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Trinidad et Tobago : L'intolérance virulente d'une enseignante, symptôme des failles du système scolaire

Two students on their way home from school in Trinidad and Tobago. Photo by Georgia Popplewell, used under a CC BY-NC-ND 2.0 license.

Deux élèves rentrent de l'école à Trinité et Tobago. Photo par Georgia Popplewell, utilisée sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

Une professeure de collège concentre le mécontentement autour du système éducatif de Trinité et Tobago depuis qu'un enregistrement audio, où elle dénigre les homosexuels et athées et accuse un élève de vendre de la drogue, a été publiquement partagé sur Facebook.

L'enseignante, Nadira Nandlal, tenait un débat avec sa classe à l'école de garçons Naparima College sur ses propos en public de la semaine précédente — durant une assemblée scolaire — vilipendant les homosexuels au sein de l'établissement et faisant référence à un élève en particulier. Reconnaissant que certains de ses collègues critiquaient ses propos, elle resta sur sa position, allant jusqu'à dire que si on lui donnait une arme à feu, elle réglerait les problèmes d'homosexualité ou d'athéisme..

Après que l'enregistrement de cette “diatribe” se fut propagé, l'école saisit de la question le ministère de l'Éducation. Pour le moment, aucune sanction n'a été prise envers Mme Nandlal, qui n'aurait pas repris son travail depuis l'incident.

Pour sa part, Mme Nandlal justifie sa position comme n'étant autre qu'un engagement intense pour la protection de ses élèves jeunes et inflençables.

‘Une bonne illustration de la raison pour laquelle le système éducatif de T&T est dans un état déplorable’

Les réseaux sociaux, pendant ce temps, se sont affolés. Le système éducatif de Trinité et Tobago, structuré autour de la performance à un examen d'entrée dans le secondaire, est aux prises avec une performance académique médiocre, l'absentéisme des professeurs, la violence et le manque de discipline.

Pour beaucoup, l'enregistrement est un exemple de ces problèmes. Jason Dokeran a déclaré sur Facebook, dans les commentaires de l'enregistrement :

[…] elle est un bon exemple de la raison pour laquelle l'éducation de T&T est dans un état déplorable. […] Plus j'écoute ce truc, plus je crois qu'elle ne comprend pas ce qu'elle est censée faire dans une école.

D'autres ont posté un scan des directives de l’Association des enseignants unifiés de Trinité et Tobago (TTUTA) sur les responsabilités des enseignants :

Teacher guidelines; image widely shared on Facebook.

Directives pour enseignants; image souvent partagée sur Facebook.

‘Vouloir dépeindre l'oppresseur en opprimé’

Un avis que ne semblent pas partager un certain nombre de ses élèves : ceux-ci ont rapidement lancé une pétition de soutien en ligne, qui recueillit un millier de signatures en deux jours. Dans cette pétition, les garçons la qualifiaient de “sincère”, “généreuse”et “aimante” et dirent que les impressions données par les réseaux sociaux et les informations sur elle sont “trompeuses”.

Du point de vue  d'une personne extérieure mal informée, les propos tenus par mademoiselle Nandlal, qui ont été captés à son insu sur l'enregistrement vocal, pourraient être vus comme radicaux et extrêmes.

Un telle position est bien entendu compréhensible mais ce qui ne l'est pas, c'est que les personnes qui ont mis leurs problèmes personnels avec mademoiselle Nandlal sur internet ont servi à désinformer le public et guider leur opinion vers le prononcement d'un jugement injuste envers cette femme.

Ces élèves qui ont été dans sa classe et ont discuté avec elle durant leur séjour au Naparima College peuvent témoigner que mademoiselle Nandlal utilisait simplement de durs euphémismes compte tenu du contexte de la situation.

Pour beaucoup d’utilisateurs de réseaux sociaux, ces déclarations de soutien — de la part des élèves de l'école et d'autres internautes — ont été l'un des aspects les plus étonnants de l'affaire. Dans l'un des commentaires, nvllivs_in_verba a contré beaucoup des arguments donnés dans l'énoncé de la pétition :

Donc je pense que cela signifie que les enregistrements ont d'une certaine manière rendu le message de Melle Nandlal hors contexte. Parce que nous savons tous qu'il y a des contextes dans lesquels un enseignant attaquant verbalement un élève, l'injuriant et sous-entendant des menaces envers lui et ses tuteurs, peut être justifié. […]

La raison pour laquelle je doute des motifs de la pétition c'est  qu'ils n'essayent nulle part de montrer quelque sympathie pour l'élève visé. Ils sont impénitents et essayent de transférer le rôle de victime de l'élève à l'enseignant. Ils essayent de dépeindre l'oppresseur en opprimé. Et c'est ce qui me pose problème.

