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En Inde, la collaboration artistique d'une grand-mère et sa petite fille pour créer sur les médias sociaux

Miss Pickles 2010. Image via indrimspickles.com

Miss Pickles 2010. Image via indrimspickles.com

Une vieille dame en blouse de laboratoire fixe la caméra. Elle s'appelle Dr. Indri Pickle, et elle annonce à l'auditoire qu'elle va expliquer la confection des mangues marinées, très aimées dans les pays d'Asie du Sud. Puis elle en inscrit la formule de base sur le tableau noir de son Pickle Lab : soleil + mangues.

Le Dr. Indri Pickle, c'est Inderjit Kaur, diminutif Indri, 84 ans, et elle n'est pas vraiment une spécialiste de la mangue marinée. Dans la vidéo récemment chargée sur YouTube, elle joue. C'est avec l'aide d'outils de médias sociaux comme YouTube, les blogs, Twitter et Facebook — et celle de sa petite-fille Jasmeen Patheja — qu'Indri réalise son rêve de devenir actrice.

Jasmeen, elle, est une artiste, féministe et fondatrice du collectif d'arts publics et de proximité Blank Noise, qui confronte le harcèlement des femmes dans la rue, et elle voulait apprendre la photographie et la vidéo. Sa grand-mère, avec sa vocation d'actrice, est devenue une artiste enthousiaste et sa collaboratrice. Ensemble, elles ont produit une série de performances photo basées sur des personnages choisis par Indri, outre la vidéo du Pickle Lab.

Indri raconte aussi l'histoire de sa vie sur son blog.  Dans le billet, elle indique qu'elle est née et a grandi en Birmanie et se rappelle les attaques des Japonais pendant la Deuxième guerre mondiale, alors qu'elle était toute petite. Elle narre le long voyage entrepris par sa famille pour partir en Inde (Lahore) en 1941. Elle est retournée à Mogok, en Birmanie après la guerre. Indri a été mariée à l'âge de 19 ans et a vécu en Birmanie jusqu'en 1970.

Global Voices a interrogé Indri et Jasmeen sur leur travail.

Global Voices (GV) : Vous avez appris à votre grand-mère l'utilisation des médias sociaux ? Qu'est-ce qui a été difficile pour elle ?

Jasmeen Patheja : Je ne lui ai pas appris à se servir des médias sociaux, j'ai été là pour les lui présenter, ou donner un coup de main en expliquant les concepts, les fonctionnements et les natures de participation sur le web. J'adore qu'elle utilise régulièrement YouTube pour ‘voyager’, elle visite les jardins zen japonais avec YouTube, ou utilise YouTube pour apprendre avec les tutoriels de bonsaï. Elle utilise aussi YouTube pour écouter ses hymnes du matin. Tout ça pendant des années de découverte au hasard de nouveaux espaces sur le web, dont YouTube, Facebook, Twitter. J'interviens quand elle a des questions sur les différentes sortes d'espaces, du genre “Quelle différence y a-t-il entre Instagram, Twitter, Facebook, Tumblr ?”, il y a différents formats, et chacun implique un type différent de fonctionnement. Indri utilise Facebook, Google, YouTube, WhatsApp avec la plus grande facilité. Dès le début, Indri a appris à se servir de paint, Microsoft Word, à jouer aux cartes (solitaire), à envoyer des voeux électroniques.

Indri vit seule et est indépendante. Elle est ravie que l'internet lui permettre d'utiliser les portails web pour faire ses courses (Flipkart/Bigbasket). En ce moment, elle est décidée à apprendre comment réserver un billet pour voyager !

J'ai demandé à Indri ce qui lui paraît le plus difficile, et elle a cité la langue et le vocabulaire.

Inderjit Kaur : Le monde entier apprend, pourquoi pas moi ? J'ai encore beaucoup à apprendre. Il faut aller avec son temps.

Indri Acting

Indri joue dans une performance photo. Image via indrimspickles.com

GV : Qu'est-ce qui vous a donné l'idée et fait avancer dans ce projet ?

Jasmeen Patheja : Je voulais prendre des photos. Ma grand-mère voulait jouer. Ma grand-mère Indri et moi collaborons depuis des années.

J'ai aussi suivi une école de Beaux-Arts, spécialité photographie/arts de proximité. Le désir d'Indri d’être actrice a été le point de départ de cette collaboration. Cette prémisse a conduit à un échange mutuel, a abouti à une série de performances photo basée sur les personnages qu'Indri désire endosser. La collaboration naît du jeu, de la curiosité, du désir. Indri incarne une reine, une femme politique, une scientifique.

Nous collaborons parce que nous nous amusons dans l'affaire. Nous pensons toues les deux que nous “nous perdons dans le jeu de rôle et la réalisation des photos”, cela nous fait grandir toutes les deux. Cela nous rend heureuses.

Le Indri Pickle Lab est sorti de la série la plus longue de performances photo, Indri y joue une scientifique fabricant des mangues marinées dans son laboratoire. L'idée est venue spontanément, mais aussi d'observer la confection des pickles, la précision, la science, le labeur et la transmission du savoir.

Jasmeen Patheja with her Grandma Indrajit Kaur.

Jasmeen Patheja avec sa grand-mère Indrajit Kaur. Image via indrimspickles.com

GV : Comment ont réagi vos lecteurs ?

Jasmeen Patheja : De façon très affectueuse et avec beaucoup d'encouragements aussi. Indri et moi nous sommes faits de nouvelles amies par cette collaboration. Les femmes (amies de la famille et famille étendue) de l'âge d'Indri ont répondu avec surprise, encouragements, exprimant souvent le désir de faire elles aussi équipe avec leurs petites-filles.

Nous sommes aussi allées ensemble en résidence à l'Akademie Schloss Solitude [un programme allemand de résidences artistiques] en 2010, une institution qui a soutenu cette collaboration dès ses débuts.

Les lecteurs ont réagi avec amour et encouragement et nous sommes très heureuses d'avoir créé quelque chose qui est reçu avec amour.

Indri posing

Indri prend la pose. Image via indrimspickles.com

GV : Beaucoup d'individus de notre génération perdent le contact avec leurs parents âgés car les familles deviennent plus éclatées et les gens vivent loin les uns des autres. Comment les médias sociaux et les outils du web peuvent-ils contribuer à jeter des ponts ?

Jasmeen Patheja : Ma famille est dispersée à travers villes et pays. Je vis à Bangalore, ma grand-mère vit à Calcutta. A ce jour ma grand-mère n'a pas vu ses petits-fils depuis deux ans, ni ne connaît son arrière-petite-fille de cinq mois. Son désir d'être en contact l'amène à utiliser le web. Oui, l'internet peut jeter des ponts.

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