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“Petite Thérèse” de São Paulo lutte contre la sécheresse et le machisme

Two of about 50 rain barrels in the Vergueirinho favela in São Paolo, Brazil. Terezinha da Silva taught residents how to build the barrels to conserve water. Credit: Anne Bailey. Used with PRI's permission

Deux des 50 baril d'eau de pluie mis en place dans la favela Vergueirinho à São Paulo, Brasil. Terezinha da Silva a appris aux habitants comment les fabriquer.

Cet article de Carolyn Beeler pour la série #HerPlanet a été d'abord publié sur PRI.org le 24 février 2016, il est republié ici dans le cadre d'un partenariat d'échange de contenus.

On peut trouver dans beaucoup de ruelles des favelas de São Paulo des ordures, des broussailles, il faut s'y attendre. Mais à Sao Mateus (Saint Mathieu), dans la périphérie de la ville, il y a aussi autre chose qu'on ne s'attendrait pas voir : des gros fûts de plastique remplis d'eau de pluie et somptueusement décorés par les mains et les pieds des enfants. .

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Cette eau est  canalisée depuis la toiture, elle traverse un filtre qui filtre les moustiques et les feuilles, se retrouve ensuite stockée dans le fût, utilisable pour l'arrosage des plantes, le nettoyage, les sanitaires et autres besoins domestiques.

Ces bidons sont les témoins d'un projet mis en place par la communauté locale après  deux années de sécheresse dans la région de São Paulo, pendant lesquelles la distribution de l'eau était interrompue fréquemment dans de nombreux secteurs de la ville,  les personnes habitant en périphérie étant les plus touchées par ces restrictions.

Terezinha da Silva with one of the her signature rain barrels. Credit: Anne Bailey. Used with PRI's permission

Terezinha da Silva auprès d'un de ses bidons d'eau de pluie . Crédits: Anne Bailey. Utilisée avec l'autorisation de PRI.

Ces fûts sont en quelque sorte une conséquence ‘positive’ de la sécheresse. Les habitants de São Paulo sont très irrités par cette crise de l'eau. Ils estiment que le gouvernement ne fait pas suffisamment pour la résoudre. Ils ont commencé à essayer de régler eux-même ce problème.

C'est ce qu'a fait Terezinha Da Silva. Cette petite Thérèse qui ne fait guère que 1,37m de taille, à développé une énergie considérable.

Elle a ainsi commencé à installer des “bidons de pluie” dans le patio de sa maison bien avant que la sécheresse ne commence officiellement pour économiser de l'argent  et avoir de l'eau sous la main pendant les coupures. Puis, comme la sécheresse s'aggravait, elle a commencé à apprendre aux autres femmes de son quartier à installer ces futs en utilisant des matériaux bon marché et faciles à trouver. Maintenant on peut trouver près de cinquante fûts d'eau de pluie dans le secteur.

Près de 50 bidons d'eau de pluie sont installés dans toute la favela Vergueirinho dans le quartier de São Mateus à São Paulo. Crédits: Anne Bailey.utilisé avec l'autorisation de PRI.

Elle est en train de mettre en place une initiative communautaire auprès d'un groupe de femmes : “Pain et art “, destinée à aider les femmes du secteur à créer ensemble une solidarité économique, de développement, d'accès aux droits.

Cette idée directrice, “Pour et par les femmes”, est fondamentale pour Thérèse, parce que le Brésil est une société dominée par les hommes. Et, ajoute-t-elle : “Les femmes sont victimes de beaucoup de violence, nous le savons par les chiffres officiels et parce que nous le vivons”.

Elle a également des motifs tout à fait personnels pour venir en aide aux autres femmes, les aider à affronter la crise de l'eau et tout le reste :

Je fais ce travail avec beaucoup de coeur parce que je suis moi même une rescapée, on m'a sauvé la vie !

Terezinha Da Silva a commencé à travailler comme employée de maison à 14 ans et ce pendant 30 ans. Elle dit qu'elle se sentait totalement consumée par le travail. Par la suite, aux environs de quarante ans, elle a commencé à faire du bénévolat, elle s'est engagée dans une ONG orientée sur l'amélioration du bien-être des habitants de la favela : Movimento de Defesa do Favelado.

