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La société civile arménienne restera-t-elle “électrique” ?

Protests at the 2008 presidential elections in Armenia. Wikipedia image taken by Serouj.

Manifestation lors de l'élection présidentielle de 2008 en Arménie. Photo sur Wikipedia de Serouj.

Dans les décennies passées, l'esprit civique et les capacités d'action collective ont connu des hauts et des bas en Arménie, petit pays enclavé du Sud-Caucase.

Tout a changé avec #electricyerevan (Erevan électrique), un mouvement contestataire qui a fleuri l'an dernier quand la Commission arménienne de Régulation des Services Publics (acronyme en anglais PSRC) a annoncé en juin 2015 son intention d'augmenter de 16,7 % le prix déjà élevé de l'électricité.

Le 19 juin les gens se sont rassemblés sur la place de la Liberté sous la bannière “Non au Pillage”, allusion à la corruption alléguée entre le conglomérat public russe de l'énergie Inter RAO qui produit l'électricité de l'Arménie et les plus hauts niveaux du gouvernement du pays.

L'Arménie se classe à la 95ème place sur 175 pays dans l’Index de perception de la corruption de Transparency International. Malgré quelques progrès, la corruption reste donc endémique dans la plupart des secteurs des vies publique et politique.

Le 22 juin, les manifestations s'étaient transformées en occupation sur l'avenue Baghramyan, à un jet de pierre de la résidence présidentielle dans la capitale Erevan. Le lendemain la police fit donner les canons à eau, ce qui amena des milliers de nouveaux manifestants à protester contre l’usage excessif de la force par le pouvoir.

Selon certaines estimations, il y a eu à l'acmé de la protestation jusqu'à 15.000 personnes au centre d'Erevan, qui compte 1 million d'habitants.

Les manifestants exigeaient que le Président arménien Serge Sargsyan annule la hausse des tarifs.

Finalement, si la compagnie d'électricité touche tout de même davantage en redevances de l'Etat, ces hausses n'ont pas été répercutées sur les consommateurs, et un audit public des comptes de l'entreprise a été annoncé.

Les auditions publiques concernant Electric Yerevan se sont poursuivies dans les mois suivant l'abandon des hausses de prix, des représentants du mouvement de contestation ayant appelé à la nationalisation suivie de la privatisation de la compagnie d'électricité.

Gràce à #ElectricYerevan nous découvrons d'autres meilleurs possibles. C'était un premier grand pas.

Avant le début du mouvement l'Arménie avait déjà vécu quelques moments de réveil civique, suivis de retours à la somnolence.

A beaucoup, la société civile arménienne apparaissait comme une extension du secteur des ONG.

Le moteur d'une véritable action a été la méfiance grandissante du pays envers les autorités.

Selon le Centre de ressources pour la recherche sur le Sud-Caucase, les Arméniens font encore moins confiance à leur gouvernement que leurs voisins de Géorgie et Azerbaidjan.

“On peut dire que tout le monde s'est intéressé à [Electric Yerevan], tant le monde politique que les sociétés civiles”, a déclaré à Global Voices Vaghinak Shushanyan, un des militants du mouvement. “C'est un mouvement social, mais ses revendications ont été portées devant la classe politique”.

Electric Yerevan, point de bascule ou aube nouvelle illusoire encore une fois ? La question reste ouverte.

Un référendum a été tenu en Arménie en décembre, lors duquel 63,35 % des votants ont répondu ‘oui’ à l'adoption d'un régime parlementaire souhaité par le Parti Républicain d'Arménie de Serge Sargsyan, nonobstant quelques fraudes mineures.

L'opposition au référendum a cependant été réelle et la campagne pour le ‘non’ s'est révélée un essai créatif de saper la tapageuse communication officielle, sans pour autant réussir à mobiliser aussi fortement que la protestation contre les hausses du prix de l'électricité.

Après une tumultueuse année 2015, 2016 pourrait s'avérer déterminante pour la capacité d'une opinion arménienne plus sûre d'elle-même à agir mettre en branle une élite politique et gouvernementale habituée à n'en faire qu'à sa tête.

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