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Regards croisés sur les conditions de vie dans les prisons en France et à Madagascar

capture d'écran d'un reportage vidéo sur les prisons à Madagascar

capture d'écran d'un reportage vidéo sur les prisons à Madagascar et le risque de peste

Les conditions dans les prisons dans le monde varient beaucoup de par le monde. Nous nous concentrerons sur 2 pays et ferons un comparatif de l'existant entre Madagascar et la France. De nombreux blogs et médias sociaux informent sur les conditions de détention dans ces 2 pays. Ils décryptent les politiques pénales et pénitentiaires, ainsi que leurs effets sur le terrain. Ces sites  donnent la parole aux témoins quotidiens de la prison : les détenus et leurs proches venant au parloir, les professionnels et intervenants en détention.

Les conditions carcérales sont bien évidemment considérablement différentes entre les deux pays mais on retrouve plusieurs thématiques communes. A Madagascar, plusieurs sites dépictent la vie dans les prisons malgaches. Virginie de Galzain est une photojournaliste indépendante qui a eu la possibilité de se rendre dans plusieurs prisons malgaches en 2012 (mission Médecins du Monde). Elle écrit à ce propos:

Des espaces surpeuplés datant le plus souvent de la colonisation, des odeurs d’urine qui vous prennent à la gorge et vous imprègnent à peine la porte des “dortoirs” franchie, la menace récurrente de la peste en raison d’une forte présence de rats(voir vidéo ci-dessous) et de puces, un nombre important de décès faute d’alimentation suffisante et de soins, des droits humains non respectés… Telle est la situation insupportable des prisons de Madagascar

Virginie ajoute:

Les prisons sont surpeuplées. Les détenus dorment à même des sortes de longues banquettes superposées et composées de planches en bois plus ou moins disjointes dont la longueur, bien inférieure à celle d’un homme, ne permet pas de s’allonger. C’est en plus souvent là qu’ils mettent leurs rares effets personnels. Entassés les uns contre les autres, ils doivent parfois faire des tours de sommeil faute de place pour tous. Une des “chambres” de cette prison fait 35 mètres de long et quelques mètres de large. 229 détenus y sont enfermés de 5 heures du soir à 6/7 heures du matin.

Capture d'écran de la vidéo de Médecins du Monde sur les prisons à Madagascar via Youtube

Capture d'écran de la vidéo de Médecins du Monde sur les prisons à Madagascar via Youtube

Le passif négligeant de Madagascar sur le maintien des prisons et la cohérence de son système judiciaire ne date pas d'hier. Un des bagnes le plus tristement célèbre de l’ile se trouve à Nosy Lava. Ce bagne était destiné aux prisonniers politiques et criminels récidivistes. Avec les changements successifs de régime et les oublis de l'administration, de nombreux prisonniers sont oubliés dans le bagne ignorant si il y aura une fin à leurs sentences. Voici leur histoires dans un reportage signé Régis Michel:

En France, la situation de la population carcérale n'est pas aussi critique qu’ à Madagascar mais de nombreuses questions persistent quant à la désagrégation des conditions de vie. En 2012, la France avait officiellement 57 408 places en prison pour 67 373 personnes écrouées détenues.

Un collectif, Prison Insider, souhaite se mettre en place pour monter un observatoire des conditions de détention à travers la France et le monde. Dans le cadre de son crowdfunding, les responsables du projet expliquent le concept de leur idée et le pourquoi de cette initiative:

Le projet est de centraliser toute l’info sur les prisons du monde et la rendre accessible au plus grand nombre. L’information existe mais est disséminée dans de multiples sites sur les prisons. Il reste très difficile d’accéder à une information vulgarisée et dans sa langue. Il y a trois types de besoins auxquels Prison Insider veut répondre :

-Un besoin d’informations-service. Pour savoir, par exemple, comment rendre visite à un détenu ? comment lui faire parvenir de l’argent ?…
-Un besoin d’informations documentaires. Dans le but de connaître les conditions de détention : combien de détenus par cellule ? sont-ils correctement nourris ?…
-Un besoin d’un espace pour agir. Pour alerter ou témoigner sur ce que les proches vivent.

Un aspect méconnu de la difficulté des vies en prison est décrit en détail par l'observatoire international des prisons:

Il n'existe en prison qu'un seul lieu, non surveillé, où sont autorisées les relations sexuelles : les unités de vie familiales (UVF). Avoir accès à ces unités est un droit, pour tout détenu. Pourtant, seulement 36 établissements pénitentiaires sur 188 en sont équipés. Les pratiques des personnels pénitentiaires sont toutefois très variables. Une ancienne surveillante raconte que les agents en poste au parloir doivent « le vouloir pour vraiment voir.” [..] il y a des surveillants plus compréhensifs, ils ne font pas de ronde pendant les parloirs ». Certains choisissent de ne rien dire : « Une fois, un surveillant nous a surpris. Mais de la façon dont j’étais habillée, il n’a rien pu voir. Il a juste compris. Il est ensuite parti, rien de plus. Certains surveillants ferment les yeux à partir du moment où c’est discret ». Réussir à voler quelques moments d’intimité dépend ainsi du bon vouloir de chaque surveillant.

Au quotidien, les détenus s'organisent aussi pour maintenir une vie sexuelle quand ils partagent une cellule. Voici un témoignage d'un détenu:

À une époque, j’étais dans une cellule de cinq personnes, on était entassé. Les codétenus avaient mis en place une organisation spéciale. Chacun pouvait avoir la cellule pour lui tout seul pendant quelques heures. Ils m’ont dit : “ Tu ne fais pas n’importe quoi en cellule, interdit d’avoir des pulsions la nuit, etc. En revanche, une fois dans la semaine, on te laisse tout seul et tu fais ce que tu veux, on ne veut rien savoir.”

De nombreuses associations aident à aider le quotidien des détenus et à faciliter la réinsertion. La Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (FNARS) explique dans un guide les actions menées par celles-ci pour favoriser la réinsertion et éviter la récidive:

La peine judiciaire s’accompagne trop souvent d’une peine sociale ; elle ne doit pas être un moyen de régulation sociale, par le biais de la mise à l’écart des personnes condamnées. Les coûts individuels et sociaux de l’incarcération dus aux ruptures qu’elle provoque (perte de travail, ruptures familiales, perte de logement, désinsertion sociale) par rapport aux effets escomptés, passent malheureusement au second plan et demanderaient à être mieux évalués.

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