeurs accrédités. Ils ont constamment à l'esprit que ce pouvoir peut, sans préavis, devenir un outil politique pour réduire au silence un article dissident ou défavorable au gouvernement.

Si les portails d'information en ligne sont soumis à ces restrictions, cela aura pour effet d'étendre l'auto-censure qui existe dans la presse écrite aux médias en ligne et de limiter les reportages.

L'activiste Anil Nett soutient que l'accréditation des sites d'information est inutile:

Les portails d'information sur le net dépendent déjà de société et de gérants accrédités et leurs journalistes sont déjà détenteurs de cartes de presse officielles.

De plus, les autorités disposent déjà de toute une série de lois draconiennes qu'ils peuvent utiliser -et qu'ils ont déjà utilisé- contre les journalistes.

Lors d'un entretien, le Ministre clarifie sa position sur sa proposition qui, selon lui, est liée au besoin de lutter contre la pornographie, les jeux en ligne et la menace d'ISIS. Des groupes de défense des journalistes tels que l'Association pour une Communication Progressiste ou le Persatuan Kesedaran Komuniti Selangor rétorquent que cet amendement intervient à un moment où les autorités tentent de limiter les reportages sur les médias:

… il faut tenir compte de l'environnement politique actuel en Malaisie, où la liberté d'expression, les réunions et associations pacifiques sont menacés. Il est peu probable que les intentions de cet amendement ne soient pas d'empêcher la critique et d'encadrer le peu qui reste de la liberté de la presse.

Le 8 août dernier, des centaines de journalistes se sont rassemblés par solidarité avec les groupes médiatiques menacés. Une manifestation plus importante est prévue le 29 août organisée par différents groupes pour demander des comptes au gouvernement.

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