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La visite du Pape François au Mexique divise l'opinion

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Image du Pape François lors de sa récente visite à New York. Empruntée au compte Flickr de Marcela sous licence Creative Commons.

La prochaine visite du pape François, prévue pour la deuxième semaine de février 2016, provoque des sentiments et des réactions mitigés parmi les Mexicains. Alors que beaucoup l'attendent avec impatience, d'autres ne sont pas d'accord avec son programme et avec les grands préparatifs en vue de son arrivée.

Il y a un an à peine, en février 2015, une tension est née entre le gouvernement mexicain et le Saint-Siège après des déclarations polémiques faites par le souverain pontife. Dans une conversation rendue publique, il exhortait son Argentine natale à éviter la “mexicanisation”, faisant clairement référence au conflit armé engendré par la guerre contre la délinquance organisée au Mexique.

Certains médias argentins ont diffusé l'explication donnée par le Vatican au sujet de cet incident :

“La expresión ‘evitar la mexicanización’ fue usada por el Papa en un correo electrónico estrictamente privado e informal, en respuesta a un amigo argentino [el legislador porteño Gustavo Vera] que está muy involucrado en la lucha contra las drogas y quien había usado esta frase”, sostuvo el Vaticano.

El correo electrónico, publicado por la ONG La Alameda, mostró al Papa haciendo una aparente referencia al peligro de que el narcotráfico al estilo mexicano se instale en el país.

“L'expression ‘éviter la mexicanisation’ a été utilisée par le Pape dans un courrier électronique strictement privé et informel, en réponse à un ami argentin [le député de Buenos Aires Gustavo Vera] qui est très impliqué dans la lutte contre la drogue et qui avait utilisé cette expression”, a affirmé le Vatican.

Dans ce courrier électronique, publié par l'ONG La Alameda, le Pape faisait apparemment référence au danger que représenterait le trafic de drogue “à la mexicaine” dans le pays.

Toutefois, les brouilles diplomatiques semblent être du passé puisque le gouvernement mexicain consacre d'importants moyens à l’optimisation des espaces en vue de l'arrivée du pontife tant à Ecatepec −  en périphérie de Mexico − qu'à Ciudad Juárez, à la frontière avec les États-Unis.

Protesta por la visita de Jorge Mario Bergoglio a México. Foto de TRC.

Manifestation à l'occasion de la visite de Jorge Mario Bergoglio à Mexico. Photo de TRC.

Selon les chiffres officiels, 89% de la population au Mexique est catholique. Ce chiffre a cependant été contesté par certains experts comme l'anthropologue Elio Masferrer Kan qui a dénoncé des “manipulations politiques” pour faire croire que le pays compte plus de catholiques que ce n'est vraiment le cas.

D'autres personnes ont exprimé leur mécontentement au sujet de la visite du chef de l'Eglise : ce sont les familles des étudiants d'Ayotzinapa, enlevés en septembre 2014, ainsi que de nombreux sympathisants à leur cause. En décembre 2015, les familles des disparus ont présenté des pétitions aux autorités catholiques du pays pour que le pape François leur consacre une partie de son temps durant sa visite en terre mexicaine, mais il semblerait qu'il ne s'entretiendra pas avec eux, du moins pas officiellement.

Les familles des étudiants ont essayé d'attirer l'attention du souverain pontife lors de son voyage dans le pays voisin du nord, aux Etats-Unis, en vain, selon le site SDP noticias :

Al cumplirse un mes más sin saber del paradero de sus hijos, los padres demandaron respaldo de la iglesia católica, al mismo tiempo se dijeron decepcionados por la indiferencia del Papa Francisco ante el dolor de los padres.

“Yo fui a Estados Unidos a ver al Papa Francisco y no nos quiso recibir, le gritamos, estuvimos alzándole la voz y no nos hizo caso, ahí el Papa me decepcionó porque él sabe que estamos viviendo un problema terrible y él ni siquiera se para a decir aquí están las madres, vamos a exigir justicia, yo esperaba otra cosa y no nos respondió” señaló la madre de uno de los jóvenes ante el sacerdote jesuita.

