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Timisoara, le nouveau rendez-vous de l’art contemporain

Timisoara art encounters - Photo par Annick Lederle avec sa permission

Timisoara art encounters – Photo par Annick Lederle avec sa permission

*Toutes les photos ont été prises par l'auteur du texte Annick Lederle et republiées avec sa permission.

Depuis deux semaines, Timisoara est métamorphosée en galerie d’art contemporain à ciel ouvert. Du 3 au 31 octobre 2015, la ville accueille la première édition de la Biennale “Timisoara Art Encounters”.

Cette intitiative est un vrai défi dans cette ancienne capitale du Banat, endormie depuis plusieurs décennies dans les souvenirs glorieux de l’Empire austro-hongrois et de ses élites multiculturelles d’alors. Depuis plusieurs années pourtant, les initiatives individuelles se multiplient pour relancer la création et la vie culturelle autour des artistes, écrivains et galeristes de la ville.

Avec le lancement de la première Biennale d’art contemporain, on aurait enfin trouvé le détonnateur, capable d’éveiller l’attention et de mobiliser les énergies. Le pari, disons-le d’emblée, est réussi, aussi bien par la qualité et le niveau des collections exposées, que par la participation des artistes reconnus internationalement ( de Mircea Cantor à Dan Perjovschi, en passant par les maîtres “historiques” du mouvement Sigma) et le déplacement en masse des collectionneurs, galeristes et curateurs. Il faut dire que la ville de Timisoara a su jouer cette fois-ci de ses atouts : son histoire, on l’a dit, mais aussi sa situation géographique idéalement postée au carrefour entre est et ouest, entre moderrnité européenne (Vienne, Berlin, Milan)

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Cette rencontre d’art visuels, dédiée à l’art roumain contemporain d’hier et d’aujourd’hui, est pilotée par un entrepreneur et collectionneur d’art Ovidiu ȘSandor. La manifestation a pris pour thématique “Apparence et essence”, selon la belle formule de Brancusi lui-même. Les deux curateurs Nathalie Hoyos et Rainald Schumacher, recrutés à Berlin et à Vienne, experts de la scène créative de l’Europe de l’Est, se sont livrés à un travail de reconstitution des itinéraires et des emplois du temps des artistes qui ont, souvent dans l’ombre, façonné le paysage intérieur des artistes roumains jusqu’à la production actuelle. On retrouve ainsi de fabuleux trésors de documents, d’archives minuscules, de textes d’enseignement, de témoignages fragiles sur les actions des artistes à Timisoara sous la période communiste. Pas de déclamation dans ces textes et dans ces projets, ils frappent par leur rejet du spectaculaire, leur fausse naïveté, mais surtout par cette ambition de tout connaître, de tout embrasser des savoirs, des sciences, jusqu’aux disciplines les plus éthérées et de les faire converger dans une discipline esthétique qui est un véritable manifeste contre la grandiloquence imposée du réalisme socialiste.

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La Biennale est l’occasion d’ouvrir les lieux et les espaces, galeries et musées, mais aussi des espaces non conventionnels comme la Halle Timco, friche industrielle, ou la CazarmaU ancienne caserne désaffectée depuis plus de 20 ans qui a été ouverte pour l’occasion.

 

Le choix de la thématique s’inspire d’une citation de Constantin Brancuși (Brummer Gallery catalogue, New York, 1926) : “Ce qui est réel, ce n’est pas la forme extérieure, mais l'essence des choses. En partant de cette vérité, personne ne peut exprimer la réalité en imitant la surface extérieure des choses.”. Au delà de la question de l’authentique et de la copie, il faut y lire aussi la recherche des origines, des traces qui se poursuivent et se prolongent jusqu’à nos jours.

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Nous avons déjà mentionné le groupe “Sigma” avait fait bouger les lignes dans les années 1970 en développant une approche expérimentale et interdisciplinaire. Puis, juste après la révolution de 1989, née elle aussi à Timisoara, la ville a été le théâtre d’un festival de performances d’avant-garde, le festival “Zone-Europe de l’Est”, créé et piloté par Ileana Pintilie comme un souffle nouveau après la période de la dictature de Nicolae Ceaucescu.

 

Faire le choix de Timisoara aujourd’hui pour accueillir cette rencontre d’art visuels, c’est certes renouer avec un passé emblématique mais aussi proposer un futur, offrir une autre image de la Roumanie grâce à l’art contemporain.

 

La manifestation “Art Encounters” se décline selon quatre grandes orientations : un programme d’expositions, un programme de résidences pour jeunes artistes et curateurs, un programme de conférences et de débats avec des experts nationaux et internationaux et un programme éducatif.

Ce dernier volet est piloté par l’Institut français de Timisoara. Un kit pédagogique composé de jeux et de cahiers

Tout un dispositif a été mis en oeuvre pour organiser les visites scolaires. Les professeurs réservent leur créneaux de visite par téléphone et par email. Une rubrique du site www.artencounters.ro leurs est dédiée – éducation.Un bataillon de volontaires (lycéens et étudiants) a été formé à la médiation culturelle pour. Un kit pédagogique a été conçu pour animer les activités pendant et après les expositions. Il est composé de dessins issus de l’exposition (une dizaine qui sont distribué de façon alléatoire) et de passeports, conçus comme des cahiers d’activité en fonction de différents niveaux : maternelle, écolé primaire, collège et lycée. Les professeurs enchaînent les visites et les élèves s’éveillent à l’art contemporain. Pour la majorité des participants, petits et grands, c’est la première fois qu’ils découvrent des oeuvres d’art, qu’ils vont dans des galeries et au musée. L’idée est de les senbiliser, de proposer une éducation au regard pour le grand public.

 

“Art Encounters” est en ce sens une vraie plateforme de rencontres pour les artistes, les professionnels et le grand public. Cette manifestation est un laboratoire expérimental : une première en Roumanie en termes de manifestation d’art contemporain de cette ampleur et de cette qualité, de richesse et de diversité de la pallette de l’art contemporain roumain, d’ouverture et d’accès au grand public.

 

“Art encounters” est un tremplin pour positionner Timisoara sur l’échiquier de l’agenda culturel européen. Après deux semaines de fonctionnement, “Art Encounters” a déjà accueilli plus de 12 000 visiteurs. En ce sens, le pari est déjà réussi!

 

 

 

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