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Impact Lesbos, une équipe de bénévoles en aide aux réfugiés

A group of four young women are embarking on a mission to help refugees. You can help too. Follow their mission on @impactlesvos on Instagram

Vous pouvez suivre la mission des quatre jeunes femmes au secours des réfugiés, sur leur compte Instagram  @impactlesvos.

Quatre jeunes femmes se sont donné une mission : secourir les réfugiés qui débarquent sur l'île grecque de Lesbos à leur arrivée en Europe. Ces bénévoles, dont l'auteur pour Global Voices Faten Bushehri, lèvent des fonds sur Internet pour distribuer des fournitures humanitaires, et collaborent avec d'autres bénévoles pour préparer le camp de Moria, qui abrite 8.000 réfugiés, à passer l'hiver.

En pleins préparatifs de leur voyage, Faten a répondu à nos questions.

Global Voices (GV) : Qui participe à ce voyage ? Qui êtes-vous et quelle est votre expérience dans ce domaine ? Combien de temps resterez-vous là-bas et que comptez-vous faire ?

Faten Bushehri (FB) : Nous sommes un groupe de bénévoles, trois filles allemandes et une Bahreïnie. D'autres pourraient se joindre en soutien, mais le noyau de quatre, c'est nous.

Nous sommes deux binômes, qui partent à tour de rôle, pour maximiser notre aide sur place. Deux d'entre nous, Annabella et moi, allons du 16 au 23 novembre depuis Amsterdam. Deux autres filles, Leonie et Babette, de Hambourg, iront du 20 novembre au 4 décembre.

Nous avons des amis qui y seront du 7 au 21 novembre. Nous les retrouverons quand nous irons.

Faten est journaliste indépendante, de langue maternelle arabe, et elle travaille depuis six semaines comme bénévole avec les réfugiés à Amsterdam, où elle a contribué à créer le groupe Refugees Welcome Amsterdam.

Annabella Stieren, également journaliste indépendante, et documentariste, parle turc, et participe à Refugees Welcome Amsterdam, dont elle est l'une des fondatrices.

Leonie  Stieren, étudiante en ingéniérie du sauvetage et spécialisée en secours et gestion de catastrophes, a récemment été en Ouganda avec une ONG pour construire une école de 80 élèves dans le district de Mityana.

Enfin, Babette Tabel est une étudiante en management des média et de la communication prête à faire tout son possible pour se rendre utile.

FB : Il est difficile de prévoir exactement où l'aide est nécessaire là-bas. Nous avons deux projets que nous allons rejoindre et aider. L'un est de retrouver nos amis qui arriveront avant nous pour équiper pour l'hiver le camp de Moria. C'est l'un des principaux et plus grands camps, où les gens font la queue sur deux 2 kilomètres dans l'attente de se faire enregistrer.

Nous travaillerons aussi sur la côte nord, où arrivent la plupart des bateaux de réfugiés, à proposer notre assistance, distribuer des fournitures et traduire.

La situation change chaque jour, et les bénévoles sont prêts à intervenir là où le besoin d'aide se fait le plus sentir. C'est à cela que nous sommes prêtes en nous déplaçant entre le camp Moria et le rivage nord de Molyvos.

Faten Bushehri with a young refugee in Amsterdam (Photo credit: Lesvos  Refugee Emergency Aid.

Faten Bushehri avec un jeune réfugié à Amsterdam (Crédit photo : Lesvos Refugee Emergency Aid.

Babette, left, and Leonie: "The question is not why are we doing this, it is more like why are we not doing more."  (Photograph provided by the interviewees)

Babette, à gauche, et Leonie : “La question n'est pas, pourquoi nous le faisons, mais plutôt, pourquoi ne faisons-nous pas davantage.” (Photo donnée par les interviewées)

GV : Pourquoi vous être embarquées dans cette mission ? 

Leonie et Babette : Quand la crise des réfugiés a éclaté, toute aide était évidemment la bienvenue, même en Allemagne. Notre conviction commune est que chaque être humain partage la même planète et doit avoir la possibilité de vivre en paix. Les frontières ne doivent pas être un obstacle à leurs chances de sécurité. Nous voudrions que les autres fassent de même pour nous si nous nous trouvions dans une situation similaire en Allemagne. Nous ne pourrions pas nous regarder en face si nous ne faisions rien, alors que des enfants se noient en mer, et que des familles restent sans abri après leur voyage horrible et inhumain.

Pour Bella et moi, cela a changé nos vies de passer autant de temps avec les réfugiés à Amsterdam à entendre leurs histoires horrifiantes. Bella dit qu'elle ne peut pas rester les bras croisés devant cela. Bella se sent particulièrement concernée car ses grands-parents lui racontaient comment ils avaient immigré en Allemagne à leur époque. Comme eux, elle dit que ce sont des gens qui ont besoin d'aide et si on peut les aider, il n'y a pas de raison de ne pas le faire. La question n'est pas, pourquoi nous le faisons, mais plutôt, pourquoi ne faisons-nous pas davantage.

