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Le #Brexit fait exulter les populistes des Balkans

To illustrate schadenfreude -- pleasure derived from misfortune of others -- Wikipedia used the painting "Taming the Donkey," by Eduardo Zamacois y Zabala (1868), in which a group of monks laughs while the lone monk struggles with the donkey. (Public Domain).

Wikipedia illustre la Schadenfreude — le plaisir inspiré par le malheur d'autrui — par le tableau “La domestication de l'âne” d'Eduardo Zamacois y Zabala (1868), montrant des moines s'esclaffant en regardant la lutte de leur frère avec l'animal. (Domaine public).

Si les réactions officielles de la plupart des gouvernements dans les Balkans ont été d'inquiétude pour l'Union Européenne (UE) après le Brexit, les représentants des partis d'extrême-droite ont exulté sur les médias sociaux.

Comme l'a écrit le site Balkan Insights, les premières réactions officielles de la région balkanique au vote négatif de la Grande-Bretagne sur l'UE ont été sombres : “Les responsables des Balkans ont exprimé vendredi leurs inquiétudes sur l'avenir incertain de l'UE après la décision des électeurs britanniques de quitter l'Union, tout en affirmant leur engagement vis-à-vis de l'intégration européenne”.

Pendant ce temps, joie et Schadenfreude [la joie maligne] — une jubilation ouverte devant le “décès” de l'UE — étaient déversées sur les réseaux sociaux par les représentants de la droite, au pouvoir comme dans l'opposition, jusques et y compris par le trans-continental Parti populaire européen. Tout en professant des valeurs européennes devant leurs mandants, ces partis distillent fréquemment l'euro-scepticisme voire l'europhobie.

Un des refrains rabâchés par les nationalistes dans les Balkans est “A quoi bon adhérer à l'UE et à l'OTAN, qui finiront tôt ou tard par se disloquer, comme l'a fait la Yougoslavie ?” Les Macédoniens ont récemment pu lire que même leur précédent Premier Ministre, Nikola Gruevski, a reçu de telles “paroles de sagesse” d'une voyante qui le conseillait :

She also advises against Macedonian joining the European Union because she is worried that the ‘EU will fall apart’ and concludes that NATO will remain a factor but will be ‘artificially maintained’.

Elle déconseille aussi à la Macédoine d'adhérer à l'Union Européenne, parce qu'elle craint que ‘l'UE se désagrège’ et conclut que l'OTAN continuera à exister mais sera ‘maintenue artificiellement’.

Le thème de la désintégration prochaine de l'UE a été repris par le président turc Erdoğan, qui a averti que d'autres pays quitteront l'UE. Le Premier Ministre adjoint Mehmet Şimşek a tweeté :

Vous ne voulez pas ouvrir la boîte de Pandore… Au fait elle l'est déjà avec le Brexit

Le président macédonien Gjorge Ivanov a quant à lui déclaré : “Nous sommes inquiets que l'UE puisse suivre le même chemin que la Yougoslavie”.

La joie des populistes

Une des explications de la joie manifestée par les nationalistes balkaniques est le sentiment que la fracture détourne l'attention de l'UE de sa périphérie, et affaiblisse sa capacité à exiger le type de réformes susceptibles d'affecter tant les souverainetés nationales que la mainmise des élites corrompues sur le pouvoir.

Une des premières réactions publiques au Brexit s'est produite le matin suivant l'annonce des résultats du référendum britannique. Vojislav Šešelj, un politicien serbe d'extrême-droite actuellement dans l'opposition, a tweeté, avec une métaphore provenant du folklore des vampires :

Quel beau matin d'été, et quelle belle nouvelle qui a rempli de joie toute la patrie serbe. Les Anglais ont transpercé d'un épieu de bois le coeur du cadavre de l'Union Européenne.

