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De la COP15 de Copenhague en 2009 à la COP21 de Paris en 2015 : Quels changements ?

Climate change march at the Vatican on June 28, 2015. Photo by Flickr user EcoSikh. CC-BY-NC-SA 2.0

La marche du changement climatique au Vatican à Rome en juin 2015. Photo sur Flickr par EcoSikh. CC-BY-NC-SA 2.0

Cet article de Fiona Harvey a été publié à l'origine sur Ensia.com, une publication qui met l'accent sur la mise en place de solutions pour l'environnement. Il est republié sur Global Voices en deux parties avec autorisation. Vous pouvez en lire la première ci-dessous :

Les négociations de cette année 2015 sont les plus importantes depuis la quinzième session de la Conférence des partenaires des Nations unies dans le cadre de la convention sur le changement climatique à Copenhague en 2009 (COP 15). Ces discussions s'étaient terminées sur certains progrès comme le fait, pour la première fois, de permettre un accord entre pays développés et pays émergents sur un projet de diminution des émissions de CO2. Mais ces accords avait aussi été gâchés par les scènes de chaos pendant les dernières heures des rencontres et d'amère récriminations entre gouvernements.

Personne ne voulait voir se répéter l'expérience de Copenhague, encore moins le gouvernement français qui accueillait la conférence de cette année, et qui avait fait en sorte d'obtenir un engagement des gouvernements bien avant le début des entretiens de manière à être certain d'aller vers un accord final.

Le monde a changé notablement depuis 2009. Des développements scientifiques décisifs, des changements géopolitiques et un nouveau regard sur le changement climatique situaient la conférence cruciale de cette année dans un contexte bien différent du précédent. Dès la préparation de la COP 21 à Paris, on avait pris conscience des plus importants de ces changements et de leur influence sur la teneur de ces entretiens et leur aboutissement.

De nouvelles connaissances scientifiques

Grâce au développement des travaux de milliers de chercheurs autour du monde, nous en connaissons plus qu'en 2009 sur le fonctionnement du changement climatique, son impact futur probable et ce que nous devons faire pour en éviter les conséquences les plus dommageables.

Voilà pour les bonnes nouvelles, la mauvaise étant que l'avertissement des scientifiques était devenu de plus en plus pressant.

As ice melts, the liquid water collects in depressions on the surface and deepens them, forming melt ponds. Photo by Flickr user NASA Goddard Flight Center. CC-BY-NC-SA 2.0

Quand la glace fond, l'eau liquide se collecte dans des dépressions qui s'approfondissent à la surface de la banquise et forment des mares. Photo sur Flickr de NASA Goddard Flight Center. CC-BY-NC-SA 2.0

Le rapport le plus récent du Comité intergouvernemental sur le changement climatique (IPCC), regroupant l'essentiel des scientifiques du climat, avait été publié en trois parties en 2013 et 2014. Les résultats renforçaient les conclusions de 2007, prouvant avec une certitude de 95 % que le réchauffement était d'origine humaine et incluaient des projections futures plus précises sur le niveau des mers, la fonte des glaces, le réchauffement de la haute atmosphère et d'autres paramètres.

Deux éléments dominaient ces conclusions: un examen précis de la soi-disant pause dans le réchauffement global dont on avait tellement parlé ces dernières années et une estimation du budget carbone du monde, quantité de gaz à effet de serre qui pouvait être relâché dans l'atmosphère sans risquer de dépasser la limite de 2° C par rapport aux niveaux pré- industriels, llimite au delà de laquelle les scientifiques estiment que le changement climatique pourrait devenir catastrophique et irréversible.

Concernant la “pause”, le Comité (IPCC) signalait qu'il y avait encore trop peu d'éléments pour connaître la cause du léger ralentissement de l'élévation de température globale depuis 10 à 15 ans. On pouvait envisager des variations naturelles, des périodes de ralentissement de l'élévation de température, et bien d'autres causes encore.

De nouvelles données sur cette “pause” étaient d'ailleurs arrivées trop tard pour être inclues dans le rapport du comité. Elles comprenaient des études montrant qu'une cause possible était un accroissement de l'absorption de chaleur par les océans. De nouvelles études vont suivre sans aucun doute et cette année les températures ont de nouveau battu tous les records montrant que la “pause” pourrait se terminer.

