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Le médiateur de Serbie demande le renvoi d'un cadre policier pour obstruction au travail des journalistes

Des agents de la police communale faisant obstruction au travail des journalistes à Belgrade en septembre 2015. Photo : Istinomer.rs. Utilisée avec la permission d'Istinomer.

Des agents de la police communale faisant obstruction au travail des journalistes à Belgrade en septembre 2015. Photo : Istinomer.rs. Utilisée avec la permission d'Istinomer.

Le médiateur de la république de Serbie, Saša Janković, appelle au renvoi du chef de police communale Nikola Ristić après avoir découvert en fin d'année dernière que son service avait violé la loi dans plusieurs incidents impliquant des journalistes.

La police communale ne fait pas partie des forces de police régulières ; c'est un corps qui a été créé par l'administration locale afin de résoudre les problèmes liés à la gestion de la ville et à l'ordre municipal. L'enquête de M. Janković a montré que les agents de police communale avaient menacé des journalistes travaillant pour le site internet de vérification des faits Istinomer (Vérité-Mètre) et avaient employé la force contre son caméraman le 25 septembre 2015. (Déclaration : l'auteur de ce texte est employé par Istinomer.)

La police communale est aussi accusée d'avoir détruit des photographies et des vidéos enregistrées par une équipe du Réseau pour la lutte contre le crime et la corruption (KRIK), et d'avoir confisqué leur équipement le 21 octobre 2015.

Ainsi que l'avait rapporté Global Voices Advocacy à l'époque, la police communale a empêché des journalistes d'Istinomer de filmer une interview sur les rives de la Save le 25 septembre, quelques jours avant le lancement officiel du projet controversé de gentrification des rives de Belgrade. Les agents de police ont accusé les journalistes d'essayer de filmer sur un site en construction, bien que les enregistrements de l'incident n'aient pas révélé l'existence de travaux de construction sur cette zone.

Saša Janković. Photo de Medija Centar Beograd. Domaine public.

Selon Janković, le chef de police communale Ristić aurait dû lancer une enquête sur les actes de ses employés dans le cas Istinomer, ce qu'il n'a pas fait. Selon le médiateur, la police communale a commis 30 violations procédurales en seulement 14 minutes.

Environ un mois plus tard, la police communale de Belgrade a confisqué les caméras des journalistes du KRIK et a supprimé une partie des enregistrements. Selon le médiateur Janković, le chef Ristić a personnellement empêché un journaliste du KRIK de filmer l'incident et a ensuite fourni de fausses informations à ce sujet.

Le KRIK a enregistré cet incident avec un téléphone portable et montré le chef de la police communale et son adjoint en train de bloquer physiquement les journalistes qui s'apprêtaient à interroger le Maire de Belgrade Siniša Mali sur l’achat de 24 appartements dans une station balnéaire bulgare par deux compagnies off-shore qu'il dirige. Lors de l'incident, les deux agents de police étaient sans uniforme, alors qu'ils doivent le porter lorsqu'ils sont en service.

Dans l'autre vidéo publiée par Istinomer, la journaliste de KRIK Dragana Pećo a expliqué qu'elle avait réussi à récupérer l'enregistrement effacé par l'officier de police communale qui avait confisqué temporairement son téléphone. L'enregistrement montre le Chef Ristić niant toute malveillance, et montre aussi comment il a pris le téléphone des mains du journaliste.

Bien que plus d'une douzaine de membres de la police communale aient étés impliqués dans les deux affaires, seul un agent a été soumis à des mesures disciplinaires.

“Il ne suffit pas que l'agent de police communale qui a fait quelque chose [de répréhensible] endosse la responsabilité, parce qu'il a agi en présence de ses supérieurs… Il y a eu un usage illégal de la force, il y a eu des menaces… Beaucoup de mauvaises choses ont été commises”, a affirmé le médiateur Janković.

Ristić n'a pas encore commenté les propos de Janković et le Maire de Belgrade a dit qu'il avait besoin de plus de temps pour examiner le problème.

L'Association indépendante des journalistes de Serbie (NUNS) a publié une déclaration en soutien à la requête de Janković, tandis que le Comité des avocats pour les droits de l'homme (YUCOM) a condamné le comportement de la police communale dans un tweet, accusant les agents de police d'avoir fait un usage excessif de la force et d'avoir abusé de leur autorité.

Janković a souligné que la gestion policière musclée de Belgrade menaçait la liberté d'expression et la liberté des médias dans une ville où le pouvoir est déjà dangereusement peu contrôlé. Cette unité, qui a été fondée il y a à peu près cinq ans, est entachée par la controverse en raison d'un emploi répété de la force contre des citoyens ordinaires, principalement ceux qui sont accusés de ne pas payer leurs tickets de transport en commun. Dans la vidéo postée plus haut, le rédacteur en chef du KRIK Stevan Dojcinovic explique que durant l'incident d'octobre les agents de police communale avaient servi de “sorte de garde du corps privé du Maire”, sans uniforme et sans s'identifier.

Un nouveau projet de loi soulève aussi des inquiétudes. La législation donnerait encore plus de pouvoir à la police communale et n'imposerait que peu de restrictions aux agents de police. Par exemple, la police aurait le droit d'amener des personnes en détention directement au juge au lieu de traiter le dossier dans un bureau de police. Cette initiative pourrait aussi augmenter les effectifs de police en autorisant plus d'agents à patrouiller en civil dans les villes.

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