Pour moi également, cela a une importance toute personnelle. J'ai grandi dans une famille croyant fermement aux droits de la personne, et dévouée aux gens, il m'est vraiment difficile de ne pas faire tout mon possible pour aider les personnes dans le besoin. En ce moment même la crise s'aggrave à Lesbos, on crie au secours chez les bénévoles sur place car il faut du renfort et des fournitures à l'approche de l'hiver. L'île n'est pas équipée pour l'hiver ni préparée à héberger tout ce monde.

Des enfants se noient, des femmes enceintes font des fausses couches, les gens épuisés tombent malades du fait du mauvais temps. Ils espèrent seulement traverser ce parcours pour atteindre si possible l'herbe plus verte de l'autre côté. Nous tenons les choses pour acquises chaque jour, sans réaliser parfois que nous pouvons faire de petites choses susceptibles de changer la vie de quelqu'un ou ajouter du positif à son avenir.

Après les semaines passées avec les réfugiés syriens à la gare centrale d'Amsterdam et dans les camps, nous nous sommes fait des amis proches qui font maintenant partie de notre vie. Pour nous, la crise des réfugiés, ce n'est plus des chiffres, elle a maintenant un visage. C'est Waseem, Alaa, Majd. C'est cette familIe syrienne dont j'ai fait la connaissance personnelle et avec qui j'ai passé du temps, les trois jeunes enfants, Malak, Jowdat et Souad, que j'ai emmenés au zoo. Ce sont des personnes qui fuient la guerre parce qu'elles n'ont pas d'autre choix. Cela me suffit pour faire monter dans un avion et faire ce que je peux pour aider.

GV : Comment collectez-vous les fonds et qu'alle-vous en faire ?

FB : Bella et loi avons commencé une campagne de levée de fonds sur Gofundme pour collecter les dons. A nous quatre nous avons fait appel à nos relations, aux médias sociaux et à nos familles pour donner le mot et encourager les gens à nous aider.

L'argent va directement à l'achat de fournitures pour les réfugiés nouveaux arrivants, à savoir habituellement nourriture, eau, couvertures de survie, vestes en polaire, tentes, beaucoup de chaussettes, des aliments infantiles et des sous-vêtements pour enfants. Cela change chaque jour selon le nombre de réfugiés et ce qu'apportent les autres bénévoles. L'argent servira aussi à acheter ce qu'il faudra pour équiper le Camp Moria pour l'hiver et apporter un soutien à l'équipe qui démarrera ce projet sitôt arrivée sur place.

GV : Parlez-nous de votre travail avec les réfugiés à Amsterdam. Qui gérait cette mission et qu'avez-vous fait jusqu'à aujourd'hui ? 

FB : RefugeesWelcome Amsterdam a démarré avec deux garçons néerlandais d'origine marocaine, qui se sont pointés à la gare centrale et ont proposé l'idée. Nous l'avons appris, et nous avons ensuite été 10 à 15 à coordonner la logistique et à établir le contact avec les agents publics.

Cette mission est totalement bénévole et n'est pas une ONG ou une organisation officielles. C'est une bande de gens qui veulent aider et sont apparus à la gare centrale avec leur bonne volonté.

Il n'y a aucun responsable pour diriger le groupe, c'est plus un groupe de gens responsables de diverses tâches qui les ont ensuite déléguées à d'autres quand de nouveaux bénévoles se sont présentés, et ainsi de suite.

Nous sommes les premiers secours pour les réfugiés qui arrivent. Nous vérifions les horaires des trains chaque jour et nous répartissons en équipes pour aller sur les quais et y trouver les réfugiés, puis les guider vers le coin que nous avons aménagé dans la gare où ils trouveront de quoi manger et de l'eau, des jouets pour les petits, des vêtements de base et des cartes sim.

Au début, nous nous coordonnions avec la Croix Rouge, qui fournissait des bus gratuits pour emmener les réfugiés dans les camps. Nous nous coordonnons avec les policiers pour qu'ils nous amènent les gens qu'ils trouvent. Nous nous coordonnons avec la municipalité pour être au courant des changements de règles, ou si les camps sont pleins, et nous nous adaptons en conséquence. Nous avons utilisé nos relations et réseaux pour apporter et recevoir des dons, sous forme de vêtements, ou de nourriture. Nous coopérons aussi avec un refuge pour ceux qui arrivent tard le soir et à qui il faut un endroit où dormir avant de prendre un bus ou un train vers le camp le lendemain matin.

Nous visitons différents camps pour suivre les gens que nous avons rencontré dans les gares, et chacun de nous remplit un rôle différent : parler aux médias, établir des liens, recevoir des dons, tenir le groupe Facebook, répondre aux questions, recevoir et trier les vêtements. D'autres sont chargés de répartir les tâches et de s'assurer que chaque équipe compte suffisamment de bénévoles. Toutefois, nous ne donnons pas de conseils juridiques et ne sommes là que pour réconforter les arrivants.

GV : Pourquoi faut-il aider les réfugiés et à quoi servent nos contributions ? 

FB : Le moindre pas peut faire une différence, même un petit geste peut apporter une journée pleine de bonheur. Les réfugiés ont vécu des choses inimaginables. Ils ne peuvent généralement pas être blâmés de ce qui se passe dans leur pays. Aucun ne mérite la vie qui lui a été imposée.

