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Gloire et uniforme : la nouvelle police ukrainienne à la conquête des réseaux sociaux

Relatives and friends came to Sofievskaya square to greet the new patrol police officers taking the oath of allegiance. Photo by Stanislav Yandulsky from Demotix.

Parents et amis sont venus place Sofievskaïa pour saluer les nouveaux employés de la patrouille de police qui viennent de prêter serment. Photo Stanislav Yandoulski et Demotix.

Les nouvelles autorités ukrainiennes ont décidé de combattre la corruption au sein de la police en embauchant de nouveaux jeunes fonctionnaires. Kiev, la capitale de l'Ukraine, a été la première ville à mener cette expérience de «reset» des forces de l'ordre, et au bout d'un mois, les nouveaux policiers étaient devenus des stars des réseaux sociaux.

“Мa nouvelle police”

Dès le premier jour, début juillet, quand la nouvelle police a commencé à patrouiller dans les rues, les gens ont été tellement enthousiasmés par ces jeunes fonctionnaires amicaux qu'ils se sont mis à faire des selfies avec eux. D'où le succès des hashtags #KyivPolice (#PoliceDeKiev), #МояНоваПоліція (#MaNouvellePolice) et #‎Селфізкопом (#SelfieAvecUnFlic), qui étaient parmi les plus utilisés en Ukraine en juillet. Pour la seule première semaine, le hashtag #KyivPolice a été vu 3500 fois sur Twitter. En moins de deux mois la page de la nouvelle police de Kiev sur Instagram a récolté plus de 23 000 followers ; quant à la page Facebook, elle avait 10 000 abonnés.

La nouvelle police a acquis cette popularité déconcertante sitôt la réforme de la police lancée par les autorités de Kiev. Elles ont tout d'abord licencié les anciens policiers par centaines, puis les ont remplacés par plus de 2000 nouveaux. Ceux-ci ont été choisis parmi les quelque 30 000 candidats qui se sont qualifiés après une première série de tests. Environ un quart de ces nouveaux employés sont des femmes. Tout récemment, les jeunes recrues ont suivi une formation rigoureuses auprès d'instructeurs venus des Etats-Unis et du Canada. Enfin, le salaire des nouveaux policiers a été augmenté : il est maintenant de 8 000 à 10 000 hryvnias (360-450 dollars US).

Cette réforme des forces de l'ordre dans la capitale ukrainienne (et ailleurs) était attendue depuis longtemps. Les policiers du pays étaient tristement célèbres pour leur corruption [en anglais]. De plus, les Ukrainiens sont nombreux à se souvenir que l'an dernier, pendant les manifestations d'Euromaidan, les commissariats locaux ont aidé les unités spéciales du ministère de l'Intérieur, les «Berkout» à attaquer les manifestants [en ukrainien] sur la place de l'Indépendance, au centre de Kiev. Ces violents affrontements avec la police ont fait plus de 100 morts en deux semaines. La police a aussi joué un rôle important dans la fuite de l'ancien président Victor Yanoukovitch en Russie.

Les hashtags comme mesure d'efficacité

On peut distinguer plusieurs «vagues» dans la réaction des réseaux sociaux. Quand les nouveaux fonctionnaires ont commencé à patrouiller dans les rues de Kiev, les usagers des réseaux sociaux ont activement publié et partagé leurs ««selfies avec un flic». Dans l'ensemble, les commentaires étaient positifs, pleins d'enthousiasme et de vœux de succès, comme ce post de Sergueï Guerets sur Facebook.

#KyivPolice

Du positif. J'ai pu parler un peu avec les nouveaux policiers. Je leur ai posé des questions sur la situation dans leur zone de patrouille (Maidan et les rues adjacentes), et ils ont répondu tranquillement. Le principal inconvénient, d'après eux, ce sont les dizaines de séances photo par jour. Mais ils n'ont rien contre, ils comprennent que cette première étape du lien social est très importante. Premières impressions positives, donc. Et puis l'essentiel, c'est qu'ils n'aient pas peur de communiquer.

#selfiewithcop

Un autre utilisateur de Facebook, Zourab Kantaria, écrit ceci : «#SelfieAvecUnFlic dans les tendances. C'est cool ! Bonne chance !»

La police au travail

Quelques semaines plus tard, les mêmes hashtags accompagnaient des tweets où les gens partageaient leur vécu dans les contacts avec les nouveaux policiers. Ces tweets avaient dans l'ensemble un caractère positif, même si certains se plaignaient de ne pas arriver à joindre la police à son numéro d'urgence.

D'autres utilisateurs ont relayé l'histoire, publiée par quelques journaux locaux, d'une équipe de jeunes policiers qui, dans les premiers jours de patrouille, aurait égaré un véhicule et quelques armes. Elle a été aussitôt démentie par le porte-parole du ministère, qui a déclaré que tout ce qu'il y avait à signaler dans les premiers jours, c'était trois pare-chocs endommagés lors de légers accrochages.

#Kyivpolice

L'usager de Facebook Sergueï Pantchenko a documenté sa rencontre avec la nouvelle police (ci-dessus). Il a appelé pour se plaindre d'un bruyant attroupement devant chez lui. Les policiers n'ont mis que 18 minutes à arriver sur place et à constater ce qui se passait sous ses fenêtres. D'après ce que raconte Pantchenko, les jeunes qui faisaient du bruit sont partis après que les policiers ont parlé avec eux. Pantchenko les a rappelés ensuite pour dire que le problème était réglé.

Les usagers des réseaux sociaux ont aussi utilisé le hashtag de la nouvelle police pour se plaindre [en ukrainien] des nouvelles forces de l'ordre. Cependant, le grief le plus partagé ne concerne pas les policiers eux-mêmes, mais leurs gyrophares qui restent allumés. Certains conducteurs se sont plaints que leur lumière est si forte qu'elle aveugle tout le monde, surtout la nuit.

Kiev est la première ville où cette nouvelle police est opérationnelle. Il est prévu que dans l'année qui vient, la réforme de la police soit mise en place progressivement dans les autres villes du pays, les prochaines étant Lviv [en ukrainien] et Odessa. Pour le moment, il semble que les habitants de Kiev apprécient les changements. Selon un récent sondage à Kiev [en ukrainien], 92 pour cent des personnes interrogées sont satisfaites et soutiennent totalement la réforme de la police.

Malgré l'optimisme qui est de mise dans les rues de Kiev, les Ukrainiens continuent à penser que l'actuel gouvernement ne fait pas tout le nécessaire pour lutter contre la corruption au sens large. Selon les résultats [en anglais] d'un sondage national publiés par le Centre de recherche indépendant Razoumkov, 81 pour cent des sondés ne voient pas de progrès après les réformes anticorruption menées par le nouveau gouvernement. Même si la nouvelle police de proximité est gratifiée de sourires et de demandes de selfies, les hauts fonctionnaires devront donc sans doute faire plus pour gagner la confiance des gens.

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