Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Sur la route des Etats-Unis, les femmes migrantes s'organisent contre les agressions sexuelles

Central American migrants find quarter in southern Mexico. Image by Flickr user Peter Haden (CC BY 2.0)

Les migrantes originaires d'Amérique centrale trouvent refuge dans le sud du Mexique. Image du compte Flickr  de Peter Haden (CC BY 2.0).

Pour rejoindre les Etats-Unis, de nombreuses femmes migrantes centraméricaines traversent le Mexique, où les féminicides et les disparitions de femmes ont atteint des niveaux alarmants. De nombreux acteurs et institutions sont responsables des violences contre les femmes et les migrants : les représentants de l'Etat, les passeurs et les trafiquants de drogue. Les inégalités, la corruption, les politiques anti-immigration, la pauvreté et la militarisation croissante des frontières sont autant de facteurs socio-économiques, historiques et politiques qui expliquent également ces violences.

Plusieurs études ont montré que 80% des femmes et des filles d'Amérique centrale qui tentaient de traverser le Mexique étaient violées.

Les disparitions de femmes se sont multipliées au Mexique. Les violences contre les femmes mexicaines accablent des villes comme Ciudad Juárez et Mexico depuis des années, des villes où les femmes portées disparues sont retrouvées mortes ou dont on n'entend plus jamais parler. Dans la seule ville de Mexico, 187 signalements concernant des femmes disparues ont été effectués cette année en l'espace de trois mois. Parmi ces femmes, beaucoup seraient victimes de féminicides – le terme qui, dans le domaine des violences de genre, désigne le meurtre d'une femme parce qu'elle est une femme.

A l'échelle nationale, le nombre de féminicides a augmenté de 55% au Mexique entre 1990 et 2011. D'après un rapport rédigé par ONU Femmes en 2012, les cas de féminicides dans le pays ont augmenté de façon constante depuis 2007. Plus récemment, l'observatoire citoyen national sur les féminicides (OCNF), une coalition qui recueille des données sur le crime, a établi que seules 24% des affaires donnaient lieu à une enquête de la part des autorités et que, parmi celles-là, 1,6% ont débouché sur une condamnation en 2012 et 2013.

Dans le même temps, les violences contre les femmes migrantes qui franchissent la frontière sud du Mexique pour se rendre aux Etats-Unis au nord ne bénéficient toujours pas d'une telle visibilité, ce qui a des conséquences dramatiques. Un rapport d'Amnesty International datant de 2010 et intitulé « Victimes invisibles : Des migrantes sur la route au Mexique » [en]  indique que les violences sexuelles perpétrées servent souvent de moyen de paiement pour passer les deux frontières nationales au sud et au nord :

Many criminal gangs appear to use sexual violence as part of the “price” demanded of migrants. According to some experts, the prevalence of rape is such that people smugglers may require women to have a contraceptive injection prior to the journey as a precaution.

Il s'avère que de nombreux groupes criminels se livrent à des violences sexuelles [qu'ils considèrent] comme partie intégrante du « prix » à payer pour les migrants. Selon certains spécialistes, la prévalence du viol est telle que les passeurs peuvent exiger des femmes qu'elles se fassent faire une injection contraceptive avant le voyage au cas où.

La résistance des femmes face à la violence

Des récits d'agressions sexuelles ont circulé parmi les femmes dans leurs pays et communautés d'origine, et certaines agissent en conséquence pour se préparer à la route vers le nord. Beaucoup prennent le contraceptif  Depo-Provera, aussi connu sous le nom d’injection anti-Mexique, afin de ne pas tomber enceintes. Les femmes migrantes voyagent aussi en groupe avec d'autres femmes pour se sentir en sécurité et protégées.

Et tout au long de leur périple migratoire, les migrantes centraméricaines reçoivent de l'aide des bénévoles des refuges de migrants et de femmes compatriotes.

Dans la vidéo qui suit tournée par le Centre international pour les droits humains des migrants (CIDEHUM pour son acronyme en espagnol) dans le cadre de sa campagne « Les femmes migrantes transforment le monde », Lourdes Martínez Gómez, une jeune femme qui vit dans l'Etat de Mexico, distribue des sacs de nourriture et de sous-vêtements aux femmes qui voyagent sur le toit des trains de marchandises traversant la municipalité de Huhuetoca.

Dans la vidéo, Lourdes déclare :

Las mujeres son un punto a agredir más fácil. Quizá más indefenso que el hombre todavía y más si son mujeres migrantes.

Les femmes sont des cibles plus faciles. Peut-être encore plus vulnérables que les hommes a fortiori si ce sont des femmes migrantes.

Si les migrantes ont trouvé des moyens de se protéger et reçoivent le soutien de militantes, l'accès à la justice reste particulièrement difficile pour les victimes d'agressions sexuelles. Le Mexique a adopté une politique renforcée de détention et d'expulsion vis-à-vis des migrants, et entrer en contact avec les autorités pour signaler les crimes fait courir des risques importants.

La militarisation de la frontière sud du Mexique fait suite à une demande des Etats-Unis pour de prétendues questions de sécurité régionale, et sur fond d'accords commerciaux comme l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et plus récemment l'Alliance pour la prospérité. Les mesures répressives contre les immigrés en provenance d'Amérique centrale requièrent des ressources, des équipements et la formation des forces de l'ordre en vertu du programme Frontière Sud. Cette militarisation condamne les femmes migrantes à endurer de terribles violences, elles qui traversent des zones extrêmement dangereuses pour éviter d'être arrêtées. La frontière nord du Mexique est également l'objet d'une militarisation accrue.

Les migrants centraméricains fuient la violence de leur pays d'origine depuis longtemps déjà et les femmes y sont confrontées à une augmentation des violences de genre depuis une date récente. D'après un document de l'ALENA, le triangle nord de l'Amérique centrale (qui comprend Le Salvador, le Guatemala et le Honduras) se situe dans le top 10 des pays du classement mondial des féminicides. L'assassinat il y a peu de la militante écologiste hondurienne et lauréate du Prix Goldman pour l'environnement Berta Cáceres a mis en lumière la réalité effroyable des violences contre les femmes y compris militantes en Amériques centrale.

Des organisations issues de la société civile font pression pour obtenir un changement de politique afin de protéger les femmes migrantes. Des spécialistes ont demandé que soient délivrés des visas touristiques et humanitaires aux migrantes qui se trouvent au Mexique pour limiter les violences imposées par une politique frontalière hautement militarisée et les cartels de la drogue sur place.

Dans une note de synthèse publiée plus tôt cette année, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés a appelé à accélérer la mise en place de mesures de protection et à adopter une stratégie régionale visant au partage des responsabilités dans la crise des migrants.

« Le HCR estime que la situation actuelle en Amérique centrale est une crise de la protection. Nous sommes particulièrement inquiets du nombre croissant d'enfants non accompagnés et de femmes sur les routes qui sont confrontées au recrutement forcé dans des gangs criminels, aux violences de genre et aux meurtres, » témoigne le porte-parole du HCR Adrian Edwards.

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
Non merci, je veux accéder au site