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Cinq ans après, il est temps de se rappeler de ceux qui ont tout donné pour la révolution égyptienne

Tomorrow is the fifth anniversary of the start of the Egyptian revolution. Photograph from a protest in Tahrir in 2012. By Mosa'ab El Shamy, flickr, used with permission.

Demain [article initialement publié le 24 janvier 2016] sera le cinquième anniversaire du début de la révolution égyptienne. Photo d'une manifestation à Tahrir prise en 2012 par Mosa'ab El Shamy, sur flickr, utilisée avec sa permission.

[Tous les liens de cet article sont en anglais.]

Passez dans n'importe quelle rue dans le centre du Caire : il y a de fortes chances que vous voyiez sur les murs des graffitis, attestant de l'indignation et des manifestations qui ont traversé ces rues. La montée constante de la pauvreté en Égypte, la corruption des politiques, et l'inégalité des chances ont été les principaux ingrédients de la révolution égyptienne de 2011, plus connue sous le nom de la révolution du 25 janvier. Localisée au centre du Caire, la Place Tahrir est devenue le symbole de cette série d'événements qui a façonné l'histoire de l’Égypte moderne. La place, avec ses tentes, ses bannières anti-Moubarak et ses drapeaux qui flottaient, incarnait l'esprit de cette révolution. La foule qui y était rassemblée réunissait aussi bien le séculaire libéral que le fauteur de troubles islamiste. Tout le monde était rassemblé sous le slogan: “Pain, liberté, justice sociale”.

Un aperçu du 25 janvier

Tout commença par de petits réseaux militants, qui créèrent les conditions d'une action massive contre le régime dictatorial d'Hosni Moubarak. Quand des appels furent lancés sur les médias sociaux, des milliers d’Égyptiens des quatre coins du pays y répondirent, défiant l'interdiction gouvernementale de manifester contre le président. C'était le début de la fin du régime tyrannique qui avait régné pendant 30 ans. 18 jours de sit-in réussirent à renverser les dirigeants du pays, le 11 février 2011.

Jamais, dans toute l'histoire égyptienne, n'avait régné un tel sentiment de liberté que celui qui a suivi le 11 février 2011. Toutefois, alors que la situation dégénérait, la révolte a commencé à prendre une autre trajectoire. Les factions politiques sont devenues de plus en plus désorientées, au fur et à mesure que la place Tahrir commençait à être envahie de demandes aux partisanes. Le temps avançait, et on observait des luttes de plus en plus acharnées pour accéder à l'hégémonie et au pouvoir. Une série de violences en résulta. En trois ans, le parti très organisé des islamistes, qui avait réussi à gagner les élections présidentielles et une majorité de sièges au parlement, fut dissout par le ministre de la Défense d'alors, Abdel Fattah Al-Sissi: en juillet 2013, l'islam politique n'existait plus dans l'échiquier politique égyptien.

Suite au renversement de Mohamed Morsi, président des Frères Musulmans, Le Caire s'est transformé en un champ de bataille entre le gouvernement, appuyé par Abdel Fattah al-Sissi, et les mouvements d'opposition. Abdel Fattah Al-Sissi avait promis d'apporter la sécurité, la stabilité et le confort, contre ce qu'il appelait le terrorisme. Mais ses détracteurs considèrent que son intention en s'en prenant aux Frères Musulmans était surtout d'éliminer toute forme de résistance.

Aujourd'hui, alors qu'arrive le 25 janvier, l'état resserre progressivement son étau autour des réseaux sociaux, craignant qu'ils ne continuent agiter l'opposition, comme ils l'ont fait depuis 2011. Les autorités égyptiennes auraient aussi récemment arrêté trois militants lors d'un raid dans leurs appartements du centre-ville du Caire, tous accusés d'avoir critiqué l'armée et le président du pays. Parmi eux figure Taher Mokhtar, un physicien connu pour ses positions anti-régime.

Dans leurs annonces, les officiels du ministère de l'intérieur affirment qu'ils sont en train de renforcer les mesures de sécurité en Égypte pour prévenir toute attaque potentielle. De nombreux militants très connus et anti-Sissi sont actuellement détenus sans que les accusations contre eux ne soient très claires, des événements culturels sont annulés, et la police mène régulièrement des inspections. La situation s'est empirée avec le nombre considérable de sentences de peine de mort qui ont été prononcées récemment. En réponse, une violente campagne de protestation visant le juge Nagi Shehata a fait trembler les réseaux sociaux, critiquant ses verdicts politisés et les condamnations à la peine de mort qu'il prononce à l'encontre d'opposants au régime sans avoir assez de preuves.

