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Réfugiés et policiers ne sont plus seuls aux prises dans les Balkans

Refugees arrive to transit camp in Opatovac, Croatia, Spetember 21, 2015. Photo by Beata Zawrzel, copyright Demotix.

Arrivée de réfugiés au camp de transit d'Opatovac, Croatie, le 21 septembre 21 2015. Photo Beata Zawrzel, copyright Demotix.

Mardi 22 septembre, des affrontements mineurs se sont produits entre réfugiés et policiers dans un camp de transit dans l'est de la Croatie. On attend encore les explications officielles sur la cause de l'échauffourée.

D'après Sven Milekić, un reporter de Balkan Insight, 33 réfugiés ont fui le camp sitôt après les violences et on ignore où ils se trouvent actuellement. Sven Milekić cite aussi l'ONG croate Centre d'Etudes pour la Paix, affirmant que la police croate a usé de gaz lacrymogènes contre les réfugiés et blessé au moins deux enfants, qui auraient été pris en charge par la Croix Rouge de Croatie.

Pendant ce temps, les dirigeants de plusieurs Etats balkaniques ont ouvert des discussions à plusieurs niveaux sur la crise actuelle des réfugiés, tandis que la tension monte entre Serbie et Croatie.

Hungarian military seen patrolling the border beside the newly built fences to control the flow of refugees crossing into Hungary. Photo by Geovien So, copyright Demotix.

Un militaire hongrois patrouille la frontière à côté de la nouvelle clôture érigée pour contrôler le flux des réfugiés pénétrant en Hongrie. Photo Geovien So, copyright Demotix.

Une tension à laquelle contribue la décision du gouvernement hongrois d'édifier un nouveau mur et plusieurs clôtures le long d'une partie de ses frontières, pour essayer d'enrayer le flux des arrivants.

Chantier du mur au poste-frontière de Beremend (Photo: Eugen Husak) pic.twitter.com/VrlL9qr3FT

— HRT Vijesti (@hrtvijesti) September 21, 2015

[VIDEO] Depuis le petit matin les Hongrois mettent des barbelés près [du poste-frontière] de Gola

Le Premier Ministre croate Zoran Milanović a “averti” les autorités serbes lors d'une conférence de presse le 23 septembre que “agir contre la Croatie reviendrait à agir contre l'UE”. Et M. Milanović de préciser :

La Croatie est membre de l'UE. La Serbie ne peut pas, même si elle veut, imposer des mesures contre la Croatie car elle a un accord avec l'UE. Tout ce que la Serbie ferait, ou voudrait faire, irait contre l'UE et je suis sûr que la Serbie s'en abstiendra.

Les propos de M. Milanović semblent avoir irrité le ministre serbe des Affaires Etrangères Ivica Dačić, qui a réagi en disant que la Croatie “n'a pas encore tiré les leçons des problèmes”, et en affirmant que M. Milanović “continue à provoquer la Serbie avec ses déclarations”.

A son tour, le Premier Ministre serbe Alexandar Vučić a qualifié la décision de la Croatie de fermer temporairement sa frontière avec la Serbie “de violation brutale et absolument unilatérale de l'ASA (L'accord de Stabilisation et d'Association) signé par la Serbie avec l'UE”.

Des observateurs et des membres de la communauté internationale commencent à arguer que l'Union Européenne exagère la crise représentée par l'afflux des réfugiés du Moyen-Orient. Les détracteurs affirment que l'UE laisse de côté les pays non-membres intéressés à l'affaire dans les plans et résolutions adoptés pour gérer la crise, et souffle peut-être ainsi sur les braises d'une région balkanique déjà troublée.

Le politologue et professeur d'études d'Europe du Sud-Est à l'Université de Graz (Autriche) Florian Bieber a écrit un article pour Balkan Insight, où il décrit la gestion par l'Union européenne de la crise du point de vue des Balkans :

Les dégâts causés par la réaction des gouvernements face aux réfugiés sont immenses. En quelques semaines, les frontières de toute la région sont devenues plus étroitement contrôlées et plus fermées qu'elles ne l'ont été en plus d'une décennie. […]

La réponse des pays balkaniques le long de la route de transit est le reflet des signaux contradictoires de l'Allemagne et des autres Etats principaux de l'UE, qui oscillent entre accueil et rejet.

Les réponses divergentes de ces gouvernements met sous pression les relations bilatérales, en particulier entre la Hongrie et ses deux voisins au sud, mais aussi entre la Serbie, la Croatie et la Slovénie.

Fredrik Wesslau, autre spécialiste de politique unternationale européenne et directeur du Programme Wider pour le Conseil Européen des Relations Extérieures, sensibilisait à ces questions dans un article publié deux jours à peine avant les déclarations antagonistes des responsables serbes et croates. Il écrivait :

On estime que 2.500 à 3.000 réfugiés entrent en Macédoine et Serbie chaque jour. Alors que le nombre total de réfugiés croît dans les Balkans, davantage de pays fortifient leurs frontières. Il y a un effet domino de fermetures de frontières et de constructions de barrières. Ce qui cause de nouvelles tensions entre pays de la région et conduit à de vilaines disputes entre Etats membres de l'UE.

Le journaliste indépendant Jorgen Samso, qui a passé quelque temps dans les Balkans juste avant l'explosion de l'actuelle crise des réfugiés, a forgé une expression qui exprime probablement le mieux ce que vivent en ce moment les réfugiés qui suivent la “route des Balkans” : la “gigue de la frontière balkanique”. Un engouement qui, en quelque sorte, va de frontière en frontière, sans retour possible. Samso décrit pour Politico la confusion supplémentaire qui attend désormais des réfugiés déjà désespérés :

La confusion a un effet cascade sur les réfugiés qui avancent vers le nord pour des destinations comme l'Allemagne. Malgré les smartphones avec accès aux informations, groupes de médias sociaux et cartes en ligne, les réfugiés étaient dans l'impossibilités de suivre [l'évolution des événements].

Les désaccords entre dirigeants de l'Union Européenne se font plus visibles chaque jour. Comme le note Fredrik Wesslau, il faudra que les choses empirent beaucoup avant de s'améliorer, et pays membres ou non de l'UE affectés par l'énorme afflux de réfugiés sur le continent se tournent vers l'Union en quête de solutions. Pour l'instant, les récentes décisions des dirigeants dans l'UE semblent plus propres à rallumer de vieilles animosités qu'à résoudre la crise actuelle.

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