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Vladimir Poutine devant l'Assemblée Générale des Nations Unies : Au-delà des hashtags

Edited photo shared widely and anonymously online.

Photo-montagre anonyme largement diffusé en ligne.

Trente-six dirigeants mondiaux se sont lu leurs discours lundi 28 septembre, à la 70ème session de l'Assemblée Générale des Nations Unies, à New York. En Russie, l'allocution du Président Vladimir Poutine à la tribune de l'ONU a été un événement médiatique national. Les réseaux télévisés ont diffusé une couverture-marathon, et la parole poutinienne a été rapportée en direct et en prime-time. Quand il eut terminé, des débats télévisés ont réuni des table-rondes pour analyser son discours. Sur la télévision d'Etat Pervyi Kanal, les invités ont débattu de l'efficacité de sa joute avec Barack Obama ou de son rapprochement avec la communauté mondiale.

Sur l'Internet, les journalistes ont mis en valeur une poignée de hashtags qui s'avéraient le fruit du travail promotionnel de plusieurs réseaux de bots informatiques. Le plus fréquent d'entre eux, “PutinPeacemaker” [PoutineFaiseurDePaix] visait, en sonnant proche de “Pacemaker”, à louer les actions du président russe pour résoudre la guerre civile syrienne en appuyant le président Bachar al-Assad. A l'aide de ce hashtag et d'analogues, les efforts n'ont pas été minces pour faire croire à la convicton des gens ordinaires en la capacité de Vladimir Poutine à résoudre ce conflit et d'autres.

Si la popularité électronique en tous genres se gonfle aisément par le recours au bots, c'est une autre paire de manches avec les hashtags, dont la manipulation est hasardeuse.

L'application TweetDeck offre un moyen un peu différent d'isoler les tweets “populaires”, c'est avec elle qu'ont été collectés les tweets ci-dessous sur Poutine. On trouvera ci-après un assemblage de tweets citant le nom de Poutine (avec la graphie en russe) ayant été retweetés plus de 25 fois. A une exception, les tweets d'agences d'information ont été exclus, de même que ceux qui se contentaient de citer un propos de Poutine pendant son discours ou à l'une de ses rencontres postérieures. Le but de cette typologie : mettre en exergue quels commentaires sur Poutine semblent le mieux en résonance avec les utilisateurs russophones de Twitter aujourd'hui.

Les zélateurs de Poutine

Premier de la liste, ce tweet du média d'Etat russe RIA, qui laisse entendre que Poutine a réussi à atteindre un accord d'importance avec les Etats-Unis aujourd'hui à New York. A noter que RIA Novosti use aussi du hashtag #PutinPeacemaker, peu présent dans les “top tweets” enregistrés par TweetDeck, malgré les efforts d'un apparent réseau de bots.

Poutine a recommandé de ne pas chercher de sens cachés dans les photos de son déjeuner à l'ONU. #PutinPeacemaker

Une interprétation commune de la visite de Poutine à New York était que sa réception aux Etats-Unis marque l'échec de l'Occident à isoler la Russie. Les photos d'Obama et Poutine dînant et se serrant la main sont supposées prouver que la Russie est, de fait, un membre vital de la communauté mondiale—et même aux Etats-Unis, maîtres d'oeuvre de la campagne de sanctions contre la politique ukrainienne de Moscou.

En plein isolement.

Le hashtag #PutinPeacemaker n'a réussi qu'une fois à attirer encore un nombre significatif de retweets sur cette liste. Le tweet, en question, ci-dessous, est représentatif de beaucoup d'entrées arborant ce hashtag (à part le fait que d'autres utilisateurs de Twitter l'ont effectivement partagé). Comme dans le tweet de Ria Novosti, on y trouve un Vladimir Poutine tout sourire levant un verre de vin, apparemment en signe de triomphe.

Photo du jour

La louange de Poutine serait incomplète sans une pique contre l'opposition politique russe au Kremlin. De nombreux observateurs ont relevé que Poutine ne prononce jamais en public le nom du militant anti-corruption Alexeï Navalny, considéré par certains comme le chef de l'opposition. Si les partisans de Navalny attribuent ce silence à la crainte de Poutine que le nommer le consacreraient comme adversaire, les Russes qui n'apprécient guère le fouineur anti-Kremlin inclinent plutôt à attribuer les rouspétances des pro-Navalny à de l'arrogance pure et simple.

Les partisans de Navalny ont à nouveau relevé que Poutine n'a pas mentionné une seule fois Navalny.

Parmi les textes abondamment re-tweetés figurent plusieurs entrées de partisans de Poutine de premier plan. Le conseiller municipal moscovite Alexeï Lissovenko s'est voulu le porte-parole de la planète :

J'ai écouté attentivement les discours d'Obama et Poutine aujourd'hui à l'ONU. Je peux le dire en toute certitude : le monde doit être reconnaissant d'avoir Poutine.