Après un mois de plus passé sans savoir où se trouvent leurs enfants, les parents ont demandé le soutien de l'église catholique et en même temps, ils se disent déçus par l'indifférence du Pape François face à leur douleur.

“Je suis allée aux États-Unis pour voir le Pape François et il n'a pas voulu nous recevoir, nous avons essayé de l'interpeller, de nous faire remarquer et il nous a ignorés. Là, le Pape m'a déçue parce qu'il sait que nous vivons une situation terrible et il ne s'arrête même pas pour saluer les mères et nous aider à ce que justice soit faite, j'attendais autre chose et il ne nous a pas répondu” a souligné la mère de l'un des jeunes disparus devant le prêtre jésuite.

Un autre mécontent de la future visite a été l'entraîneur sportif Ricardo Antonio La Volpe, qui s'est plaint que la date et l'heure du dernier match de son équipe de football n'aient pas été modifiées à l'occasion de l'arrivée imminente du pape. Au lieu d'être reporté ou avancé, l'événement sportif a été déplacé dans un autre stade.

Depuis le Chiapas –dans le sud-est mexicain− où devait se jouer le match en question, Víctor López, auteur du texte “¡Bienvenido a México entre miseria y riqueza!” [Bienvenue au Mexique entre la misère et la richesse!], souligne :

Nuevamente Chiapas volverá a ser sitio de visita de “un representante de Dios en la tierra” […] A pocos días de la llegada de su Santidad Francisco a las ciudades de Tuxtla Gutiérrez y San Cristóbal de las Casas, y a 26 años de la visita de Juan Pablo II, no hay nada de qué presumir en esta parte de México, donde el dolor humano es una forma de vida para la inmensa mayoría en el día a día, tolerada e incluso promovida por la ruindad de las autoridades en turno a nivel federal, estatal y municipal.

De nouveau, “un représentant de Dieu sur terre” viendra au Chiapas […] Quelques jours avant l'arrivée de Sa Sainteté François dans les villes de Tuxtla Gutiérrez et San Cristóbal de las Casas, et 26 ans après la visite de Jean Paul II, il n'y a pas de quoi être fier dans cette partie du Mexique, où la souffrance humaine est une manière de vivre au quotidien pour l'immense majorité, elle est tolérée et même encouragée par le mépris des autorités tant au niveau fédéral, qu'à celui de l'état ou de la municipalité.

Une autre raison de mécontentement diffusée sur les réseaux sociaux comme Twitter, porte sur l'abattage des chiens errants, afin d'améliorer l'apparence des rues pendant la visite du souverain pontife, particulièrement dans la région d'Ecatepec :

Grâce à la visite du pape François, on assassine les chiens errants à Ecatepec

Dans le même ordre d'idée, l'utilisateur Darko Abbadie s'est exprimé :

Eh oui, on élimine les chiens errants à ECATEPEC, à cause de la visite prochaine du pape François.

Avec le hashtag #NoVengas [Ne Viens Pas], d'autres habitants d'Ecatepec se sont exprimés au sujet des conséquences des événements publics auxquels François participera :

Merci Pape François, tu vas paralyser Ecatepec avec ta visite, les commerces vont fermer 2 jours et les taxis ne travailleront pas pendant 3 jours

De son côté, le journaliste et écrivain Andrés Oppenheimer a suggéré que le pape doit aborder le thème des migrants entre le Mexique et les États Unis, ainsi que les attaques constantes de la part de l'aspirant à la candidature présidentielle pour les Républicains américains, Donald Trump :

Ces 5 dernières années, 1 million de Mexicains ont quitté les USA pour rentrer au Mexique, alors que 870 000 sont partis aux USA

Ces témoignages nous permettent d'avoir une vision plus précise des sentiments des Mexicains sur un thème que les médias grand public présentent comme un bonheur unanime pour la population.

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