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Ukraine/Russie : la crise énergétique s'enlise

la-russie-coupe-son-gaz-a-l-ukraineLes crises ne se comptent plus en Ukraine. En parallèle de la crise politique qui oppose séparatistes pro-russes et loyalistes, le pays doit faire face à une double crise économique de liquidité et de solvabilité. L'échec des négociations sur les accords gaziers avec la Russie marquent une nouvelle étape dans le face-à-face entre Moscou et Kiev. Un blocage qui hante les esprits à l'approche de l'hiver.

Les accords gaziers au point mort

Début juillet, au lendemain de l'échec des négociations entre Naftogaz, la compagnie publique ukrainienne, et son homologue russe Gazprom, la Russie a confirmé avoir cessé ses livraisons de gaz à l'Ukraine. Nouveau chapitre dans le bras de fer entre ces géants du gaz. Auparavant, l'Ukraine bénéficiait d'un accord préférentiel d'approvisionnement de gaz, d’une remise de 100 dollars par millier de mètres cubes par rapport au prix du marché. Mais la chute du prix du pétrole, et celle contingente du gaz, qui s'ajoute aux tensions entre les deux pays depuis la crise dans le Donbass commencée il y a un an, ont fait durcir le ton à Moscou. Et l'Ukraine a perdu ses privilèges.

Alors que le prix minimum proposé par Gazprom était de 247,12 dollars, Kiev demandait qu’il soit ramené à 200 dollars les 1000 mètres cubes. Ancien négociateur pour l'Ukraine, Dmytro Firtash réussissait à obtenir des prix très avantageux. « La vie nous enseigne qu’il est important d‘être un expert dans ce que l’on fait, et de comprendre comment les choses fonctionnent. Malheureusement, notre gouvernement a une compréhension très superficielle de l’ensemble du processus [d'approvisionnement du gaz] et ne peut pas apprécier pleinement les résultats de ses actions » explique-t-il aujourd'hui.

L'économie ukrainienne au plus bas

Un blocage d'autant plus problématique que l'économie ukrainienne s'est effondrée. Le pays est actuellement amputé de la région du Donbass, qui représente près de 20 % de son PIB. Le Fonds monétaire international (FMI) a sauvé in extremis l'Ukraine du défaut de paiement en accordant un plan d'aide en juillet dernier, mais tous les indicateurs restent dans le rouge et les espoirs sont minces de voir le pays sortir bientôt de ce marasme.

La croissance était à – 6,8 % en 2014 et les perspectives de 2015 varient entre – 5,5 % et -7,5 %. La monnaie continue de chuter depuis que le FMI a enjoint la Banque centrale ukrainienne d'arrêter de défendre sa monnaie face aux marchés. La hryvnia a perdu près de la moitié de sa valeur face au dollar en 2014 et a enregistré une nouvelle chute de plus de 30 % depuis le début de l'année. En parallèle, l'inflation culmine à 25 % en rythme annuel (45,8 % fin mars 2015).

Les réformes structurelles requises par le FMI contre le programme d'aide devront donc attendre. L'institution a en effet demandé à Kiev d'engager un grand plan d'assainissement des dépenses publiques et de consolidation du budget, mais le gouvernement est pour l'instant incapable de répondre à de telles exigences. Le déficit budgétaire dépasse les –4 % et la dette publique atteint 72,7 % du PIB. Le FMI prévoit qu'elle atteindra 94 % au cours de l'année 2015. Sans apaisement dans l'est du pays et sans accord gazier avec la Russie, l'espoir d'une amélioration de la situation économique du pays reste chimérique.

Trouver du gaz avant l'hiver

Tant que les beaux jours demeurent, les inquiétudes restent contenues. Mais que se passera-t-il quand le mercure descendra en dessous de zéro degrés ? L'Ukraine doit débloquer la situation avec Gazprom ou trouver un nouveau partenaire avant cet hiver. Elle se tourne notamment vers les pays d'Europe centrale.

Face à la pénurie, Kiev pourrait aussi être tenté de puiser dans les tuyaux qui acheminent le gaz de Russie vers l'Europe occidentale. Lieu de passage obligé de 80 % du gaz russe destiné à l'Europe pendant vingt ans, l'Ukraine dispose de nombreux gazoducs. Ce scénario reste toutefois peu probable. L'Ukraine a déjà eu à faire face à une pénurie de gaz et n'a pas recouru à cette solution, de peur de froisser ses partenaires européens qui verraient leurs commandes de gaz ponctionnées.

Dès l'annonce de l'arrêt des accords gaziers, la Commission européenne s'était montrée rassurante. Le Commissaire européen chargé de l'Energie, Maros Sefkovic, avait assuré que les approvisionnements russes à destination de l'Europe ne seront « pas en danger » l'hiver prochain. Difficile en tout cas d'imaginer que l'Ukraine pourra sortir seule de cette crise énergétique. Les réserves de charbon, comme les mines, se trouvent dans le Donbass. Or le regain de tensions malgré les récentes annonces de Petro Porochenko de conférer à la région un statut de semi-autonomie ne laissent pas présager d'une accalmie prochaine.

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