Un compte qui régurgite les déclarations de Dmitri Kisseliev, éminent présentateur télé et président du conglomérat médiatique sous contrôle du Kremlin Rossiya Segodnya [Russie aujourd'hui], a aussi averti le monde entier :

Poutine a  clairement formulé qu'une seule force doit prédominer en ce monde : l'ONU. Un message compris par tous les pays, sauf les USA et leurs satellites.

D'autres utilisateurs de Twitter n'ont vu dans le discours de Poutine qu'une bonne occasion de rire des Américains :

Poutine n'a pas dit une seule fois “pédales”, mais tout le monde a compris qu'il parlait des USA.

L'influence supposée de Poutine sur les marchés a été un thème exploité tant par ses fans que par ses détracteurs. Dans cet exemple, un utilisateur de Twitter sous-entend que les propos de Poutine à New York ont réussi à faire baisser le dollar.

Poutine se pavane et les changeurs tremblent.

Le président ukrainien Petro Porochenko n'est pas resté indemne non plus. L'agenda prestigieux de Poutine, comparé aux rendez-vous relativement plus modestes de Porochenko, a nourri les plaisanteries sur l'isolement croissant de Kiev au terme de la lune de miel post-Maïdan de l'Ukraine avec l'Occident.

Poutine a rencontré le Secrétaire Général de l'ONU, le Président iranien, les premiers ministres d'Irak et du Japon, le Président Obama. Porochenko a rencontré un écureuil.

Dans la spéculation effrénée sur le sens des photos, une image d'Obama tendant la main à Poutine a semblé prouver à de nombreux utilisateurs russes que la Maison Blanche mentait probablement en prétendant que le Kremlin “avait mendié” l'organisation d'une rencontre entre Obama et Poutine.

Vous vous rappelez les titres de la presse ukrainienne et américaine sur “Poutine implorant Obama pour une rencontre “? On voit qui a imploré qui :)

Les détestateurs de Poutine

Les tweets sur la virée poutinienne à l'ONU qui ont eu le plus d'écho hier n'étaient pas que hashtags d'adulation et photos de consommation d'alcool ; les anti-Poutiniens étaient en force aussi pour inonder le Web de leur propre marquage au fer rouge et aigre ironie.

Pendant que les fans du président russe célébraient son apparente capacité à influer sur les échanges à Wall Street, ses détracteurs ont lié les propos de leur champion à la légère dépréciation du rouble contre le dollar pendant son discours à l'ONU.

POUTINE ROIIIRK LEADER ROIIIRK MONDIAL RRRRR ROIIIRK

D'aucuns ont vu dans la confusion par la chaîne d'information en continu américaine CNN entre Poutine et feu Boris Eltsine (le premier président de la Russie post-soviétique) une occasion de plaisanter sur le vieillissement de Poutine :

CNN a pris Poutine pour Eltsine. Ça montre que Poutine est déjà mort pour tout le monde civilisé.

Alors que Poutine exerce ses fonctions de chef d'Etat depuis bientôt plus de 15 ans (en comptant son temps de premier ministre sous Dmitri Medvedev)a fixation sur sa disparition prochaine est palpable. Pour beaucoup, dans le pays comme hors de ses frontières, une nouvelle Russie est impensable sans un départ préalable de Poutine, ce qui ne promet pas de se faire dans le calme.

L'important n'est pas quand Poutine va rencontrer Obama. Mais plutôt, quand il retrouvera Kadhafi…

La mise en garde de Poutine à l'Occident de ne pas répéter ses erreurs libyennes en Syrie n'a pas impressionné le blogueur anti-Kremlin Kirill Mikhaïlov, qui estime que la Syrie est déà beaucoup plus sanglante et chaotique que la Libye.

Poutine tient à ce que la Syrie ne se transforme pas en Libye. [Voici les] statistiques des morts et réfugiés de ces pays depuis 2011.

Ceux qui ne fantasment pas sur un Poutine mort se satisfont de visions du président russe en jugement, supposément pour crimes de guerre en Ukraine, ou peut-être pour la répression à domicile. Les photos de Poutine assis sur une chaise avant son discours à la tribune l'ont fait apparaître peu flatteusement de petite taille. Une image propice aux plaisanteries sur le “procès Poutine”.

Devant le tribunal de La Haye Poutine siègera aussi face la communauté mondiale avec un policier dans son dos.

Tous les tweets anti-Poutine n'ont pas été des conjectures chimériques sur la fin du président russe. Le commentateur politique Andreï Piontkovski n'a pas évoqué le funeste destin de Poutine, mais averti que celui-ci entraînait la Russie dans une guerre sainte moyen-orientale.

En sauvant les fesses d'Assad, Poutine jette la Russie dans la fournaise d'une querre de religion médiévale entre chiites et sunnites.

Et pour finir, des utilisateurs russes se sont gagné un auditoire en retournant la rhétorique des pro-Poutine.

Question aux poutinistes : si Obama est un minable, et Poutine lui a serré la main, ça fait quoi de Poutine ?

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