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Neuf ans de protestations contre la répression policière à Córdoba, en Argentine

Cap March, Córdoba, Argentina, 18th November 2015, fotografía utilizada gracias a la cortesía de Noelia Esteban

Marche de la casquette, à Córdoba, en Argentine, le 18 novembre 2015. L'image est publiée avec l'aimable autorisation de Noelia Esteban.

La neuvième édition de la “Marcha de la Gorra“, ou “Marche de la casquette”, a eu lieu le 18 novembre dernier à Córdoba, capitale de la province éponyme. Des jeunes représentants des mouvements sociaux et des victimes d'abus de pouvoir ont marché contre les actions contestables de la police dans la province.

Depuis neuf ans, les marcheurs réclament la fin des abus de pouvoirs de la police dans la deuxième plus grande ville d'Argentine. L'une des principales revendications des manifestants est l'abrogation du Code des infractions et des délits et la fin des contrôles de police injustifiés, la fin de l'humiliation et des abus de pouvoir, mais ils réclament aussi une justice pour les victimes de violences policières [espagnol]:

Le nom de cette manifestation, “La Marche de la casquette”, est une allusion à la stigmatisation que subissent les jeunes issus de quartier populaires à cause de leur apparence et leur tenue vestimentaire, comme le montrent des vignettes qui circulent sur Twitter :

Aujourd'hui, la neuvième Marche de la casquette

Comme l'explique le blog Résister au Code des infractions et délits [espagnol], il existe une loi dans la province de Córdoba qui punit toute conduite qui “altère la vie quotidienne, afin de faciliter la coexistence”. Mais l'ambigüité de cette définition laisse toute place à l'interprétation de ce qu'est un comportement perturbateur. Et dans la plupart des cas, ça “limite l'exercice des droits qui sont dans la Constitution”.

L'exemple de cela est la figure du “maraudeur” (article 98), qui vise tout personne ayant “une attitude suspicieuse” près de bâtiments ou de véhicules. Il est de la responsabilité des policiers de déterminer ce que signifie “suspicieux”, et ainsi, toute balade dans la rue peut devenir une “maraude”, constate le blog. Une autre infraction se réfère aux “rassemblements publics tumultueux” (article 99). Selon cet article, un officier peut juger par lui-même à quel moment un rassemblement devient un dérangement, et il a le pouvoir d'arrêter toute personne participant au rassemblement (même si elle n'a pas participé au tumulte). Le blog continue en constatant que “cela peut limiter la liberté d'expression et le droit de questionner les autorités (article 14 de la Constitution)”.

Bien que les données officielles concernant le nombre d’arrestations soient rares, peu systématisées et peu actualisées, une étude [espagnol] conduite par des chercheurs de l’Université Nationale de Córdoba en 2011 dénombrait un total de 42 700 arrestations pour violation du Code des délits [espagnol].

Les chiffres montrent une augmentation du nombre d’arrestations par rapport aux années précédentes. Actuellement, les organisations sociales estiment qu’il y a une arrestation toutes les sept minutes au motif de “violations du Code des délits”:

Nouvelle Marche de la casquette. Découvrez le nombre d'abus policiers

Ces chiffres reflètent que la stratégie gouvernementale est basée sur de gros investissement dans la sécurité, au détriment de la santé et de l’éducation, ainsi que l'indique le rapport [espagnol] du groupe d’enquête Llano en Llamas [espagnol] :

[…] The same happens if we comparatively analyse the expenditure per capita in 2015: the ‘Initial and Primary Education’ category registers a total of $1,311 per inhabitant; the budget for the ‘Health’ category implies $1,734 annual spending per person; and for the ‘Security and Justice Services’ category, the amount is $2,255 per capita.

[…] Il arrive la même chose si nous comparons les dépenses par habitant en 2015: la catégorie « éducation initiale et primaire » enregistre un total de $1,311 (environ 90€ au cours actuel) par habitant ; le budget de la catégorie « santé » représente une dépense de  $1,734 par an et par habitant (environ 118€ au cours actuel); et le budget « sécurité et services judiciaires » représente le montant de $2,255 par tête (environ 153€ au cours actuel).

Le résultat de cette politique sécuritaire est mesuré par la quantité d’arrestations menées par la police de la province. A ce titre, des plaintes se sont élevées au sein même des officiers de police, dénonçant l'incitation des institutions à augmenter les arrestations [espagnol], avec ou sans motif, afin de démontrer chiffres à l'appui l’efficacité de la police, et ainsi justifier les dépenses élevées dans la sécurité.

La “Marche de la casquette” [espagnol] proteste contre cette politique sécuritaire répressive, qui a tendance a supplanter les politiques sociales et d’éducation. Pendant la dernière manifestation, les participants ont publié un document dans lequel ils exposent leurs critiques et leurs demandes, tout particulièrement à l'adresse du gouverneur de la province, José Manuel de la Sota [espagnol], qui est responsable de la politique sécuritaire en vigueur :

DLS [abbreviation of de la Sota] you are mistaken: We are family and friends of victims of an easy trigger, never of police officers who steal guns and plant them in our neighbourhoods, nor of the murderers commanded by criminals like you and Julio César Suárez.

We are the biggest and most systematic March in Córdoba and the COUNTRY, who claims its popular cultures and strongly repudiates this police State that excludes us, represses us, persecutes us, stigmatises and kills us.

DLS [abréviation de José Manuel de la Sota], vous faites erreur: nous sommes les amis des victimes d’une gâchette facile, et pas d'une police qui vole des armes à feu et les cache dans nos quartiers [pour falsifier les preuves], ni des meurtriers dirigés par des criminels comme vous ou Julio César Suárez.

Nous sommes la plus grande et la plus répétitive des marches à Córdoba et dans le PAYS, qui revendique sa culture populaire et qui renie fermement cet état policier qui nous exclut, nous presse, nous persécute, nous stigmatise, et nous tue.

La neuvième édition de la marche a pu compter sur le soutien d’organisations éducatives, sociales et de travailleurs:

Le Programme des droits humains de la FFyH [Faculté de Philosophe et des Sciences humaines de l'Université Nationale de Córdoba] soutient la neuvième Marche de la casquette qui aura lieu le 18 novembre.

[AUJOURD'HUI] Neuvième Marche de la casquette à Córdoba <17 heures, quartiers de Colón et Cañada, ville de Córdoba.

Personne ne doit manquer: La neuvième Marche de la casquette “maraude” à Córdoba

Même certaines parties de l’église catholique ont soutenu la manifestation:

25 prêtres catholiques à la Marche de la casquette.

L'ampleur et l'impact de cette marche ne se limite pas aux classes les plus populaires, elle inclut tous les citoyens de Córdoba, et tout particulièrement la jeunesse. Ce que cette marche réclame et son questionnement sur la légitimité de l'autorité policière dépasse les barrières sociales, économiques et éducatives.

Bien que la marche ait eu lieu dans une ambiance paisible et festive, une émission sur la chaine de télévision locale Canal 12 a été critiquée pour sa couverture de l’événement, qui met en avant des actes de vandalisme.

Vandalisme pendant la Marche de la casquette – L'émission du matin – Córdoba

Aujourd'hui, l'actualité des requêtes citoyennes dans les provinces du sud de l’Argentine ont été nourries par de nouvelles plaintes de jeunes arrêtés sans aucun motif. Dans ce contexte, les jeunes étudiants ingénieurs ont aussi dénoncé sur les réseaux sociaux de nouveaux abus de la police à leur encontre.

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