Les estimations du comité concernant le budget carbone montraient qu'environ la moitié du carbone qui pouvaient être émis pour rester en dessous de 2° avait déjà été relâché dans l'atmosphère. C'était une révélation cruciale car elle donnait pour la première fois une idée précise de ce que nous pouvons émettre dans l'avenir. Nous savions désormais qu'en  continuant à suivre les tendances actuelles nous aurions épuisé le budget restant en trente ans environ !

Dans le contexte des entretiens de la COP, ces budgets carbone étaient extrêmement controversés car ils suggéraient que l'atmosphère pourrait être “découpée” en parts limitées qui seraient allouées aux nations pauvres ou riches. Cette question était chargée de problèmes d'équité qu'il était impossible de résoudre avant Paris ni peut-être pas après. Néanmoins, même si les décideurs politiques refusaient d'être liés par les considérations tenant à un budget carbone, l'ombre du grand défit et les estimations du Comité international ne pouvaient que planer au dessus des entretiens de Paris.

L'évolution des émissions

Alors même que les avertissements des scientifiques sur la nécessité de réduire en urgence les émissions se faisaient plus pressants, la production globale de CO2 d'origine anthropique a continué à augmenter. L'Agence internationale de l'énergie a rapporté une petite chute dans les émissions en 2009 après la grande crise financière. Par la suite la tendance à la hausse a redémarré jusqu'en 2013, où une diminution d'utilisation du charbon en Chine a permis un décrochage entre croissance et émissions. Reste à savoir si cela était un soubresaut temporaire ou un découplage concerté du carbone dans la croissance économique.

A solar energy installation in Germany. Photo by Flickr user Windwärts Energie. CC-BY-NC-SA 2.0

Une installation productrice d'énergie solaire en Allemagne . Photo sur Flickr de Windwärts Energie. CC-BY-NC-SA 2.0

Une autre étape importante avait été récemment franchie : les émissions par personne de la Chine avaient dépassé pour la première fois celles de l'Europe. Ces émissions per capita sont importantes parce que beaucoup dans le monde développé les voient comme une mesure plus juste que les émissions brutes globales. Le fait pour la Chine de rejoindre le club des riches selon ces critères pourrait entraîner de nouvelles divergences avec les intérêts de beaucoup de petits pays en voie de développement.

Les émissions s'étaient sont accrues depuis Copenhague mais la technologie avait aussi connu des gains.

Les technologies du renouvelable ont vu une chute rapide de leur prix, rendant l'éolien et le solaire, au moins dans les situations les plus favorables, compétitifs avec la production d'énergie d'origine fossile. L'utilisation à large échelle de la fracturation hydraulique aux États-Unis pourrait faire penser à une réduction de l'intensité des émissions dans ce pays. Cependant cette augmentation de la fracturation hydraulique devrait être observée avec attention. Des installations de fracturation hydraulique mal surveillées peuvent être à l'origine de fuites de méthane, un puissant gaz à effet de serre, et  le pétrole issu des schistes bitumineux vers lequel se tournent de nombreux prospecteurs est beaucoup plus producteur d'émissions de CO2 que le gaz de schiste. Par ailleurs dans un autre domaine, l'abandon de l'énergie nucléaire au Japon et en Allemagne après la catastrophe de Fukushima en 2011, suscite la crainte que ces pays soient forcés d'utiliser plus de carburants fossiles notamment du charbon. Il faudra analyser tout ce que cela implique.

Lisez la deuxième partie de ce billet : Un changement dans la perception par le grand public du changement climatique depuis la rencontre de Copenhague

Fiona Harvey est une journaliste de l'environnement très primée qui travaille pour “the Guardian”. Elle a auparavant travaillé pour le “Financial Times” pendant plus d'une décennie. Elle a fait des reportages sur tous les grands sujets environnementaux depuis l'Arctique à l'Amazone et le panel de ses interviewés inclut Ban Ki-moon, Tony Blair, Al Gore et Jeff Immelt. Elle twitte à partir de @fionaharvey.

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