La Macédoine a été scandalisée par un tweet de Gordana Jankuloska, ex-ministre de l'Intérieur et dirigeate de haut rang du parti au pouvoir, le VMRO-DPMNE. Elle a moqué la décision britannique de sortir de l'UE en tweetant “Et maintenant ?” à l'ambassadeur britannique, Charles Garret :

Mme Jankuloska a bénéficié dans le passé d'une bourse d'études du gouvernement britannique. Les mots qu'elle a choisis, “Et maintenant ?” (“Sega šu prajme?”) rappellent son “Qu'est-ce qui se passe ?” (“Šu praiš?”) avec lequel elle s'adressait à son confident, alors ministre des Finances Zoran Stavrevski, dans des enregistrements ayant fuité, en rapport avec une enquête en cours des services du Procureur Spécial sur une corruption politique au plus haut niveau. Mme Jankulovska figure parmi les principaux suspects dans l'affaire.

En 2015, l'opposition avait utilisé l'expression “Šu praiš” pour parodier Jankuloska — entre autres dans des graffiti, que le parti au pouvoir avait fait recouvrir. Sa réutilisation de la phrase peut se comprendre comme une annonce de son impunité des activités mafieuses suggérées par les enregistrements. Son tweet a été re-tweeté par d'autres droitiers — y compris des ministres actuels — mais a aussi obtenu des centaines de réponses, dont beaucoup étaient : “Maintenant, tu iras en prison”.

"Šu praiš" ("What's up") graffiti in Skopje. Photo by Meta.mk News Agency, used with permission.

“Šu praiš” (“Qu'est-ce qui se passe “) en graffiti à Skopje. Photo de l'agence de presse Meta.mk, utilisée avec autorisation.

Vers de nouveaux référendums ?

Certains politiciens populistes ont saisi l'occasion des résultats du référendum britannique pour préconiser la tenue d'autres référendums dans leurs pays.

Ainsi, le Président de la Republika Srpska (la république serbe de Bosnie, RS) Mirolad Dodik, a dit son engagement au processus d'adhésion à l'UE, tout en notant que le Brexit servait à “affirmer la force accrue des référendums en tant que décision définitive sur les questions nationales, et que cela s'appliquerait à la RS dans un certain temps”. Allusion au désir de sécession d'avec la Bosnie-Herzégovine, il a ajouté que le droit au référendum était jusqu'à présent “sévèrement refusé” à la RS.

En Serbie, les europhobes du parti Démocrate de Serbie ont exigé que le président tienne sa promesse d'organiser un référendum sur l'entrée de la Serbie dans l'UE et l'OTAN. Un tel référendum est supposé saper les efforts pro-UE du Premier Ministre Vučić.

En Slovaquie, le parti d'extrême-droite Kotleba – parti populaire Notre Slovaquie a lancé une pétition pour un référendum sur l'appartenance à l'UE.

Quelle sera la suite ?

Reflétant une partie des sentiments du reste de l'Europe Centrale et Orientale, Ingo Mannteufel, directeur du département Europe de la Deutsche Welle et rédacteur en chef de DW en russe, a commenté que si les réactions officielles russes seraient diplomatiques, le Kremlin allait fêter en privé, car l'UE serait désormais occupée par ses propres maux. Le Brexit a réalisé l'objectif russe d'éloigner les Balkans de l'UE :

Ни о каком дальнейшем расширении Евросоюза сейчас не может быть и речи. Плохая новость для всех украинцев, молдаван и грузин: расширение ЕС за счет приема бывших советских республик или балканских государств отодвигается на далекое-далекое будущее. И даже скорую отмену визового режима с Украиной или Грузией сейчас трудно себе представить.

Maintenant il ne peut plus être question d'élargissement supplémentaire de l'Union Européenne. Une mauvaise nouvelle pour tous les Ukrainiens, Moldaves et Géorgiens : l'extension de l'UE par l'entrée des ex-républiques soviétiques ou des Etats balkaniques se dérobe dans un futur lointain. Et il devient difficile d'imaginer une abolition prochaine du régime des visas avec l'Ukraine ou la Géorgie.

Cependant, un des tweets les plus re-tweetés sur le Brexit avait une tonalité optimiste et guère orthodoxe, au vu de sa source. Il provenait des Affaires Etrangères d'Allemagne, à la fin de l'interminable journée suivant l'annonce des résultats du référendum.

On s'en va maintenant dans un pub irlandais pour se saouler dans les règles. Et dès demain on se remettra au travail pour une meilleure Europe ! Promis !

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