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Les censeurs russes lancent une traque automatisée des contenus « extrémistes » sur Internet

Akin to Foucault's panopticon, Russian censors are now monitoring online media for forbidden content using an automated system. Images mixed by Tetyana Lokot.

Tel le panoptique de Foucault, les censeurs russes scrutent les médias vingt-quatre heures sur vingt-quatre à l'aide d'un système automatique, à la recherche de contenu illicite. Illustration Tatiana Lokot’.

Un système qui analyse automatiquement le contenu des pages internet à la recherche de propos tombant sous le coup de la loi a été mis en place dans 19 régions russes.

Le programme est pour le moment testé en version bêta, mais Alexandre Jarov, le chef du Roskomnadzor, l'organe de contrôle des médias russes, a déclaré au journal «Izvestia» que la version complète du système serait opérationnelle sur tout le territoire russe d'ici la fin 2016.

La tâche première du nouveau système est d'analyser les sites web pour rechercher les contenus illicites d'après l'article 4 de la loi « Sur les moyens d'information de masse » ; c'est-à-dire les appels à la violence ou au terrorisme, les contenus extrémistes, la pornographie, le langage grossier, etc. M. Jarov a déclaré aux Izvestia que même en mode test, le système permettait aux censeurs de trouver « au minimum deux fois plus » d'infractions qu'avant. « Nous n'allons pas sévir tout de suite, car le système est nouveau. Nous nous contentons de demander la suppression des contenus illicites, et je pense que cela va améliorer la qualité de l'ensemble des médias sur l'ensemble du territoire russe », a dit M. Jarov.

Les technologies et le logiciel utilisés par le Roskomnadzor analysent uniquement la partie texte du contenu des sites web. En cas de contenu multimédia, le système examine la description des fichiers multimédias, et si elle semble contenir de l'information illicite, ces fichiers sont adressés à l'organe de contrôle, où des analystes les vérifient manuellement.

Les commentaires sur le site sont aussi soumis à la vérification automatique : d'après les paroles du représentant du Roskomnadzor, si le système trouve quelque chose d'illicite dans les commentaires, il en informe l'administration du site, qui a l'obligation de supprimer le commentaire incriminé dans les vingt-quatre heures (comme le prescrit la Cour suprême russe). « Ce que tout le monde fait », affirme M. Jarov.

Le Roskomnadzor avait déjà auparavant cet objectif ambitieux de contrôler la diffusion de propos extrémistes sur le segment russe de la Toile, mais les moyens lui manquaient. « Nous sommes arrivés à la conclusion que le financement assuré par le budget actuel ne nous permettait pas de couvrir la Toile », a confié le chef du Roskomnadzor au journal Izvestia. « Nous nous contentons d'analyser les médias en ligne, sans toucher au reste de l'Internet. »

On sait peu de chose du logiciel et des particularités techniques de ce système de veille automatique. Selon le Roskomnadzor, « le noyau analytique » du système est localisé dans le Centre de radio principal de Russie, mais l'algorithme lui-même reste confidentiel.

En 2011, le Roskomnadzor avait lancé un appel d'offres pour le développement de recherches sur les systèmes automatisés et l'analyse des sites en vue d'une utilisation sur RuNet. C'est la société DataCenter qui avait remporté cet appel d'offres, mais le Roskomnadzor n'a pas été satisfait par sa proposition, qu'il a jugée non conforme à ses exigences techniques.

Au printemps 2014, les médias russes ont une nouvelle fois rendu compte de l'intention du Roskomnadzor d'automatiser la recherche de contenus illicites, de langage grossier et de discours extrémistes dans les médias et les réseaux sociaux. Le Roskomnadzor utilisait alors un système indépendant mis au point par la « Ligue pour un internet sécurisé » pour surveiller les contenus de ce type, tels que la pédopornographie et la propagande pour le suicide, mais voulait créer par ses propres moyens une solution pour contrôler les appels à l'extrémisme et à la violence.

En avril 2014, le directeur du Roskomnadzor a communiqué aux médias qu'il s'agirait d'un système en « auto-apprentissage », et que pour repérer les contenus extrémistes seraient utilisés des « marqueurs clés ». M. Jarov a fait remarquer que l'organe de contrôle des médias avait reçu des propositions des centres russes de surveillance des médias « Medialogia » et « Achmanov et associés », mais finalement c'est à une troisième société (dont le nom n'est pas encore connu) qu'a été confié le développement du système de surveillance.

Conformément à la législation russe, en cas de première publication d'un contenu interdit sur Internet, le Roskomnadzor enverra un avertissement au média concerné. En cas de récidive, il pourra porter l'affaire en justice et demander le retrait de la licence du média.

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