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A Taïwan, la première grève du secteur aérien pourrait inciter d'autres travailleurs à défendre leurs droits

China Airline strike

Grève des personnels navigants commerciaux de la compagnie China Airlines à Taipei le 24 juin. Crédit photo : Brian Hioe. Reproduction de Global Voices autorisée.

Le 24 juin, Taïwan a connu pour la première fois de son histoire une grève dans le secteur aérien. Des milliers d'hôtesses et stewards de China Airlines (CAL) [fr] opposés à un changement de leurs conditions de travail se sont dans un premier temps rassemblés devant le siège de la succursale de Taipei. La grève s'est ensuite étendue de manière spectaculaire à l'occupation de Nanjin East Road dans le centre-ville [où se trouve le siège de la compagnie]. Le mouvement social a provoqué l'annulation de 122 vols vendredi 24 et samedi 25 juin ; près de 10.000 passagers ont été affectés.

La grève a pris fin le même jour lorsque les personnels navigants de China Airlines ont obtenu d'importantes concessions de la compagnie. Et leur succès n'est pas passé inaperçu auprès des travailleurs taïwanais d'autres secteurs.

L'élément déclencheur de la grève a été la décision unilatérale de la direction de China Airlines de modifier le lieu où les hôtesses et stewards doivent s'enregistrer sans en avoir discuté au préalable avec eux. Cela a des répercussions sur le calcul de leurs heures de travail, réduit le temps pour se présenter à leur poste avant le décollage de 140 à 90 minutes et leur temps de récupération après le vol de 60 minutes à 30 minutes seulement.

En diminuant les horaires de travail, la compagnie peut caser davantage de vols dans l'emploi du temps des personnels navigants sans leur donner droit à un temps de récupération normal entre les vols. Autrement dit, la changement prive les salariés d'une partie de leur temps de récupération. Par ailleurs, un nouveau contrat que l'entreprise les a récemment contraints de signer fait passer leur temps de travail de 174 à 220 heures par mois.

Les tensions entre les personnels navigants et l'entreprise taïwanaise majoritairement publique se sont accrues au fil des ans. China Airlines a été critiquée pour ses heures de travail à rallonge et les faibles rémunérations de celles et ceux qui travaillent les vacances et jours fériés.

Des manifestations de moindre ampleur se sont déroulées ces deux dernières années. En septembre 2014, des hôtesses de l'air et stewards ont protesté contre l'augmentation des vols de nuit et la réduction des personnels navigants sur les vols. En réaction, la direction de la compagnie a émis un avertissement à leur encontre pour avoir protesté et leur a suggéré d'évoquer le sujet lors de négociations plutôt que par la contestation.

En janvier 2015, les employés de China Airlines ont de nouveau exprimé leurs revendications concernant les salaires et les bonus. La direction n'a pas répondu à leur attente, mais les a pénalisés en transférant leur travail au service client et en les obligeant à suivre une formation de reclassement.

Suite à une manifestation très suivie d'employés de la compagnie fin mai, les dirigeants ont licencié deux membres du syndicat des techniciens. Dans le même temps, le syndicat des personnels navigants commerciaux s'est prononcé en faveur d'un mouvement social qui pourrait forcer la direction à les prendre au sérieux. Cette fois-ci, 2.535 des 2.638 membres du syndicat ont voté pour la grève.

Après cinq heures de négociations, la compagnie a accepté sous la pression du gouvernement de revenir à l'ancien système de calcul du temps de travail, de mener une concertation avec les représentants syndicaux concernant les futurs changements de politique interne, de garantir des congés suffisants, et d'augmenter les indemnités journalières des personnels navigants sur le lieu de destination. La grève s'est achevée le 24 juin tard dans la soirée.

L'un des manifestants a déclaré sur Facebook que :

今天華航員工被資方壓榨,其實只是全台灣勞工的縮影
台灣的經濟成長率幾乎年年為正,請問你的薪水有漲嗎?[…]
就算企業賺錢,打工仔還是領最低薪資、老闆還是給你差不多的薪水,剩下的錢通通進到他們口袋
社會資源都大集團壟斷、勞資越來越不平衡,也難怪年輕人看不到未來,怎麼拼都還是條魯蛇
所以,就讓我們開革命的第一槍吧!

Aujourd'hui, le personnel de China Airlines est exploité par les dirigeants, et c'est seulement un exemple parmi tant d'autres auxquels les travailleurs sont confrontés au quotidien à Taïwan. La croissance du PIB est dans le vert presque tous les ans à Taïwan, mais votre salaire a-t-il augmenté ? […]

Même quand les entreprises gagnent beaucoup d'argent, les employés payés à l'heure gagnent seulement le salaire minimum, et le patron vous verse pratiquement le même salaire [que les salariés payés à l'heure]. Et il empoche le reste.