Mais ce qui est plus important, c'est que l'immigration est une crise mondiale qui nous affecte tous, et tous les pays à divers niveaux, et c'est une responsabilité commune que d'aider à faciliter le processus, pour que chacun puisse vivre en paix et avec au moins la couverture de ses besoins et droits minimaux.

Peu de gens ont la possibilité de se rendre à Lesbos ou d'être bénévole dans un camp, le plus aisé est de donner de l'argent pour que ceux qui peuvent y être physiquement puissent mettre cet argent directement entre les mains de ceux qui en ont besoin, sous forme de vêtements, nourriture et matériel médical.

Si nous assurons eau et vêtements d'hiver, nous pouvons en empêcher beaucoup de tomber malades, nous pouvons minimiser la faim et la souffrance, et les dons en général peuvent aider les équipes médicales à sauver les gens de la noyade. Voilà le changement, sans parler du soutien émotionnel et mental qui peut aider à traverser une grave épreuve. Tous les bénévoles et équipes de Lesbos sont forts en collaboration et coordination, et la totalité de l'argent va à ce qu'il faut pour couvrir l'ensemble des domaines. L'argent va partout où le besoin existe.

GV : Comment vous êtes vous préparées à ce voyage et comment d'autres peuvent-ils participer ? Est-ce facile ou difficile de marcher sur vos traces ?

FB : Deux de nos amies proches de Refugees Welcome Amsterdam ont décidé d'y aller, et commencent à préparer leur voyage. Nous avons voulu suivre leurs plans et leur façon de les réaliser. Bella et moi les rejoindrons de notre propre initiative et prendrons conseil auprès d'elles autant que de gens sur le terrain.

Il y a un énorme groupe Facebook pour tous ceux/toutes celles qui veulent se proposer comme bénévoles, il comprend toutes les équipes et oganisations, et les contacts essentiels à Lesbos. Il y a des documents donnant toute l'information nécessaire à chacun, sur là où il faut aller, dans quels hôtels séjourner, comment louer une voiture, où de l'aide est demandée, ce qu'il faut emporter, et quoi acheter pour les réfugiés, etc…

Les candidats-bénévoles viennent aussi poser des questions et obtiennent des réponses de ceux qui sont déjà passés par là.

Nous sommes en train de prévoir la logistique, le transport, et en contact avec plusieurs équipes sur le terrain pour établir où l'aide est la plus nécessaire.

Notre intention est de prendre un cours accéléré de secourisme pour pouvoir être utiles sur place quand il le faudra. Nous demandons aussi à nos amis et connaissances de nous aider à trouver notre équipement personnel, comme bottes, vestes imperméables, lampes frontales et autres.

GV : Quel est le rôle des médias sociaux pour aider les réfugiés et faire connaître leur situation ? Ce qui se publie sur les médias sociaux sert-il à quelque chose, ou bien cela finira-t-il par insensibiliser les gens et Ies faire se détourner de l'évolution d'événements qui traînent en longueur ?

Leonie et Babette : De façon générale les plateformes de médias sociaux sont très utiles pour sensibiliser à la question des réfugiés. Qui plus est, cela donne aux minorités la possibilité de faire connaître anonymement leurs idées et opinions. Même des manifestations peuvent sortir d'un mouvement de médias sociaux, conne on le voit bien dans le printemps arabe. Les récits d'autres réfugiés aident à coordonner et organiser leur évasion. S'ajoutant à cela, les médias sociaux amènent une attention et des actions plus grandes au niveau international, et, voire dans ce cas, mondial.

Nous pensons que les médias sociaux n'insensibilisent aucunement les gens. Normalement, les plateformes de médias ne traitent de ce genre de sujet que pour un temps limité, après quoi on discute d'un nouvel événement. Ce qui amène à oublier les crises précédentes. La situation des réfugiés étant maintenant discutée depuis longtemps déjà, les gens ont le temps de traiter du sujet et finissent par agir pour apporter un changemen.

GV : Les organisations internationales, dotées de plus de pouvoir et de ressources, sont sur le terrain pour aider les réfugiés. Pourquoi faire confiance à des individus qui s'y emploient ? Comment savons-nous où ira l'argent que vous collectez ?

FB : Il faut faire confiance aux personnes disposées à aider. En ce qui nous concerne, nous allons documenter tout notre séjour avec des photos que nous publierons sur les plateformes de médias sociaux. Nous envisageons même un blog sur notre voyage. Des amis ont proposé de se joindre à nous et de filmer le voyage en entier, nous en discutons en ce moment. Nous proposons de fournir matériel, films, images et interviews que les organes de médias intéressés pourront diffuser.

GV : Où peut-on vous suivre, vous et le travail que vous allez faire ?

FB : Régulièrement sur mon compte Twitter, @Fatenhbu et sur Instagram sur @impactlesvos.

L'équipe a déjà collecté en cinq jours 3.500 euros sur les 5.000 euros prévus. Vous pouvez les aider à atteindre leur but.

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