J'ai ainsi appris que tout en étant pauvre et femme, on pouvait quand même changer son futur. Quand tu commences à connaître tes droits, tu veux te battre pour retrouver ta dignité, et c'est particulièrement vrai pour les femmes”, explique-t-elle.

Terezinha Da Silva travaille aujourd'hui à temps complet dans cette association où elle a commencé comme bénévole, elle a conçu un nouveau projet de développement local généré par la crise de l'eau : les jardins communautaires verticaux.

Comme pour les fûts d'eau de pluie, elle utilise un  technique simple mise au point dans sa maison : des enfilades de  tuyaux en plastique fendus sur leur longueur, remplis de terre et accrochés sur les murs, où elle sème oignons, basilic et piments.

Da Silva keeps three rain barrels in her garden and one in her laundry room to gather water for cleaning, watering plants and laundry. Credit: Anne Bailey. Used with PRI's permission

Thérésa Da Silva a trois futs d'eau de pluie dans son jardin et un dans sa buanderie pour pouvoir se laver et arroser les plantes.

Le but est d'arriver à ce que les voisins s'organisent ensemble et installent des plateaux pour faire pousser des légumes verts.

 Une fois de plus, ses efforts portent leurs fruits dans tout le voisinage.

“La petite Thérèse” est vraiment une personne importante” nous dit Maria Auxiliadora une habitante du coin, alors qu'elle est en train de travailler avec elle pour fabriquer un jardin vertical sur son toit. “C'est une personne très volontaire et tenace même quand elle est malade ou qu'elle a des problèmes. Dans ces cas là, elle n'y pense pas et vient faire quand même son travail pour la communauté”.

La petite Thérèse Da Silva nous explique que c'est le travail qui la sauve. Elle pense que cette sécheresse survenue à São Paulo peut bien finalement avoir été indirectement favorable à la préservation de l'environnement.

“Il est sorti quelque chose de bon de cette crise” nous dit Terezinha Da Silva. “Une prise de conscience : cette crise de l'eau est arrivée à un moment où il était nécessaire de prendre conscience du problème, du fait que même dans un pays possédant le huitième du capital d'eau douce du monde, l'eau courante à domicile n'était pas forcément une chose acquise”.

Elle n'est pas la seule à le penser-.

“La population a appris que la distribution de l'eau est quelque chose de très important”  nous explique Monica Porto, la sous-secrétaire aux ressources hydrique  de l'état de São Paulo. “On ne peut pas forcément se contenter simplement d'ouvrir le robinet et attendre que l'eau arrive. Chacun de nous a la responsabilité de prendre soin de l'eau “.

Évidemment, c'est un peu plus compliqué que cela. Il y a des millions d'habitants parmi les plus pauvres, comme les voisins de Terezinha Da Silva, qui n'ont jamais attendu d'ouvrir simplement les robinets pour avoir de l'eau, qui ont beaucoup souffert pendant la sécheresse. Ceux-là  n'ont pas eu besoin d'apprendre ce qu'était la valeur de l'eau.

Da Silva's garden rain barrels Credit: Anne Bailey. Used with PRI's permission

Les fûts d'eau de pluie du jardin de Thérèse da Silva. Crédits: Anne Bailey. Utilisée avec autorisation de PRI.

C'est une leçon concrète que même le gouvernement régional semble avoir retenue. Il pleut de nouveau sur São Paulo, mais les scientifiques estiment que le changement climatique est en train de modifier le climat local. Monica Porto pense que la sécheresse aide les dirigeants de la région à prendre conscience du fait que São Paulo a besoin d'un système de gestion de l'eau plus adéquat à anticiper ce que pourrait amener le futur.

“Nous ne savons pas quoi attendre du changement climatique. Nous ne savons pas si la région de São Paulo aura plus d'inondations ou plus de sécheresses”, nous dit Monica Porto. “Mais peu importe, après cette sécheresse, nous savons au moins avec certitude que nous devons être mieux préparés à tout”.

Ceci implique beaucoup de changements :  de nouvelles réserves d'eau, un système de distribution moderne, des fûts d'eau de pluie dans les jardins et sur les toits, et une communauté  qui s'implique directement dans ce défi.

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