Dans un entretien téléphonique, l'enseignante et utilisatrice de Facebook Cox-Neaves — qui a dit de façon catégorique qu'à son avis l'enseignante devrait être relevée de ses fonctions — a souligné deux types de problèmes. L'un concerne le fait que le Naparima College est une école dépendant du Conseil Scolaire Presbytérien qui, pour le moment, n'a fait aucune déclaration sur le sujet.

Dans le cas écoles religieuses confessionnelles comme Naparima College, alors que la Commission nationale de l'enseignement peut faire passer des entretiens aux enseignants postulants, le Conseil confessionnel compétent peut aussi conduire ses propres entretiens — et les enseignants sont nommés seulement si ces Conseils approuvent les candidats. Dans le cas présent, Mme Cox-Neaves craignait que le silence du Conseil ne vaille approbation.

Elle a aussi déclaré que même si Nandlal peut être une bonne enseignante “au sens générique du terme”, ses propos prouvent sa “maîtrise du programme caché” :

Ceci est le résultat final d'une longue histoire que nous ne connaissons pas. Le fait que [Nandlal] se sente en sécurité pour se tenir devant une classe et dire ce qu'elle a dit, révèle quelque chose ici. Je trouve inquiétant qu'elle ait le soutien des élèves, mais au moins un élève — celui qui a fait l'enregistrement — pense différemment. Soyez toujours conscients de l'influence que vous avez sur vos élèves et utilisez-la avec reponsabilité.

Angelo Bissessarsingh, un ancien élève de l'école, a écrit dans un message public sur Facebook que le Naparima College n'a pas toujours été un havre de bigoterie et d'intolérance”.

A présent que l'affaire est entrée dans le domaine public, je peux m'adresser personnellement à cette enseignante égarée, Melle Nandlal et à ces garçons qui la suivent aveuglément. Je dois dire, VOUS ME FAITES HONTE, à moi et à des générations de vos prédécesseurs. Le fait même d'envisager qu'un éducateur de cette noble académie puisse prononcer publiquement des discours de haine et de dérision envers un élève pour ses choix personnels est impensable. De mon temps, il y avait des étudiants qui étaient visiblement homosexuels mais JAMAIS, sur les sept ans que j'ai passé sur Paradise Hill, je n'ai été témoin de ne serait-ce qu'une ombre de victimisation de la part des élèves et encore moins d'un professeur. Nos tuteurs étaient tous – jeunes ou âgés – investis dans leurs charges au delà de leurs obligations et mes anciens camarades et moi-même nous estimons chanceux de les avoir eu pour guides. Même les plus grincheux portaient en eux une noblesse d'esprit qui rendait leurs punitions moralement saines. Cela me peine a présent d'assumer que le Naps que je connaissais et aimais est désormais un havre de bigoterie et d'intolérance jamais vu de mon temps.

Le groupe de défense des jeunes la fondation Silver Lining  a aussi déclaré son inquiétude :

L'école devrait être un lieu où un élève est libre de progresser et d'apprendre dans un environnement bienveillant en toute sécurité. Cette sécurité devrait s'appliquer à tous les élèves, quelle que soient leur sexualité ou leurs croyances religieuses.

L'élève s'explique

Enfin, dans le Sunday Guardian, le chroniqueur Kevin Baldeosingh a écrit que “l'élève qui est au centre de ce problème [lui] a envoyé un courrier électronique pour donner sa version de l'histoire” :

“Les observations faites sur moi-même et mes parents par (l'enseignant) sur cette bande sont infondées et fausses”, écrivait-il. “Je ne suis pas homosexuel, j'incarne une  vision globale des êtres humains ; Je ne suis pas Dieu pour être le juge de qui que ce soit “.

Il m'a dit qu'il était persécuté par certains élèves qui étaient d'accord avec les propos de l'enseignant et qu'il avait également été pris pour cible par des “harceleurs en ligne”. “(Ses) commentaires ont fait naître le risque grave, pour moi ainsi que ma famille à présent, d'être attaqués par un groupe de personnes mal informées et hostiles qui m'ont étiqueté comme homosexuel et mes parents comme athées”.

Voici donc un jeune homme qui pense par lui-même, qui a pris position pour la tolérance, et qui est pour cette raison vilipendé à présent. Voilà l'hypocrisie des responsables de l'éducation de ce pays, qui prétendent vouloir plus de gens comme lui, mais qui promulguent un système qui favorise, et même récompense, l'ignorance et l'intolérance.

Le système éducatif de Trinité et Tobago semble effectivement être à la croisée des chemins.

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