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‘Enfants du Pays’, un projet artistique à la mémoire des victimes de la répression au Burundi

One of the artworks shared of the project's Facebook page.

Une des oeuvres partagés sur la page Facebook du projet.

Enfants du pays est le projet d'un collectif de Burundais qui vise à documenter et partager les histoires individuelles de personnes tuées pendant la crise actuelle, pour garder “vivante” leur mémoire.

En avril 2015, les manifestations contre la candidature du président sortant à un nouveau mandat s'étaient heurtées à une répression dégénérant en violence politisée dont l’escalade avait dégénéré en rébellions armées, arrestations massives, exode de population et assassinats.

De nombreux Burundais, de toutes allégeances politiques, ont été pris dans la confrontation. Mais il arrive que la mise en perspective des événements en un tableau d'ensemble oublie quelque peu les histoires individuelles de deuil et de lutte.

Le site des Enfants du pays liste quelques-unes des victimes, avec les témoignages émus de leurs familles et amis. Il évoque par exemple Charlotte Umugwaneza, une militante anti-corruption et adhérente du Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie, trouvée tuée par balles en octobre 2015 après son arrestation par des agents du Service National de Renseignements. Elle laisse un mari et des enfants.

Ou encore Jean Népomucène Komezamahoro, un adolescent abattu par des policiers après s'être trouvé en plein milieu du premier jour des manifestations. Il laisse une famille abasourdie par le chagrin.

L'insécurité rend ardue la collecte de l'information, et les animateurs des Enfants du pays ont quitté le Burundi après la mise en oeuvre du projet l'an dernier, à cause des menaces de violences.

Leur site web définit ainsi leur but :

Cette plateforme a ainsi pour but de raconter l’histoire de ces « enfants du pays » qui s’étaient exprimés pour le respect de la Constitution de la République du Burundi et des Accords d’Arusha, tués pour avoir dit « Non au 3ème mandat ». Elle a pour but de raconter leurs rêves, leurs défis, et dénoncer leur mort injuste et prématurée. Nous nous engageons à raconter leur histoire afin de donner un visage à la lutte, reconnaître leur contribution à la nation et leur rendre hommage.

Le site de journalisme participatif Les Observateurs, hébergé par la chaîne d'information France 24, s'est entretenu avec les auteurs du projet, qui ont expliqué leur décision à la mi-2015 d'agir pour dire leur colère devant la dérive des violences dans leur pays (citation extraite de la version en anglais de l'entretien) :

Il y a eu tant de sang versé que beaucoup de gens ici pensent que la non-violence est vaine. Mais nous restons déterminés. Même si ce projet est épuisant, c'est très de motivant de voir l'importance que cela a pour les familles. La plupart sont tellement heureuses que quelqu'un s'intéresse à leurs êtres chers.

Donner des noms et des visages aux victimes de la crise du Burundi

Le projet veut aussi travailler avec la diaspora burundaise et monter des expositions artistiques dans des villes à travers le monde, pour sensibiliser au coût humain de la crise, avec des oeuvres en rapport avec les victimes et le vécu de l'insécurité, pour ce faire ils ont lancé un financement participatif. Ils ont récemment montré une telle exposition à New York, et en ont partagé des images sur leur page Facebook.

PC Mbonimpa à @ChinatownSoup pour le vernissage de l'exposition artistique de @EnfantsDuPays. Venez nous voir jusqu'au 1er mai !

La peinture du tweet ci-dessus montre Pierre-Claver Mbonimpa, un militant de premier plan des droits humains, victime d'une tentative d'assassinat en 2015, et soigné en Belgique. Il a aussi perdu des membres de sa famille dans des agressions.

Pendant cette crise, la presse indépendante a été lourdement entravée, mais tout du long des journalistes, militants des droits et simples citoyens ont utilisé de façon novatrice les médias pour rendre compte et documenter les événements, que ce soit la radio ou les récits depuis l'exil sur les médias sociaux clandestins.

De même, Enfants du pays se sert des médias pour créer une connexion largement accessible avec le souvenir de ceux qui ont été tués par la violente crise politique, et avec le choc de la perte pour ceux qui restent. De quoi contribuer à nuancer les récits de confrontation grâce à des visages humains. Leur action a reçu d'enthousiastes messages de soutien en ligne. Comme l'écrit sur Twitter @kagapina :

Merci #EnfantsDuPays de faire en sorte que le Burundi et les Burundais ne meurent pas “deux fois”.

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