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Veracruz, le lieu de tous les dangers pour les journalistes mexicains : 18 victimes depuis 2000

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La journaliste Anabel Flores. Photo diffusée sur les réseaux sociaux.

Mauvaise nouvelle pour la liberté d'expression et le journalisme à Veracruz dans l'est du Mexique après la disparition de la journaliste Anabel Flores Salazar qui, selon diverses sources a été enlevée par un groupe armé le 8 février 2016. Le lendemain, la Commission Étatique pour l'Attention et la  Protection des Journalistes (CEAPP) a confirmé le meurtre de la journaliste après que son corps ait été retrouvé dans l'état voisin de Puebla.

Selon le blog Periodismo en las Américas [Journalisme en Amérique], “sur les 7 meurtres de journalistes commis en 2015 dans le pays, trois ont eu lieu dans cet état. En juillet 2015, l'organisation Article 19 a souligné que depuis 2000, 18 journalistes ont été assassinés dans l'état de Veracruz, parmi lesquels 12 l'ont été durant le mandat de l'actuel gouverneur Javier Duarte“.

Le site Aristegui Noticias a été l'un des premiers à relater les faits :

El cuerpo de Anabel Flores Salazar, periodista desaparecida en Veracruz la madrugada del lunes 8, fue encontrado en la carretera Cuacnopalan-Oaxaca, estado de Puebla, a unos 15 kilómetros del estado donde ejercía su profesión.

Un empleado de la Fiscalía General del estado de Puebla (FGE) confirmó a la revista Proceso la identidad del cadáver: “Ya es un hecho. Lamentablemente se trata de la reportera desaparecida la madrugada del lunes, ya se trasladó una comitiva a Puebla”.

Le corps d'Anabel Flores Salazar, journaliste disparue à Veracruz le matin du lundi 8, a été retrouvé sur la route Cuacnopalan-Oaxaca, dans l'état de Puebla, à environ 15 kilomètres de l'état où elle exerçait son métier.

Un employé du parquet général de l'état de Puebla a confirmé au magazine Proceso l'identité du corps : “C'est une certitude. Il s'agit malheureusement de la journaliste disparue lundi matin, un convoi est déjà arrivé à Puebla”.

Selon le site Sopitas, l'enquête a été qualifiée de la façon suivante, à Veracruz :

La Fiscalía de Veracruz clasificó el levantón como “desaparición”. Al mismo tiempo el fiscal del estado, Luis Ángel Bravo Contreras, dio la orden de activar inmediatamente los protocolos especializados del Mecanismo Federal de Protección a Personas Defensoras de los Derechos Humanos y Periodistas.

Le Parquet de Veracruz a qualifié l'enlèvement de “disparition”. Au même moment, le procureur de l'état, Luis Ángel Bravo Contreras, a ordonné l'activation immédiate des protocoles spécialisés du Mécanisme Fédéral de Protection des Défenseurs des Droits de l'Homme et des Journalistes.

Au Mexique, le terme “enlèvement” [levantón en espagnol] est utilisé lorsqu'une personne est privée illégalement de sa liberté par des délinquants ou des membres des groupes armés qui participent au conflit interne dont souffre le pays.

Le journal La Jornada a recueilli des témoignages selon lesquels les personnes qui ont enlevé Anabel Flores, spécialisée dans les enquêtes criminelles, “avaient l'air de soldats” et se déplaçaient apparemment en camions militaires.

Sur Twitter, l'utilisateur Benito Taibo a fait le commentaire suivant :

Anabel Flores. Journaliste de Veracruz assassinée. N'oublions pas son nom.

Claudia Pérez Sosa a exprimé son opinion sur le meurtre de la journaliste :

l'assassinat odieux et cruel d'Anabel Flores est confirmé… #ÇaSuffit #FiniLaViolence

Veracruz est devenu un lieu extrêmement dangereux pour l'exercice du journalisme ces dernières années. Il suffit de citer comme exemple le cas de Gregorio Jiménez de la Cruz qui, il y a deux ans, a été poignardé avant d'être enterré dans une des fosses communes clandestines dont regorge le pays. Le risque pour les journalistes n'est – malheureusement – pas limité à Veracruz puisqu'en 2015, le Mexique a été considéré par Reporters Sans Frontières comme le pays le plus meurtrier pour les journalistes dans l'hémisphère ouest.

Dans le Classement Mondial de la Liberté de la Presse 2015, la même organisation s'est exprimée ainsi au sujet du triste panorama mexicain :

Asesinatos, secuestros, agresiones y amenazas se multiplicaron en un clima de impunidad casi total, lo que generó miedo y autocensura. La colusión de ciertas autoridades políticas y administrativas con el crimen organizado obstaculiza el buen gobierno y la justicia a todos los niveles en el país. El Mecanismo para la protección de periodistas y defensores de los derechos humanos no posee la eficacia ni la rapidez que se requieren para responder a las necesidades de los periodistas que se encuentran en peligro.

Meurtres, enlèvements, agressions et menaces se sont multipliés dans un climat d'impunité quasi totale, générant peur et autocensure. La collusion entre certaines autorités politiques et administratives et le crime organisé entrave la bonne gouvernance et la justice à tous les niveaux du pays. Le Mécanisme de protection des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme ne possède ni l’efficacité, ni la rapidité requises pour répondre aux besoins des journalistes en danger.

L’année dernière, Rubén Espinosa, reporter photographe ayant fui de Veracruz après avoir dénoncé être victime de menaces de la part du Gouverneur Javier Duarte, a lui aussi été torturé et exécuté à Mexico, lors d'un crime violent non éclairci à ce jour.

Javier Duarte, issu des rangs du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) officiel, a une histoire conflictuelle avec la presse locale à cause de ces faits et d'autres. Il a de plus démontré son intention d'entraver la liberté d'expression sur internet à travers la loi appelée “Ley Duarte” [Loi Duarte], qui cherchait à criminaliser la diffusion de rumeurs sur les réseaux sociaux. Cette loi a ensuite été  déclarée inconstitutionnelle par le Pouvoir Judiciaire.

La célèbre écrivaine Guadalupe Loaeza a interpellé le mandataire régional :

Vous dormez bien la nuit, Monsieur le Gouverneur de Veracruz?

M. Duarte, pour sa part, ne s'est pas exprimé après ce nouvel épisode de violence contre les journalistes.

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