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Si j'avais une arme…

PHOTO: Public domain from Pixabay.

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(Article d'origine publié le 8 juillet) Ecoutez la voix de Jeronimo Yanez après qu'il a tiré sur Philando Castile [le 6 juillet 2016]. Ce que j'ai entendu : la voix d'un homme qui espérait être le bon gars au pistolet, se rendant compte qu'il pourrait aussi être le méchant – le peureux, le garçon qui se protège contre le mal, et qui ne protège pas les autres d'une menace imminente, comme il aurait pu se l'imaginer en tant qu'officier de police.

Ou au minimum, j'entends dans sa voix la prise de conscience que tirer sur un homme en présence d'une femme et son enfant dans la voiture est ignoble et calamiteux, et n'a rien d'héroïque. A mes oreilles, il n'y avait rien d'autre que de la douleur et de la peur dans sa voix.

J'ai également pensé à Castile. Il portait une arme à feu parce qu'il imaginait qu'elle pourrait le garder en sécurité. Peut-être que lui aussi avait des fantasmes ou des histoires qu'il se racontait où il utiliserait l'arme à feu pour protéger les personnes dont il se souciait. Si ni l'un ni l'autre n'avait eu une arme, Castile serait probablement vivant, libre de faire des erreurs, aimer, haïr et grandir, Yanez aurait probablement déjà oublié le procès verbal dressé pour un feu arrière défectueux et Diamond Reynolds et sa fille ne seraient pas hantées par des cauchemars pour le restant de leur vies.

Je pense à tous ces moments où la violence a traversé ma vie en insérant mentalement une arme dans ma main. Il y a quelque semaines, mon fils et moi avons assisté sur Telegraph à l'agression d'une femme. Je suis intervenu et j'ai dit quelque chose de stupide comme, “Eh, arrêtez, ca ne se fait pas !” Cela a rompu le charme. Le gars m'a regardé, fait un clin d'oeil et est parti. Ensuite il est revenu et s'est excusé auprès d'elle et de moi (d'une manière assez bizarre, mais ça c'est une autre histoire – et oui, j'ai appelé la police, ou essayé du moins – mais ça aussi c'est une autre histoire). Et si j'avais eu une arme sous ma veste ? D'un geste de la main je l'aurais saisie. La présence d'un revolver aurait pu envenimer les choses. Mon fils aurait pu me voir finalement tirer sur cet homme, ou tirer sur un passant. J'aurais même pu tirer sur mon fils, dans le pire des cas.

Rien de cela ne s'est passé.Tout le monde est vivant. Quand je repense à toutes les fois où j'ai été agressé ou menacé ou témoin de violence, je n'ai pas le souvenir d'une fois où une arme à feu aurait été bénéfique au final. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura jamais une situation où une arme pourrait aider. Mais mon expérience me dit que cette situation sera l'exception qui confirme la règle.

Pendant le week-end, ma compagne et nos garçons sont passés devant un magasin d'armes. Evidemment, les garçons voulait entrer pour regarder les couteaux, épées et armes à feu. J'ai compris pourquoi : ils ont été nourris par des images de bons gars avec des revolvers pendant toute leur vie, et ils veulent se glisser dans ces fantasmes le temps d'un instant. Je ne doute pas que Jeronimo Yanez et Philando Castile aient été un jour comme mes garçons.

Par ennui, je regardais les pancartes en vente sur les murs du magasin : Restez dehors ! Propriétaire armé et dangereux ! Le contrôle des armes à feu peut frapper votre cible ! Tout respirait la peur et l'isolement. Rien ne disait : Respirez et  comptez les bonnes choses de la vie, rappelez-vous que nous sommes tous faillibles et précieux.

 

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