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17 ex-ministres dénoncent le harcèlement sexuel qu'elles ont subi par des hommes politiques en France

Capture d'écran de la vidéo de sensibilisation à l'harcèlement par l'association égalité en droit

Capture d'écran de la vidéo de sensibilisation à l'harcèlement par l'association égalité en droit

Déambuler dans les allées du pouvoir est parfois aussi oppressant que de se faire siffler dans la rue le soir lorsqu'on est femme. Des tentatives de viols, des violences sexistes, du harcèlement sexuel et de la discrimination au travail, c'est ce que les élues subissent au quotidien en France, jusqu'au sein des institutions républicaines.  Jusqu'à récemment,  le silence était de mise par peur de la stigmatisation ou à cause d'autres contraintes, politiques, sociales et familiales mais la peur commence à changer de camp. En effet, 17 femmes, anciennes ministres de toute tendance politique, ont décidé qu'elles n'allaient plus se taire. Sous le slogan “Nous ne nous tairons plus”, elles dénoncent le triste quotidien de la vie des femmes, même au sein du pouvoir. Vidéo qui résume leur action:

Tout est parti des révélations sur un comportement attribué à M. Denis Baupin, député élu sur la liste Europe-Ecologie-Les Verts avant de démissionner à la mi-avril. Au total 8 femmes de ce parti ont dénoncé sur France Inter et sur le site Mediapart des gestes déplacés qu'il aurait eus à leur égard et pouvant être qualifiés de harcèlement sexuel.

M. Denis Baupin nie les faits mais a tout de même posé sa démission de son poste de vice-président de l'Assemblée nationale. Dans une affaire de viol ou de harcèlement sexuel, il est souvent difficile de produire des preuves parce que c'est souvent la parole de la victime contre celle de son bourreau. Toutefois, aujourd'hui, le partage d'expérience sur les réseaux sociaux et les nouvelles technologies permettent d'étayer et corroborer les témoignages des victimes. C'est notamment le cas pour Mme Elen Debost, adjointe au maire du Mans, qui aurait reçu une centaine de SMS et Mme Isabelle Attard, députée du Calvados qui en aurait reçu aussi des dizaines de message de M Baupin avant de quitter le parti.

Dans un message publié le 9 mai 2016 publié sur YouScribe, qui a enregistré 34 478 lectures et qui a été repris et commenté par de nombreux autres sites, Mme Elen Debost explique les raisons qui l'ont poussée, d'abord à se taire, ensuite à dénoncer publiquement l'humiliation qu'elle avait subie de la part de M. Baupin, pour aussi épargner ce calvaire à d'autres femmes. Elle explique que la position d'élu de M. Baupin lui confère des pouvoirs qui augmenteraient sa capacité de nuisance:

Le 11 mars dernier je découvrais une photo où 8 députés masculins, paradaient, barbouillés de rouge à lèvre en soit disant soutien, à la journée internationale des droits des femmes. Parmi ces 8 hommes, figurait le député Denis Baupin, prise de nausée j'ai vomi. 
Pourquoi cette nausée? 
Automne 2011, un peu en amont des désignations internes des candidat-es aux législatives sur les circonscriptions “réservées”, Monsieur Baupin m'appelle pour me demander de le soutenir lors du vote interne de notre motion pour la désignation des candidat-es. J'accepte, flattée… S'en ai suivi plusieurs mois de harcèlement sexuel, par SMS. Des messages à caractères sexuels, des avances, des propos obscènes. 
L'image de cet homme barbouillé de rouge à lèvre est comme un crachat, une provocation à toutes ses victimes, un “regardez bien comme je vous emmerde”. Cette image provoque la nausée, elle démontre le sentiment d'impunité et de toute puissance qui est le sien.
Dans aucun parti politique les femmes ne sont à l'abri de tels harcèlements. En effet, Mme Roselyne Bachelot, ancienne ministre dans des gouvernements de droite sous la Présidence de M. Jacques Chirac,  révèle dans une interview à l’ Événement du Jeudi que “le sexisme est sans doute la chose la mieux partagée entre les partis politiques”.
Ce n'est pas Mme Aurore Bergé qui va la démentir. En effet cette élue  des Yvelines sur la liste Les Républicains a publié un message sur sa page Facebook, à peine quelques heures après les révélations attribuées à M. Denis Baupin, révélant une expérience vécue lors d'une réunion, sous le titre Scène de la vie politique ordinaire:

Je suis accueillie par un “quand je te vois, j'ai envie de te faire une Baupin.” J'ai passé la journée à lire les témoignages de celles qui ont osé parler. A les relayer. Et à espérer que cela participe à changer les comportements.

Et je me trouve navrante dans mon incapacité à réagir.

Un autre élu enchaîne avec un “quand on voit Aurore, on a le bâton de Berger”. C'est gras, c'est vulgaire, c'est grossier. C'est pathétique. Il a l'âge d'être mon père (ils en ont un peu tous l'âge)…

Mais quand ça t'arrive, tu ne sais pas comment réagir. Tu es sidérée. Bloquée. Tu lui fous une claque ? Tout le monde te regarderait. Tu ne ris pas ? Tu n'es décidément pas faite pour la politique. Et puis, c'est drôle, non ? C'est un bon mot après tout. Tu te regardes.

