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Pourquoi la “guerre des fusées” de Pâques n'aura pas lieu cette année sur l'île grecque de Chios

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Les fusées volent au-dessus du bourg de Vrontados. Photo Aneta Silwia Zak, utilisée avec sa permission

La petite ville grecque de Vrontados sur l'île de Chios est habituellement au centre de l'attention pendant les Pâques orthodoxes. Normalement, c'est à cause de la tradition du “Rouketopolemos” (“Guerre des fusées” en grec), qui voit les paroissiens des églises “rivales” Saint Marc et Panaghia Erithiani tirer sur l'une et l'autre des milliers de fusées artisanales à minuit le jour de Pâques.

Mais cette année, Vrontados a fait parler de lui pour la raison inverse. La bataille a été annulée parce que des habitants ont menacé de procès les artificiers amateurs.

Pour la première fois depuis plus d'un siècle, la bourgade a été privée de ses Pâques explosives. Le Rouketopolemos remonte à l'époque de l'occupation de la Grèce par l'empire ottoman. Le rituel était autrefois accompli avec de véritables canons chargés à blanc, produisant de bruyantes détonations, mais les autorités ottomanes ont interdit leur utilisation en 1889, par crainte que les festivités pascales n'allument une révolte populaire contre leur pouvoir. Selon une autre tradition, la guerre des fusées serait née de l'interdiction faite aux habitants de célébrer Pâques à leur guise. Ils auraient alors décidé de mettre en scène une bataille factice pour tenir les Turcs à distance.

©Aneta Silwia Zak

Tirs des fusées au-dessus de Vrontados. Photo Aneta Silwia Zak, utilisée avec sa permission

Les paroisses Saint Marc et Panaghia Erithiani se préparent des mois à l'avance pour le dimanche de Pâques à minuit, moment de la guerre des fusées. Des gens de tous âges participent à la fabrication des fusées, et les préparatifs culminent pendant le Carême (les semaines conduisant à Pâques). Les plus jeunes dirigent les opérations, conseillés par leurs aînés, généralement des marins à la retraite. Des quantités précises de nitrate, de soufre et de charbon pulvérisés sont insérées dans des cylindres de papier, ensuite attachés à un bâton muni d'une mèche à son bout. Les fusées sont alors placées sur des rampes de lancement improvisées de bois, prêtes à être allumées pour un fougueux spectacle.

A minuit, les factions rivales se mettent en place, et pendant que les prêtres disent la messe de la Résurrection, la bataille éclate. Les fusées explosent contre le noir du ciel, laissant derrière elles une multitude de sillages dorés. La cible est le clocher de l'église rivale. Difficile de déclarer un vainqueur, les fusées sont innombrables et impossibles à compter le lendemain.

L'idée n'est pas de blesser qui que ce soit. Les édifices religieux eux-mêmes et les bâtiments avoisinnants sont complètement bardés de feuilles de métal et de grillages pour l'occasion. Si certains habitants ne sont pas enthousiasmés par cette coutume, celle-ci est devenue une source importante de revenus touristiques pour l'île :  on vient de toute la Grèce et de l'étranger passer ses vacances de Pâques à Chios rien que pour regarder la bataille.

En 2015, le site d'information en anglais Greek Reporter a produit un court documentaire sur cette tradition. Stamatios Krimigis, un scientifique américain d'origine grecque spécialiste d'exploration spatiale, natif de Vrontados à Chios, y explique la tradition de la guerre des fusées :

Ça me rappelle mon enfance, parce que je prenais toujours part à la guerre des fusées […] Tout est dangereux quand on n'est pas préparé. Quand on est préparé et qu'on a pris les bonnes dispositions, il y a moins de danger.

Une autre vidéo, de la plate-forme Nowness, offre un aperçu composé de la tradition :

Accroc provisoire

Tant que la guerre des fusées était relativement peu connue, tout allait bien. Mais à mesure que montait le nombre de visiteurs, celui des fusées lancées faisait de même, et la possibilité que des projectiles fourvoyés endommagent les bâtiments environnants. L'insuffisante maîtrise de la tradition et de son succès croissant n'ont fait qu'exacerber les craintes.

La tension a culminé cette année, quand les artificiers locaux de Vrontados ont déclaré qu'ils s'abstiendraient d'organiser la célèbre bataille, menacés de procès par les villageois excédés de devoir chaque année réparer les dégâts à leurs maisons. Comme l'explique Greek Reporter :

“Nous avons fait tout notre possible pour garantir la sécurité de leurs maisons et les convaincre”, a dit le président de la commune de Vrontados, Markos Kosmas. “Mais ils n'ont pas voulu en démordre. Les lanceurs de fusée sont essentiellement des gens qui ont une famille, ils ne veulent pas risquer d'être pourchassés par la police et de se retrouver au tribunal”, a-t-il ajouté.

Un cadre juridique protecteur des traditions locales comme le Rouketopolemos est en cours d'élaboration depuis juin dernier, sous l'oeil attentif des artificiers locaux et des amateurs de la fête. Mais le Parlement ne s'est pas encore prononcé.

©Aneta Silwia Zak

La bataille a commencé à Vrontados. Photo Aneta Silwia Zak, utilisée avec sa permission.

Espérons que la tradition puisse reprendre ses droits, et que les habitants et les autorités parviennent à aplanir leurs divergences par des discussions et une organisation raisonnables.

Remerciements particuliers à Aneta Silwia Zak pour sa permission d'utiliser ses photos dans cet article.

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