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L'Europe négocie avec la Turquie sa fermeture aux réfugiés

Campo de refugiados en Turquía. Foto de Syria Freedom en ebc.com, con licencia Creative Commons CC BY 3.0 BR

Un camp de réfugiés en Turquie. Photo de Syria Freedom sur ebc.com, licence Creative Commons CC BY 3.0 BR.

Les autorités européennes et turques réunies à Bruxelles ont conclu le 8 mars un arrangement aux termes duquel l'Union Européenne (UE) pourra renvoyer en Turquie tous les nouveaux demandeurs d'asile arrivant dans les îles grecques. Selon le pré-accord, l'Europe s'engage à admettre un réfugié syrien des camps turcs pour chaque demandeur d'asile renvoyé en Turquie. Les réfugiés de pays comme l'Irak ou l'Afghanistan qui atteignent l'Europe par la même voie ne sont pas concernés par l'arrangement et ne pourront pas demander l'asile dans l'UE.

L'Europe ferme ainsi ses portes à tout réfugié qui ne serait pas Syrien, et les Syriens eux-mêmes seront soumis à des quotas. En pratique, l'UE va procéder à des expulsions “à chaud”, c'est-à-dire sans donner aux réfugiés potentiels la moindre possibilité de déposer une demande individuelle d'asile.

Les autorités européennes prétendent ainsi soulager la Grèce, débordée par l'afflux des réfugiés venant des côtes turques. Un rapport du Haut Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés (UNHCR) décrit la “crise humanitaire imminente” dans le camp de réfugiés d'Idomeni en Grèce, où le froid et la pluie exacerbent les souffrances de milliers de personnes :

Les conditions de surpeuplement conduisent à des pénuries de nourriture, d'abris, d'eau et au débordement des systèmes d'assainissement. Les tensions augmentent, ce qui alimente la violence et fait le jeu des passeurs.

En contrepartie du retour forcé des réfugiés, l’UE s'engage à verser à la Turquie une aide financière dont le montant reste à déterminer, destinée à l'entretien des 2,7 millions de réfugiés qu'elle héberge à l'intérieur de ses frontières. De même, l'UE cessera à partir de juin 2016 d'exiger un visa d'entrée des ressortissants turcs, et ouvrira de nouveaux “chapitres” dans les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE.

De nombreuses organisations de défense des droits humains questionnent la légalité de cet accord. L'action sociale de l'Eglise catholique d'Espagne [Caritas] a publié un communiqué de presse (en espagnol, repris en plusieurs langues par Caritas Europe) déplorant que “l'image d'une Europe pour la classe marchande réapparaît comme une conclusion scandaleuse à la longue série de mesures désordonnées, déroutantes et répressives adoptées ces derniers mois contre les réfugiés aux frontières orientales” :

Una niña intenta entrar en calor a su llegada a las costas griegas tras un peligroso viaje en una patera sobrecargada, 15 de agosto de 2015. Foto de Freedom House en Flickr, de dominio público

Un enfant essaie de se réchauffer sur la côte grecque après une dangereuse traversée sur un canot surchargé. 15 août 2015. Photo Freedom House sur Flickr, domaine public

El acuerdo adoptado con Turquía viola los convenios internacionales y europeos ratificados por los Estados miembros que prohíben expresamente la devolución de personas que son objeto de persecución o víctimas de guerra. (…) Además, supondrá un incremento mayor si cabe del inmenso saldo de sufrimiento, dolor y muerte por parte de quienes siguen arriesgando cada día sus vidas mientras buscan bienestar, seguridad y protección a las puertas de Europa.

L'accord adopté avec la Turquie viole les conventions internationales et européennes ratifiées par les Etats membres, qui interdisent expressément de refouler des personnes qui sont l'objet de persécution ou victimes de guerres…. De plus, cela fera encore augmenter, si c'est possible, l'immense quantité de souffrance, de douleur et de mort de ceux qui chaque jour risquent leurs vies en quête de bien-être, de sécurité et de protection aux portes de l'Europe.

Vincent Cochetel, directeur de l'UNHCR pour l'Europe, a déclaré dans un entretien :

L'expulsion collective d'étrangers est interdite par la Convention Européenne des Droits de l'Homme. Un arrangement qui équivaudrait à un renvoi dans un pays tiers n'est pas conforme au droit européen, ni au droit international.