Sur la page facebook de Rue89, il y a eu de nombreuses interventions contradictoires, comme dans plusieurs autres sites. Un des intervenants, Gregory Gégé, témoignant que le harcèlement peut aussi être contre les hommes, écrit:

Je suis un homme et on me prends aussi pour un coincé de service …. Par les femmes de la boîte

Je ne supporte pas qu'on traite un gars “d'avion de chasse ” ou qu'on vienne me dire que ce serait cool qu'on arrive tous en kilt …. Sans culotte bien entendu ….

Résultat : je ne parle plus aux femmes mis à part au niveau professionnel…

 Ce qui a provoqué la réaction de Stéphanie Bodo, qui semble outrée:

Gregory Gégé, auriez vous un probleme avec les femmes?… entre passer pour le “coincé de service” et se faire peloter par un vieux libidineux dans un metro ou dans un ascenceur, il y a un monde, non?

Une autre lectrice, Nathalie Schmitt, rappelle que les femmes ne sont pas les seules victimes de harcèlement sexuel:

Effectivement je ne nie pas contrairement à pas mal de féministes que l'inverse existe aussi. J'ai assisté à des attitudes professionnelles dérangeantes de la part de certaines femmes. Je me souviens avoir eu une discussion avec un collègue masculin en lui disant de faire attention. Le harcèlement sexuel et moral n'a pas de sexe… De même qu'il ne faut pas nier qu'il existe bien des hommes battus et des femmes violeuses ou incestueuses. Merci Gregory Gégé pour votre commentaire.

Emilie Jedrzejczak pointe le doigt sur le sentiment d'impunité qui pourrait justifier le comportement condamnable de certains hommes politiques à l'égard des femmes:

Tant que les politiques se sentiront au dessus de tout le monde et des lois, à tous les niveaux, le pays n'avancera pas d'un millimètre… A quand des gens normaux pour nous gouverner ?! Qui ont de l'expérience, qui ont du transpirer pour gagner leur vie ! A part nous faire vomir ils servent à quoi ?

L'omertà qui couvre les agissements des politiques est confirmée par le comportement de Mme Emmanuelle Cosse, Ministre du logement, conjointe de M Baupin, qui a été à la tête du parti Europe Ecologie-Les Verts, de novembre 2013 à février 2016, lorsque son mari humiliait des collègues, selon le blog decryptnewsonline.com, selon un témoin direct:

“Quand il y a eu des allusions à ça, assez récemment lors d'un conseil fédéral, à la surprise générale, la personne qui est montée à la tribune pour demander qu'on arrête de discuter de ça, c'est sa compagne, c'est Emma Cosse qui a dit : ‘stop, j'ai interdit qu'on poursuive ce débat. On réglera ça ailleurs et dans d'autres conditions'”
Lamourere Odile pense aux femmes qui n'ont pas la chance d'être au centre de l'attention des medias qui souffrent chaque jour de harcèlement ou d'autres comportements déplacés de la part de leur patron:

Ca commence à bien faire…..pensons aux femmes au smic qui n'ont pas le pouvoir de réagir… et pour qui dénoncer équivaut a être sur la paille.. Les femmes qui montent au créneau actuellement ont les moyens de se défendre…Signé: une féministe 1ère génération !

 Avant M. Baupin, d'autres hommes politiques membres du gouvernement français avaient eu des comportements déplacés. Daniel Schneidermann écrit dans un billet publié sur le site arretsurimages.net:

Un an plus tard, parait le livre de deux journalistes, Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri. Dans leur version, Sapin (désormais nommé) aurait “fait claquer l'élastique de la culotte” de la journaliste incriminée. Avec ce claquement de l'élastique, l'affaire prend une autre dimension. Mais voilà que l'élastique est contesté, par les mêmes journalistes du collectif “Bas les pattes”, selon lesquelles Sapin, en réalité, aurait touché “le bas du dos” de la journaliste. “Il n'y avait ni culotte, ni string, ni élastique”précisent les journalistes du collectif. “Le bas du dos” étant l'euphémisme habituellement employé pour désigner les fesses, le mystère s'accroit.

La décence aurait voulu que ces hommes du pouvoir aient un profil bas, mais sans doute poussés par le sentiment d'impunité, ils essaient d'imposer l'omertà à ceux qui veulent dénoncer les accusations mues à leur encontre:

Que s'est-il passé dans l'esprit d'un élu de la nation pour qu'il s'attaque directement à un principe démocratique fondateur de notre République : la liberté de la presse ? Par deux fois, Denis Baupin, via son avocat, a tenté de faire l'omerta sur une enquête menée à son encontre pour des faits de harcèlements et d'agressions sexuelles.

Mais il y a des femmes qui se sentent humiliées par la dénonciation d'actes immoraux. Voici un commentaire sur Twitter de l'élue Christine Boutin  que signale :

 Cela prendra du temps pour arriver à éliminer ces comportements déplacés des hommes du pouvoir, mais au moins en dénonçant les auteurs d'actes déplacés, les victimes pourraient voir leurs bourreaux affrontés les rigueurs de la loi. Dans le cas de M. Denis Baupin, le parquet a ouvert une enquête.

 

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