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En direct de la campagne électorale de septembre en Russie, avec Olga

Olga Borisova in Kostroma. Photo used with permission.

Olga Borissova à Kostroma. Reproduction autorisée.

Dans moins de deux semaines, dans plusieurs bureaux électoraux de la Fédération russe aura lieu un scrutin d'importance régionale. Cet été, plusieurs groupements politiques d'opposition se sont unis dans une “Coalition démocratique” dans l'espoir de proposer des candidats dans quatre régions : Kalouga, Magadan, Novossibirsk et Kostroma. Toutes ces régions, sauf la dernière, ont rejeté la participation de la coalition, et le mouvement a donc fait porter tous ses efforts sur le seul bureau de Kostroma. Olga Borissova, une bénévole de l'un des partis présents dans la coalition, le RPR-Parnas, était sur le terrain à Kostroma, où elle a aidé à recueillir des signatures de soutien aux candidats du mouvement. Pour Global Voices en russe, Olga raconte comment se passe ce travail au sein d'une opposition sous pression.

Je m'appelle Olga Borissova, j'ai 20 ans, je vis à Saint-Pétersbourg et je suis d'une certaine façon «engagée» en politique depuis environ six mois.

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais la démocratie en Russie, pour le dire gentiment, ça n'est pas ça. Notre problème, ce n'est pas la bêtise ou une foi aveugle dans le tsar, mais plutôt l'indifférence et une autre absence de foi, la foi en un quelconque changement. Pourtant, il y a encore des gens qui sont prêts à se battre pour leurs droits. Le droit à des élections honnêtes, le droit de se présenter, le droit de voter et d'être convaincu que votre voix a vraiment de l'importance et du poids. Le droit d'être entendu.
Les gens croient souvent qu'en Russie il n'y a pas d'opposition. Le gouvernement russe a tout fait pour que cette idée soit communément admise.

Des affaires pénales sont montées de toutes pièces contre les leaders de l'opposition, on ne le voit jamais à la télé, et si on en entend parler, c'est à travers des tissus d'accusations de connivence avec l'Occident, de collaboration avec le département d'État des États-Unis et de participation à des complots maçonniques. Dans ces cas-là, ce serait un péché de ne pas rappeler leur casier judiciaire. La population est en majorité complètement zombifiée (Quoi ! La télévision nous mentirait ? Comment serait-ce possible ?), les gens l'écoutent tous les soirs leur raconter comment Poutine relève la Russie qui était à genoux, embrasse les petits enfants, et puis, vous savez quoi, il a rendu la Crimée au peuple russe !

Olga Borisova (bottom) and fellow volunteers in Kostroma. Used with permission.

Olga Borissova (en bas) avec d'autres bénévoles à Kostroma. Reproduction autorisée.

Quoi qu'il en soit, le 13 septembre sera une journée unique de scrutin en Russie. Et notre «cinquième colonne» [ainsi que les médias pro-Kremlin appellent l'opposition] a décidé de participer cette année aux élections régionales à l'assemblée législative, a choisi des villes (Kalouga, Kostroma, Novossibirsk, Magadan), y a organisé ses propres primaires et a formé dans chaque région, d'après leurs résultats, sa liste de candidats sur le ticket du parti RPR-Parnas.

Notre parti n'étant pas représenté à la Douma, pour nous inscrire aux élections et apparaître sur les bulletins, il nous fallait obligatoirement réunir un nombre précis de signatures. C'est mon camarade Andreï Pirovarov, coprésident du RPR-Parnas à Saint-Pétersbourg, qui m'a invitée à participer à cette campagne de signatures. D'après le résultat des primaires, c'est Ilia Yachine, collaborateur de Boris Nemtsov , tué par balles à Moscou en février, et opposant politique connu, qui est arrivé premier sur la liste des candidats de la Douma régionale de Kostroma.

J'ai fait mes valises, je suis montée dans le train, et quinze heures plus tard, j'étais sur place. Les autres bénévoles de la coalition démocratique et moi, nous avons été logés dans des appartements locaux. Mais nous n'avons pu nous mettre tout de suite au travail pour cause de problèmes avec notre compte électoral. D'après la loi, pour lancer une campagne de signatures, il faut ouvrir un compte électoral, et pour des raisons obscures nous avons dû attendre presque quatre jours que les fonds soient versés. Notre juriste passait tous les jours huit heures à la caisse d'épargne à se bagarrer tantôt contre le «système», tantôt contre un personnel peu expérimenté, tout ça «pour» notre droit de participer aux élections.

Finalement, pendant ces quatre jours nous avons eu le temps de nous balader dans Kostroma et de faire connaissance avec les curiosités de la ville.

Peu après notre arrivée, les copains ont commencé à rapporter à notre QG des tracts distribués dans les environs de la gare, qui contenaient ces mots :

«TU VEUX QUE CE SOIT COMME EN UKRAINE ?? ILS SONT DEJA A KOSTROMA !!!»
Et de développer point par point ce que nous allons faire (violer, piller, assassiner).
Et ce n'est pas une blague !

RPR-Parnas headquarters in Kostroma.

