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Iran : une cyber-militante explique comment elle a été condamnée à 7 ans de prison

Cartoon by Tooka Neyastani shows imprisoned women's rights activist Bahareh Hedayat behind bars. Image from International Campaign for Human Rights.

Ce post, initialement publié sur iranhumanrights.org, est reproduit ici dans le cadre d'une collaboration avec la Campagne Internationale pour les Droits de l'Homme en Iran (ICHRI).

En 2013, huit militants avaient été condamnés à des peines de prison de plusieurs années pour des commentaires politiques et sociaux sur des pages Facebook. Naghmeh Shahsavandi Shirazi, qui faisait partie de ces huit militants, a déclaré qu'il lui avait été refusé de communiquer avec son avocat pendant sa détention, qu'elle avait été interrogée sur sa vie privée, et qu'elle avait été inculpée de crimes qu'elle n'avait jamais commis.

Naghmeh Shahsavandi Shirazi a expliqué à la Campagne Internationale pour les Droits de l'Homme en Iran :

Ils ne m'ont pas autorisée à avoir un avocat avant que mon dossier n'arrive devant la cour d'appel, même si je n'avais pas assisté au procès. Notre dossier a été présidé par le juge Moghisseh, qui n'avait aucune connaissance sur Internet ni sur les ordinateurs, car si ça avait été le cas, il n'aurait jamais considéré les dessins de Ali Jannati [Membre du Conseil des gardiens de la Constitution, plus ou moins équivalent au Conseil Constitutionnel français] et Ali Khamenei [Guide suprême] comme pornographiques… Nous n'avons pas une seule image pornographique sur nos comptes Facebook.

Naghmeh Shahsavandi Shirazi et ses co-accusés étaient les administrateurs de huit pages Facebook très populaires, et ils partageaient du contenu sur différents médias sociaux. Le 14 avril 2014, Naghmeh Shahsavandi Shirazi fut condamnée à 7 ans de prison pour insulte envers le Guide suprême Ali Khamenei et le fondateur de la République islamique l'ayatollah Khomeini, conspiration contre l'Etat, et publication d'images pornographiques.

“Beaucoup de nos pages Facebook n'étaient pas politisées”, explique Naghmeh Shahsavandi Shirazi, ajoutant : “Nous avions effectivement deux pages qui s'apparentaient à du journalisme citoyen. Nous collections des informations dans les prisons et nous les publiions sur ces pages. Elles rassemblaient environ quatre millions de “J'aime” et, à cause de ça, ils nous ont accusés d'ébranler la sécurité nationale.”

Elle continue :

Nous avons relayé des dessins qui existaient déjà en ligne. Nous n'avons rien produit nous-mêmes. Quand nous le jugions nécessaire, par exemple lorsqu'il y avait une exécution, il nous est arrivé de publier des photos des dirigeants du pays avec une légende à côté. Pour faire court, nous étions une bande qui administrait des pages, et qui y rapportait les événements du moment, à l'image de journalistes citoyens.

Elle ajoute qu'elle est stupéfaite du motif d'inculpation “conspiration contre l'Etat”, car le type de contenu qu'ils postaient était toujours une reprise de ce qui circulait déjà sur les réseaux sociaux. Le seul contenu original qu'ils postaient sur Facebook était celui qu'ils récupéraient sur les médias sociaux iraniens.

Naghmeh Shahsavandi Shirazi. Image from ICHRI.

Naghmeh Shahsavandi Shirazi. Image de ICHRI.

D'après Naghmeh Shahsavandi Shirazi, elle et les sept autres militants arrêtés ont été identifiés par des agents de sécurité incluant l'un des plaignants, qui était membre de la cyber-armée des Gardiens de la Révolution à Shiraz. Le jour de leur procès, un groupe de Gardiens de la Révolution était présent dans le tribunal en tant que plaignant. “Notre juge, le juge Pourarab, a essayé de nous aider, mais ils ne l'ont pas laissé faire”, dit-elle.

Naghmeh Shahsavandi Shirazi raconte que les questions qui lui ont été posées étaient en majorité des questions sur sa vie privée, sur ses proches et ses amis.

“L'interrogateur m'a dit lui-même que les suspects masculins avaient été battus pendant l'interrogatoire. Physiquement, j'ai été beaucoup mieux traitée que les autres, mais la pression psychologique était vraiment pire. Je suis mère de deux enfants et, à cause de ça, ils m'ont dit chaque jour des choses dérangeantes. Ils m'ont dit beaucoup de choses immondes”, confie-t-elle.

Naghmeh Shahsavandi Shirazi ajoute que les comptes Facebook qui administraient les pages avaient été créés sous des noms anonymes ; mais la véritable identité des administrateurs fut découverte quand l'un des militants répondit à des commentaires postés sur ces pages en utilisant des comptes séparés, qui étaient cette fois enregistrés sous leur vrai nom. Les autorités ont donc piraté ce compte, et ont alors eu accès à tous les autres comptes.

“Au départ, la plainte porte contre les commentaires. L'un de nos amis a été arrêté à cause d'un commentaire, et c'est pendant l'enquête qu'ils ont piraté son compte, et trouvé qu'il était l'un des administrateurs de la page”, raconte Naghmeh Shahsavandi Shirazi.

Elle ajoute qu'elle n'était pas au courant de toutes les précautions de sécurité qui auraient pu l'aider à rester anonyme dans ses activités sur Internet. Pour contourner les sites filtrés par l'Etat, Naghmeh Shahsavandi Shirazi avait acquis sur le marché noir iranien un Réseau Privé virtuel (VPN), un outil qui permet à l'utilisateur de contourner le filtrage sur Internet. La sécurité d'outils comme ceux là, surtout quand ils sont acquis au niveau national, n'est jamais garantie. Les experts de sécurité sur Internet notent que dans les pays comme l'Iran, où des gens sont régulièrement mis en examen à cause de leurs activités en ligne et le contenu qu'ils postent, des outils de contournement internationaux (comme Tor ou Psiphon), ou des VPN privés acquis de sources sûres hors du pays, sont généralement mieux sécurisés contre le pistage par les instances de sécurité de l'Etat.

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