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Au Kenya, une vidéo célébrant l'amour du même sexe reste sur Youtube malgré l'interdiction

A screenshot of the YouTube video of Same Love.

Une copie d'écran du clip Youtube Same Love (Remix).

Tout au long du mois de février 2016, le mois de l'amour, un groupe d'artistes kenyans connus sous le nom de Art Attack ont sorti un clip musical intitulé  « Same Love (Remix) ». Il s'agit d'un remix de la chanson de Macklemore et Ryan Lewis, Same Love. Le clip est un symbole qui appelle les Africains à éradiquer l'homophobie. Mais, pour certains Kenyans, il est considéré comme inapproprié et immoral.

La vidéo de Same Love (Remix), devenue virale, a obtenu plus de 2.000 j'aime et a été vue 240.000 fois sur Youtube. Différentes relations de personnes de même sexe y sont mises en valeur. La vidéo souligne également les divers défis que ces personnes ont à affronter au quotidien, allant de la surveillance publique aux procédures judiciaires menées à leur encontre de la part de certains gouvernements africains.

La description du clip vidéo indique : “Une chanson kenyane sur les droits des personnes de même sexe, des homosexuels, les combats de la communauté LGBT, l'égalité des genres, les combats des homosexuels et les libertés civiles pour toutes les orientations sexuelles.”

La vidéo présente l'avertissement suivant : Cette vidéo contient des images ainsi qu'un message qui peuvent inutilement heurter la sensibilité de certains.”

Des paroles disent :

We come from the same corner, share the same pain,

stand up tall, it’s time for new laws not new wars.

Nous venons du même coin, nous partageons la même douleur,

levez-vous tous, il est temps de faire de nouvelles lois, pas de nouvelles guerres.

La chanson reprend aussi un verset biblique sur l'amour (1 Corinthiens, chapitre 13), qui met l'accent sur la valeur de celui-ci, prenant le pas sur d'autres bonnes actions humaines.
Dans un article intitulé «Ban On Sexy Music Video Raises Gay Rights Campaign Profile in Kenya» [en français: «L'interdiction d'un clip musical sexy favorise une campagne pour les droits des homosexuels au Kenya»], Anthony Langat décrit quelques scènes de la vidéo :

(The video)…shows a well-toned young man, naked apart from his underpants, leaning over his tattooed male lover in bed.
Two pretty young women exchange kisses on a park bench, one putting a ring on the other's wedding finger, as the vocalist sings: “I can't change, even if I tried, even if I wanted to.”

(La vidéo)…montre un homme bien bâti, nu à part un caleçon, qui se penche au lit sur son amant tatoué.

Deux belles jeunes femmes échangent des baisers sur un banc dans un parc. L'une met une bague à l'annulaire de l'autre, pendant que le choeur chante : « Je ne peux pas changer, même si j'essayais, même si je le voulais».

Le Kenya Film Classification Board [en français: La Commission de Classification Cinématographique du Kenya] a interdit la vidéo en argumentant qu’ «elle ne correspondait pas aux moeurs du pays». La commission a tenté en vain de faire valoir une pétition auprès de Google afin que la vidéo soit retirée. Google a répondu qu'interdire la vidéo serait une atteinte à la liberté d'expression. Selon les règles de Google, les entités qui souhaitent voir une vidéo retirée de Youtube doivent porter leur affaire devant un juge. De plus, elles doivent soumettre à la firme une ordonnance judiciaire réclamant que la vidéo soit retirée et confirmant son caractère illégal au sein de la jurisdiction du tribunal.

La commission est allée jusqu'à déclarer ne pas avoir délivré de licence qui autorise la production de certaines parties de la vidéo réalisées au Kenya. Elle a ajouté que quiconque sera surpris en train de divulguer la vidéo sur quelque support que ce soit sera tenu responsable devant la loi.

Les relations de même sexe sont illégales au Kenya. La Constitution kenyane ne protège pas expressément les droits des homosexuels. Cependant, l'article 27 stipule que :

The State shall not discriminate directly or indirectly against any person on any ground, including race, sex, pregnancy, marital status, health status, ethnic or social origin, colour, age, disability, religion, conscience, belief, culture, dress, language or birth.

L'Etat ne pratiquera aucune discrimination directe ou indirecte contre quiconque sous aucun motif que ce soit la race, le sexe, la grossesse, la situation de famille, l'état de santé, les origines ethniques ou sociales, la couleur, l'âge, le handicap, la religion, la conscience, les croyances, la culture, la tenue vestimentaire, la langue ou la naissance.

D'après le rapport 2015 de l'association International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA) intitulé «State-sponsored homophobia» (en français : ‘l'homophobie sponsorisée par l'Etat’), l'homosexualité est illégale dans 34 pays africains. L'Afrique du Sud est le seul pays africain où l'homosexualité est formellement protégée par la constitution du pays. La loi kenyane n'a également aucune stipulation spécifique concernant la représentation de la communauté gay dans les arts ou autres formes d'expression.

Malgré le statut illégal de l'homosexualité et le tabou que cela suscite au Kenya, la communauté gay est généralement tolérée lorsque l'on observe qu'il n'y a presque pas eu de cas de punitions sévères comme c'est le cas dans d'autres pays africains.

En 2014 Binyavanga Wainaina, écrivain et journaliste kenyan ayant obtenu le Caine Prize for African Writing, est devenu le kenyan le plus influent ayant déclaré son homosexualité.

La prohibition mise sur cette vidéo en particulier en a laissé perplexes plus d'un. En effet, pourquoi les clips musicaux occidentaux qui passent sur la radio et la télévision kenyanes et qui traitent de la problématique gay, des relations sexuelles ou encore d'autres sujets considérés comme «non-africains» ne sont-ils pas interdits ?

Le président Uhuru Kenyatta, à l'occasion de la visite d'Obama l'an dernier, a déclaré qu'il y avait d'autres processus en cours et qui prennent du temps, et que actuellement ce sujet était d'une importance mineure pour les Kenyans qui ont d'autres problèmes plus urgents à régler.

En octobre 2015, le président Uhuru Kenyatta a prononcé une mise en garde contre les «chasses aux sorcières» dont font l'objet les homosexuels, en disant que tous les Kenyans avaient le droit d'être protégés par la loi.

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