Le QG du RPR-Parnas à Kostroma.

Andreï Pirovarov a été désigné comme chef du bureau préélectoral à Kostroma, ce qui m'a fait très plaisir, car c'est génial de travailler avec lui : c'est quelqu'un qui sait non seulement entendre, mai aussi écouter. Il a réparti les gens sur les stands selon les capacités de chacun, on pouvait toujours s'adresser à lui pour obtenir de l'aide, il trouvait toujours du temps pour le faire. Je n'en reviens pas qu'il se soit sorti d'une telle quantité de problèmes pendant ces journées.

Les autres bénévoles et moi collections des signatures partout (partout où la loi nous le permettait, bien sûr) : sur les stands au coin des rues, et on faisait aussi de porte-à-porte. Les Kostromiens ont eu des réactions diverses. Certains, quand nous entendaient prononcer le nom du RPR-Parnas depuis le seuil, nous fermaient la porte au nez, en ayant visiblement en tête le discours du présentateur du JT du soir. D'autres écoutaient jusqu'au bout le programme des candidats et signaient volontiers, en promettant de voter pour le Parnas, et d'autres encore signaient sans nous apporter leur soutien, mais avec la conscience que cette signature représentait une possibilité de participer aux élections, et qu'il faut que la concurrence existe. Nastia, une de nos bénévoles, a même obtenu la signature d'une députée de Russie unie [le parti de Vladimir Poutine]. Dans les régions, soit on est volé par les autorités, soit on appartient soi-même au parti au pouvoir.

Il faut dire que Kostroma a bien besoin de changements. L'état des routes n'est à 87% pas conforme à ce qu'il «devrait». Un jour de pluie, alors que les rues étaient inondées, j'ai pu observer une femme avec une poussette en train de traverser la rue, et alors qu'elle se dépêchait de se mettre à l'abri, son bébé (qui se trouvait dans la poussette !) s'est retrouvé en une seconde dans l'eau jusqu'à la ceinture, arrosé par une flaque.

Ilia Yachine a organisé des rencontres en plein air régulières avec les électeurs. Ils ont discuté des tarifs du gaz, de l'eau et de l'électricité, les habitants de sont plaints des routes, du vol par les autorités, du fait que les régions ont de moins en moins d'argent et qu'ils vivent de plus en plus mal. Il arrivait souvent que même les citoyens d'humeur sceptique finissent par serrer la main à Ilia et lui promettre de de lui donner leur voix aux élections.

Quant à moi, en faisant du porte-à porte, je me suis attardée plus d'une fois pour expliquer aux gens ce qu'ils faut faire dans telle ou telle situation d'injustice. Le plus souvent, les gens ne savaient même pas qu'ils ont le droit d'exiger des vérifications de conformité, le droit d'exiger ce pour quoi ils paient des impôts, tellement ils ont l'habitude de faire avec le peu qu'ils ont au bout du compte.

Olga Borisova appeals to voters in Kostroma to support RPR-Parnas. Used with permission.

Olga Borissova appelle les électeurs de Kostroma a voter pour le RPR-Parnas. Reproduction autorisée

Pendant que nous menions ces rencontres avec les électeurs et réunissions des signatures, dans d'autres régions les signatures étaient déjà arrivées à la commission électorale, et la plupart avaient été rejetées pour des raisons complètement ridicules : on se basait par exemple sur l'office des migrations pour prétendre qu'Untel ou Untel ne peut pas être considéré comme citoyen de la Fédération de Russie, alors que ses coordonnées ont été recopiées d'après son passeport (de citoyen de la FR !). D'une façon générale, après observation des tendances dans les autres régions, nous nous sommes mis à craindre que nos propres signatures, parfaitement authentiques, puissent être considérées comme non valables avec la même insupportable légèreté. Mais nous avons décidé que nous décourager et devenir moins efficaces serait justement la réaction qu'attendent de nous les autorités, et nous avons donc travaillé encore plus dur.

Vers la fin de la campagne, j'ai dû repartir à Saint-Pétersbourg quelques jours pour raisons personnelles, et c'est là que j'ai appris qu'Andreï Pirovarov était sous le coup d'une commission d'enquête. Nous étions tous sous le choc, et personne ne comprenait sur quels griefs il avait été arrêté. Le tribunal l'accuse d'avoir accédé frauduleusement à des informations protégées par la loi, et aussi de complicité d'abus de pouvoir de fonctionnaire.

Depuis le premier jour de la détention de Pirovarov, des piquets de manifestation ont lieu dans toute la Russie, les gens descendent dans la rue avec des pancartes «Liberté pour Andréï Pirovarov».

Pour le moment, Kostroma est la seule région où la coalition démocratique est candidate aux élections.

Andréï Pirovarov, lors de l'une de ses premières audiences au tribunal, portait une pancarte avec cette inscritpion : «Le 13.09.2015 nous devons gagner». Le siège du RPR-Parnas à Kostroma fait activement campagne, les candidats organisent tous les jours plusieurs rencontres avec les électeurs à Kostroma même et dans la région administrative. Le 13 septembre, les Kostromiens feront leur choix.

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