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Costa Rica : l'anglais en héritage, histoires de langues, histoires de migrations

 

San José, capital de Costa Rica en 1885. Fue en esta época que las migraciones para la construcción del ferrocarril y el desarrollo de la industria bananera tuvieron lugar. Con ellas, numerosas familias hicieron de Costa Rica, sin saberlo, el principio de la historia de numerosas generaciones con una compleja y profunda herencia identitaria.

San José, capitale du Costa Rica en 1885. C'est à cette époque que les migrations pour la construction du chemin de fer de l'Atlantique et le développement du secteur bananier ont eu lieu. Avec elles, de nombreuses familles ont fait du Costa Rica le lieu où se déroule l'histoire de nombreuses générations, empreintes d'un héritage identitaire complexe et profond.

Ce texte, qui sera publié en deux parties, a été publié précédemment sur le site Afroféminas, disponible ici

Histoires de langues, histoires de migrations

Ma maman raconte que quand j'étais petite, ils n'avaient pas le droit de parler espagnol. “Arrêtez avec cette langue de singes !”, on leur disait. Par “langue de singes”, ils entendaient “l'espagnol”.

A la fin du XIXe siècle, la population noire dont je descends débarquait ici comme main-d’œuvre migrante depuis les Caraïbes anglaises, à la recherche de conditions de vie plus favorables. Ils allaient faire partie du contingent promis à la construction du chemin de fer costaricien de l'Atlantique et travailler dans les plantations bananières. Cette migration, qui a débutée à la fin du XIXe siècle, s'est poursuivie sur plusieurs décennies et a d'abord concerné une majorité de jeunes hommes. Des familles entières y ont ensuite pris part dans l'espoir de récolter l'argent nécessaire à leur retour au pays.

Dans le cadre de cette migration, des enseignants sont arrivés et ont fondé des écoles locales pour apprendre un anglais “correct” aux enfants. Depuis lors et pendant des années, ces migrants d'origine africaine s'autoproclamaient fièrement “ressortissants de la Couronne” (du Royaume-Uni). Leur intention n'a jamais été de s'installer, mais bien d'amasser assez d'argent pour rentrer chez eux. Mais ils ne sont jamais rentrés.

Mes parents ont toujours parlé un anglais très correct, quoique teinté d'une musicalité et d'un accent caractéristiques des Caraïbes. La grammaire était juste, le vocabulaire fourni. Ils pouvaient passer d'un anglais soutenu à un anglais créole, qui comptait déjà des termes espagnols. C'est dans cette langue, ou dans ces deux-là, que mes parents ont appris contes et chansons.

Ils ont appris grâce à des images en forme d'animaux, grâce à des êtres surnaturels professant des leçons de vie, recréant et imaginant l'histoire. Ils nous faisaient découvrir des territoires ancestraux et vantaient la communication avec les grands-parents, les oncles et les voisins. Ils établissaient la communication avec des peuples qui, avec rites et religions, recréaient des expériences d'antan. C'est dans cette langue que ma mère me chantait mes premières chansons et que mon père m'enseignait mes premières prières. Pour eux, l'anglais n'était pas qu'une façon de recevoir et de transmettre la culture et les savoirs ancestraux. C'était aussi un statut, signe d'appartenance à la “royauté” dans un pays de “paysans et de gens sans éducation”. Ils étaient les ressortissants de la Couronne britannique.

La lutte pour la langue, la lutte pour l'identité

Tout cela est arrivé dans un pays dont la langue officielle est l'espagnol. C'est pour cela que, sur des générations et jusqu'à ce jour, la population noire a dû lutter pour conserver sa langue et avec elle, son histoire, son savoir et son identité. Elle a été rejetée par la majorité métisse et les gouvernements qui refusaient d'accorder la nationalité costaricienne même à ceux nés sur le territoire.

L'espagnol a pourtant vite trouvé sa place dans leur culture. Il leur était difficile de rester ainsi isolés et exclus du système scolaire costaricien. L'objectif, pour ce peuple, était aussi d'avancer et d'avoir une éducatif reconnue par le système. Aujourd'hui, mes parents et ceux de mes amis parlent espagnol avec un accent anglais caractéristique. Ma génération, même si elle garde l'anglais comme langue maternelle, est quant à elle complètement dépourvue de cet accent si caractéristique.

Les générations d'origine africaine à venir n'auront, elles, pas l'anglais comme langue maternelle. Aujourd'hui, les écoles et les institutions dispensent des cours d'anglais. L'objectif est bel et bien de démocratiser la langue ; non plus de conserver l'héritage du peuple africain, comme il y a une trentaine d'années.

Je ne me souviens plus exactement quand, mais à un moment donné, mes parents ont arrêté de nous parler en anglais. J'ignore s'il s'agissait là d'une décision consciente et consensuelle entre eux, mais mes frères, mes sœurs et moi avons tout bonnement grandi sans pouvoir parler anglais. Suite à ça, nous avons subi les moqueries de nos amis d'origine africaine, et l'exclusion d'une ethnie précisément reconnue pour son habilité à parler cette langue…

La majorité de nos amis parlaient anglais, même si notre génération faisait exception à la règle. Nous avons grandi en écoutant nos parents parler en anglais. La communication avec les oncles, les tantes, les amis proches et autres membres de la famille s'était toujours faite en anglais. Mais avec nous, pas un mot d'anglais. Cela était sûrement dû à notre déménagement dans la capitale, où nous faisions clairement partie d'une minorité. Ou peut-être que de cette façon, nos parents avaient voulu nous protéger, nous donner une raison d'être un peu moins différents…

C'est à ce moment-là que commence la suite de mon histoire.

A suivre dans le prochain post.

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