Les ressources sociales sont monopolisées par les grandes entreprises, et les relations entre les travailleurs et la hiérarchie sont de plus en plus asymétriques. Pas étonnant que les jeunes ne puissent pas se projeter dans le futur, ils sont condamnés à être des perdants quelle que soit la quantité de travail qu'ils fournissent.

Alors tirons le premier coup de feu de cette révolution.

« Personne ne devrait trimer comme un esclave quel que soit son métier »

Les mesures mises en place par la direction de China Airlines à l'origine du mouvement social ne sont pas un cas isolé. Le milieu entrepreneurial taïwanais a récemment fait du lobbying auprès des législateurs dans le but d'introduire de nouveaux amendements à la loi sur les normes au travail, ce qui empêcherait le gouvernement d'assurer la protection des travailleurs concernant leurs heures de travail et permettrait aux entreprises d'augmenter le volume horaire des travailleurs autant qu'elles le veulent.

Lors d'une audition publique portant sur le temps de travail dans le Yuan législatif [Parlement taïwanais] le 21 juin, le directeur exécutif de la Chambre générale de commerce, une organisation qui défend les intérêts des entreprises, a proposé d'étendre à 60 heures par mois la limite supérieure des heures supplémentaires car « c'est bon pour la santé et les revenus des travailleurs. »

Si le monde des affaires continue de plaider pour une augmentation du nombre d'heures travaillées, il ne serait pas surprenant qu'il rencontre de plus en plus d'opposition de la part des employés, surtout dans la foulée du succès des hôtesses et stewards de China Airlines. De fait, la grève dans le secteur aérien a incité des travailleurs d'autres corps de métier à mener une réflexion sur leurs droits au travail et à envisager une future action collective afin d'améliorer leurs conditions de travail.

Le comité préparatoire du syndicat hospitalier de la ville de Taipei a indiqué sur sa page Facebook :

空服員在刻板印象總是年輕、漂亮、語言能力佳等小資階級特質[…] 但願這非單一階級的勝利,而能將這勝利延伸到更多其他不美、不年輕、不優勢的階級群眾。

Les hôtesses de l'air et les stewards sont toujours perçus comme étant jeunes, beaux, s'exprimant bien, etc, ces aspects « petit-bourgeois ». […] Aujourd'hui, les personnels navigants de China Airlines ont écrit une nouvelle page dans l'histoire des mouvements sociaux à Taïwan. J'espère que ce succès ne se limitera pas à cette catégorie de travailleurs, et qu'il pourra être étendu à d'autres catégories moins belles, moins jeunes et moins privilégiées.

Les personnels de santé taïwanais se plaignent de leurs conditions de travail depuis des années, mais connaissent des difficultés particulières pour faire grève. Dans la loi, la direction doit approuver la grève ; toute autre action serait considérée comme illégale. La loi vise à protéger les patients, mais de plus en plus de travailleurs du secteur de la santé affirment que leurs droits rejoignent l'intérêt des malades :

看到有人提出如果護理師罷工,病人死掉誰來負責的說法
我想問的是,那如果醫護人員超時工作過度疲勞造成給藥錯誤開錯刀醫錯病,為什麼這種情況造成病人死亡時就要醫護人員買單!?我們有準時下班的選項嗎?沒有!那為什麼我們活該被告!?
沒有什麼職業天生應該被當奴才一樣的存在,沒有什麼職業應該要燒光自己只為點亮別人,不要再說醫護本來就是高道德標準的工作

J'ai entendu des gens demander qui devrait être tenu pour responsable si des patients meurent lorsque les infirmières sont en grève.
Ce que j'aimerais savoir, c'est pourquoi les personnels de santé devraient assumer la responsabilité des erreurs qu'ils commettent quand ils sont trop fatigués à cause des horaires à rallonge. Avons-nous la possibilité de quitter notre travail à l'heure ? Non ! Alors pourquoi devrions-nous être attaqués en justice pour ce genre d'erreurs !?

Personne ne devrait trimer comme un esclave quel que soit son métier. Personne ne devrait rendre les autres joyeux tout en en se consumant soi-même quel que soit son métier. Par pitié, ne dites pas que les personnels de santé devraient avoir des exigences morales plus élevées.

La grève des hôtesses de l'air et stewards représente en quelque sorte un avertissement pour les travailleurs taïwanais dans d'autres secteurs qui pourraient être concernés par la proposition de révision de la loi sur les normes au travail. Les parlementaires qui avaient approuvé la révision sont maintenant sous pression après ce qui s'est passé avec la grève. Le 27 juin, le milieu des affaires, sentant que ses intérêts étaient menacés par le succès de l'action syndicale menée par les employés de China Airlines, a décidé de suspendre toute négociation avec le gouvernement et les travailleurs en ce qui concerne de futurs textes de loi portant sur les jours fériés et le temps de travail.

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