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Pour que les auteurs de poèmes écrits en prison pendant la dictature en Argentine ne soient plus anonymes

Pages du carnet de Rawson. Utilisé avec l'autorisation des archives de la mémoire de la province de Chubut (Archivo Provincial de la Memoria del Chubut)

Pages du carnet de Rawson. Utilisé avec l'autorisation des archives de la mémoire de la province de Chubut (Archivo Provincial de la Memoria del Chubut)

La guerre sale en Argentine entre 1974 et 1983 a marqué une période sombre de l'histoire de ce pays, durant laquelle on estime que 30 000 personnes ont été tuées. Plusieurs milliers de civils ont été kidnappés, emprisonnés, torturés et assassinés. Ouvriers, étudiants, enseignants, journalistes, militants, quiconque exprimait la moindre contestation de la dictature de droite — tous ont subi la brutalité de ses escadrons de la mort.

Des centres clandestins de détention répartis dans tout le pays ont détenu des citoyens argentins. La prison de Rawson, prison de haute sécurité isolée, dans la province de Chubut, était l'un des centre les plus extrêmes. On estime que de 10 000 à 12 000 prisonniers politiques ont été détenus à Rawson entre 1975 et 1984. D'anciens prisonniers qui y ont été détenus l'ont qualifié de camp de concentration légal.

Pages du carnet de Rawson. Utilisé avec l'autorisation des archives de la mémoire de la province de Chubut (Archivo Provincial de la Memoria del Chubut)

Pages du carnet de Rawson. Utilisé avec l'autorisation des archives de la mémoire de la province de Chubut (Archivo Provincial de la Memoria del Chubut)

En 1983, Hebe Mabel Garro, professeur de littérature qui enseignait en prison, est sortie de Rawson avec un carnet de poésies composées par des détenus entre avril 1982 et août 1983. Aucun de ces textes ne portait la signature de son auteur.

Aujourd'hui, 40 ans après le coup d'Etat, ces poèmes ont été publiés. Leurs auteurs ont enfin un public pour entendre leur voix, mais ils restent des écrits anonymes. Cosecha Roja (Moisson rouge), un réseau d'organisations de journalisme juridique et des droits humains, a initié la campagne #CuadernodeRawson (carnet de Rawson) afin de retrouver les auteurs à l'origine de ces écrits.

Il était interdit d'écrire en prison. Les prisonniers cassaient la pointe d'un crayon et utilisaient du papier à cigarette pour écrire. La poésie créée à Rawson transcendait les limites physiques de la prison ; elle constituait un témoignage brut exprimant ce qui ne pouvait pas être transmis par de simples discours.

Les poèmes évoquent tous l'obscurité, la faim, la solitude et la colère. Mais aussi la nostalgie de la perte et l'espoir. Un exemple, avec un poème intitulé “Vamos Andando” (Nous marchons):

Vamos Andando

Por todos los chicos que sueñan y cantan
por todos los chicos que esperan
por los que recuerdan
por la mano tierna que busca una mano
y que no la encuentra
por los cuentos de hadas
que ya nadie cuenta
por los que interrogan en cada mirada
a la vieja abuela
a la dulce hermana
por los que conversan con mama en secreto
u le inventan juegos
como si estuviera
por los que recorren semana a semana
un itinerario
de muros hostiles, de gestos extraños
con una sonrisa que tiembla en los labios
y aplastan la ñata contra un vidrio helado
por todos los chicos que sueñan y cantan
por todos los chicos que buscan
de noche una estrella
en el alto cielo
por todos los chicos que esperan
la hora del sol
por todos ustedes seguimos andando

Nous marchons

Pour tous les enfants qui rient et chantent
Pour tous les enfants qui attendent
pour ceux qui se rappellent
pour la main douce qui cherche une autre main
et ne peut la trouver
pour les contes de fées
que plus personne ne raconte
pour ceux qui interrogent dans chaque regard
la vieille grand-mère
la douce soeur
pour ceux qui discutent en secret avec leur mère
et inventent des jeux comme si elle était là
pour ceux qui parcourent semaine après semaine
un itinéraire
de murs hostiles, de gestes étranges
avec un sourire tremblant sur leurs lèvres
et le nez écrasé contre une vitre gelée
pour tous les enfants qui rêvent et chantent
pour tous les enfants qui cherchent
une étoile la nuit
dans le ciel immense
pour tous les enfants qui attendent
l'aurore
pour vous tous nous continons à marcher

Le carnet sorti clandestinement de Rawson U6 compte 84 pages jaunies si fines que les lettres transparaissent à travers les feuillets. La couverture représente un voilier flottant sur l'eau.

Les auteurs de 18 poèmes anonymes restent à identifier. “Cosecha Roja” espère qu'en identifiant les poètes de Rawson, il sera possible de tourner dans une certaine mesure la page associée à la douloureuse période de l'histoire de l'Argentine. Tout auteur de l'un des textes ou toute personne qui connaîtrait l'un des auteurs est invité à contacter info.cosecharoja@gmail.com et centrocultural.dhchubut@gmail.com.

Cahier de Rawson

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