Sur son compte Facebook, le journaliste et militant des droits de l'homme Hossam Bahgat critique durement le juge Nagi Shehata:

C'est certain, Nagi Shehata n'est pas une exception. Les insultes qu'il a proférées à l'adresse des accusés et des avocats dans son tribunal, ainsi que ce qu'il a dit aux médias sur la “perte” du 25 janvier, sont des opinions très répandues chez ses confrères juges. Cependant, il a décidé de faire entendre brutalement et publiquement ses opinions, car il est sûr qu'il n'aura pas à en répondre devant la justice. En ce sens, il a perdu sa position “externe” qui lui donnait le droit de décider du destin des gens et même de leur vie ou de leur mort. Avec toutes ces fautes professionnelles, il aurait dû être exclu, au moins pour préserver l'illusion déchue d'un prestige et d'une hégémonie de la justice. Pour résumer : #StopNagiShehata, pour qu'il puisse inaugurer un nouveau bureau avec Mortada Mansour ou présenter un show télévisé. Car c'est ce qu'il mérite.

Parallèlement, des politiques égyptiens, des journalistes et des militants ont lancé un nouveau hashtag Twitter : “J'ai participé à la révolution de Janvier”. Le but était de contrer les actions violentes du gouvernement. Plus tard, une page Facebook du même nom a été lancée et a dépassé les 5 000 vues en 3 jours.

De son côté, l'animateur de télévision et militant populaire Bassem Youssef a changé hashtag #RememberThem [Rapellons-nous d'eux] en #IParticipatedIn25thOfJanuaryRevolution [J'ai participé à la révolution de janvier], pour parler des militants politiques emprisonnés. Il explique dans une série de tweets :

J'aimerais que le hashtag “J'ai participé à la révolution de janvier” ait un autre sens. Car aujourd'hui, il nous rappelle surtout ceux qui ont été injustement arrêtés à cause d'une révolution dont on est fiers – malgré ce qu'il arrive en ce moment.

Puis il tweete:

J'ai décidé que, dans les années à venir, j'utiliserai mon compte Twitter pour publier des histoires de prisonniers, que ce soit ceux qui sont arrêtés sans raisons et sans dossier, ou ceux qui ne sont pas là parce qu'on les a forcé à disparaitre, ou encore ceux qui sont font face à des accusations fantaisistes. Notre devoir, c'est de nous rappeler d'eux.

Et quand nous racontons de ces histoires, nous devrions remplacer le hashtag #RememberThem par #IParticipatedIn25thOfJanuaryRevolution, afin de mettre toute la lumière sur eux. Ce ne sont pas seulement des noms, mais des histoires.

Le journaliste Amro Ali utilise les deux hashtags pour honorer les martyrs de la révolution de janvier:

Ils ont participé à la révolution du 25 janvier. Mais l’Égypte doit se rappeler d'eux.

Puis il décrit les actions de la police comme relevant de la “démence”:

Démence: La police égyptienne a fouillé 5000 appartements, en vérifiant des comptes Facebook au hasard, juste avant l'anniversaire de la révolution.

Connus pour leur opposition au régime actuel, le mouvement de 6 avril a posté une chanson endeuillée:

Salutations aux âmes des martyrs. Ils se sont révoltés pour le pain, la liberté, la justice et la dignité. Donc, le régime les a tués.

Ahmad El Esseily, animateur dans une radio égyptienne et écrivain, tweete:

J'ai participé à la révolution de janvier non pour quelqu'un d'autre, non pour les pauvres, même pas pour l’Égypte, mais pour moi, parce que je voulais participer à la chose la plus honorable qui n'ait jamais eu lieu en Égypte.

La militante Ghada Shahbender ajoute:

J'ai aussi participé à la révolution de janvier, et j'en suis fière, parce qu'elle a renversé un dictateur corrompu qui pillait le pays et laissait le peuple dans l'ignorance. J'ai participé à la révolution de janvier et je n'en connais pas d'autres.

Le journaliste Ahmad Gamal s'exclame:

J'ai participé à la révolution de janvier, et ô combien cette “accusation” me parait merveilleuse !

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