L'organisation de défense des enfants Save the Children a exprimé ses inquiétudes sur la direction prise par les pays européens :

La préoccupation de l'Europe se limite à garder ses frontières extérieures et à contenir les gens à l'intérieur de la Turquie –  privant les personnes vulnérables et les enfants fuyant la guerre et la persécution d'une possibilité d'asile en Europe, en violation du droit international et du droit des réfugiés.

Iverna McGowan, directrice du bureau d'Amnesty International auprès des institutions européennes, a mis en garde que selon les dirigeants européens, le renvoi des réfugiés “serait possible selon la loi européenne dès lors que la Turquie [serait] désignée ‘pays sûr'”. Elle exprime ses doutes sur la sécurité offerte aux réfugiés par la Turquie :

La Turquie a renvoyé de force des réfugiés en Syrie, et de nombreux réfugiés y vivent dans des conditions inacceptables sans hébergement adéquat. Des centaines de milliers d'enfants n'ont accès à aucun enseignement formel. Même avec l'imagination la plus débordante, la Turquie ne saurait être considérée comme un ‘pays tiers sûr’ à qui l'UE peut confortablement sous-traiter ses obligations.

Emigrantes y refugiados intentan protegerse de la lluvia mientras esperan para cruzar la frontera entre Grecia y Macedonia en Idomeni, 10 de Septiembre de 2015. Foto de Freedom House en Flickr, de dominio público

Migrants et réfugiés essaient de se protéger de la pluie en attendant de pouvoir traverser la frontière gréco-macédonienne à Idomeni, 10 septembre 2015. Photo Freedom House sur Flickr, domaine public.

Les internautes eux aussi fustigent la décision de l'UE. Comme l'écrit le journaliste Íñigo Sáenz de Ugarte dans son article intitulé “L'effondrement de l'Europe” :

Es el triunfo de las posiciones xenófobas y racistas de varios gobiernos de Europa del Este, aunque estos no hayan conseguido todo lo que pretendían.

(…) la UE ha optado por convertir a Grecia en un inmenso campo de internamiento y poner en marcha un proceso por el que los que no tengan el derecho a ser acogidos sean devueltos a Turquía. Y para ello, ha firmado un pacto con el diablo al hacer varios regalos al Gobierno turco, embarcado en una deriva autoritaria y represiva del mismo tipo que los países europeos denuncian en otras zonas del mundo.

C'est le triomphe des positions xénophobes et racistes de différents gouvernements d'Europe de l'Est, même si ceux-ci n'ont pas atteint toutes leurs prétentions.

…L'UE a décidé de convertir la Grèce en un immense camp d'internement et de mettre en marche un processus par lequel ceux qui n'auront pas le droit d'être accueillis seront renvoyés en Turquie. Et à cette fin, elle a signé un pacte avec le diable assorti de divers cadeaux au gouvernement turc, embarqué dans la même dérive autoritaire et répressive que celle que dénoncent les pays européens dans d'autres parties du monde.

Le journaliste et correspondant de guerre Ramón Lobo a exprimé une opinion similaire dans son éditorial sur InfoLibre :

Ganan Marine Le Pen, Viktor Orban y Pergida; gana la Europa xenófoba. (…) Hay un tufo antidemocrático, y por qué no decirlo, fascistoide, en muchas de las cosas que se dicen y hacen, en las justificaciones para expulsar refugiados como si fueran ellos los que violan la ley cuando la ley la violamos nosotros al impedir el refugio a los perseguidos por la guerra.

Marine Le Pen [France], Viktor Orban [Hongrie] et Pegida [mouvement d'extrême-droite allemand] l'emportent, l'Europe xénophobe l'emporte…. Il y a un relent anti-démocratique, et pourquoi ne pas le dire, fasciste, dans beaucoup de ce qui se dit et se fait, dans les justifications pour expulser les réfugiés comme si c'était eux qui violent la loi alors que c'est nous qui la violons en refusant l'asile à ceux qui fuient la guerre.

Sur Twitter, beaucoup d'internautes ont aussi dit leur indignation :

Ce qui détruit les valeurs européennes, ce n'est pas quelques miliers de réfugiés, mais la cruauté avec laquelle nous les traitons.

C'est sûr. Le châtiment de l'Histoire n'aura pas de circonstances atténuantes. Idomeni.

L'Europe est une association d'entreprises qui n'a pas à se préoccuper des réfugiés et de ces bricoles sans incidence sur la Bourse.

Les négociations se poursuivent, et il reste à savoir si les responsables politiques européens s'inclineront devant la pression et reviendront sur les dispositions apparemment illégales de l'accord avant la clôture des négociations le 18 mars.

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