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L'Académie Royale espagnole préfère « tous » à « tous et toutes »

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Photo prise sur le compte Flickr de Camisetas de SANTI OCHOA et republiée sous licence Creative Commons.

La Real Academia Española (RAE, l'Académie Royale espagnole), l'institution chargée de normaliser la langue espagnole, a publié sa position sur l'usage linguistique du féminin et du masculin dans des termes tels que « tous et toutes » ou « travailleurs et travailleuses » qui, lorsqu'ils font référence à des personnes des deux sexes, se mettent au masculin au pluriel.

Le site Clases de Periodismo résume ainsi le rapport de l'institution intitulé «Sexisme linguistique et visibilité de la femme » rédigé par Ignacio Bosque :

El informe de la RAE critica las nuevas guías sobre lenguaje no sexista elaboradas en España por universidades, sindicatos o gobiernos regionales, que proponen, por ejemplo, usar palabras como “la ciudadanía” en lugar de “los ciudadanos” o “el profesorado” en lugar de “los profesores” para hablar de grupos compuestos por hombres y mujeres”.

Tras criticar y resaltar la nula practicidad del “desdoblamiento” genérico -como el citado “todos y todas”- para evitar la supuesta caída en el sexismo, así como el uso indebido del símbolo “@” para superponer el uso femenino de la “a” y el masculino de la “o”, el lingüista descartó la viabilidad de las recomendaciones de las guías”.

Le rapport de la RAE critique les nouvelles directives portant sur l'usage non sexiste de la langue élaborées en Espagne par des universitaires, des syndicats et des gouvernements régionaux, qui proposent par exemple d'utiliser des mots tels que « la citoyenneté » au lieu des « citoyens » ou « le professorat » à la place des « professeurs » pour parler des groupes composés d'hommes et de femmes.

Après avoir critiqué et mis en évidence l'absence de commodité du dédoublement générique – comme dans le cas des termes « tous et toutes » mentionnés – dans le but d'éviter les supposées dérives sexistes, ainsi que l'usage abusif du symbole « @ » pour superposer la marque du féminin « a » et celle du masculin « o » , le linguiste a considéré que les éléments présents dans les directives ne pouvaient être appliqués.

Ignacio Bosque signale selon le site que « l'usage générique du masculin pour désigner les deux sexes est très enraciné dans le système grammatical » espagnol et que « forcer [un changement] des structures linguistiques » est un non-sens.

Mais pourquoi cette mise au point ? Le problème n'est pas nouveau, la RAE ayant déjà précisé sa position en 2012.

Le site du journal argentin La Nación avait alors publié ce qui suit à ce sujet :

A la Real Academia Española (RAE) le llamó la atención el uso creciente de un latiguillo lingüístico en América latina: un artículo de la Constitución de Venezuela habla de “venezolanos y venezolanas”, y la presidenta Cristina Kirchner comienza siempre sus discursos dirigiéndose “a todos y a todas”.

La corriente “reformista” ya ha tenido varios ejemplos, además de los que brindan la Constitución venezolana y la presidenta Kirchner. El 15 de mayo del año pasado, la Puerta del Sol se vio desbordada por un movimiento de manifestantes que, para subrayar su conformación por mujeres indignadas y hombres indignados, se autodenominó “de l@s indignad@s”. Con el signo de arroba, para ser más inclusivos.

L'attention de la Real Academia Española (RAE) a été attirée par l'utilisation croissante d'un abus de langage en Amérique latine : un article de la constitution vénézuélienne évoque les « Vénézuéliens et Vénézuéliennes » , et la présidente [argentine] Cristina Kirchner commence toujours ses discours en s'adressant « à tous et à toutes » .

Le courant « réformiste » a déjà plusieurs exemples à son actif, en plus de ceux que représentent la constitution du Venezuela et la présidente Kirchner. Le 15 mai dernier, la Puerta del Sol a été envahie par un groupe de manifestants qui, pour souligner le fait qu'il se composait de femmes indignées et d'hommes indignés, s'est autoproclamé [mouvement] des indigné-e-s [en espagnol de l@s indignad@s]. Avec le signe arobase pour être plus inclusif.

Sur ce point, le site Enfoque Jurídico [Perspective juridique] conseille d'éviter l'utilisation du signe @, car ce n'est pas un signe linguistique et il est de plus imprononçable.

Marcela Zeledón précise dans son article « L'utilisation du langage inclusif, un besoin social ? » :

… el lenguaje incluyente, hace referencia a toda expresión verbal o escrita que utiliza preferentemente vocabulario neutro, o bien, hace evidente el masculino y el femenino. También evita generalizaciones del masculino para situaciones o actividades donde aparecen mujeres y hombres”.

… le langage inclusif fait référence à toute expression verbale ou écrite qui utilise un vocabulaire neutre de préférence, ou bien fait apparaître le masculin et le féminin. Il évite également la généralisation du masculin dans les situations ou activités où figurent des femmes et des hommes.

Zeledón souligne que l'objectif n'est pas d'ajouter « os » et « as » à tous les mots, mais d'utiliser des termes et des concepts neutres qui incluent et donnent davantage de visibilité à tous les groupes qui composent la société. D'après l'auteure, un exemple serait « d'abandonner l'utilisation du terme homme, étant donné qu'il a toujours été employé de manière universelle » . Marcela Zeledón estime que cette pratique occulte la présence des enfants et celle des femmes. Le plus approprié serait de se référer aux deux sexes, en utilisant des termes comme « personnes » , « êtres humains » , «l'humanité » ou « l'espèce humaine » .

Sandra Russo a écrit un article là-dessus pour Página 12 sous la mention « Au sujet de tous et de toutes ». Elle y indique que le rapport a été signé par les 23 académiciens de la RAE (dont seulement trois femmes) :

La RAE salió, una vez más, al choque de una avanzada de género promovida desde hace años por muchos colectivos feministas, que elaboran guías sobre el sexismo en el lenguaje[…] Las feministas protestan porque el sustantivo masculino incluye al femenino, y eso ya no es un detalle, ni un modo decir lo correcto, ni es una enunciación justa. Las mujeres estamos gramaticalmente incluidas en los sustantivos masculinos (trabajadores, ciudadanos, amigos, invitados, etc.: todo eso, que es de género masculino, lleva al género femenino incorporado, justo como una costilla semántica). Pero no es la lengua la que determina la realidad, es al revés.

La RAE combat de nouveau une avancée dans le genre défendue depuis des années par un grand nombre de collectifs féministes, qui élaborent des guides sur le sexisme dans le langage […] Les féministes protestent contre l'inclusion du féminin dans les substantifs masculins, et cela n'est pas anodin, ni une manière correcte de dire les choses, ni un énoncé juste. Nous les femmes sommes grammaticalement comprises dans les substantifs masculins (travailleurs, citoyens, amis, invités, etc : tous ces termes, qui sont de genre masculin, intègrent le genre féminin, à l'image d'une côte sémantique). Mais ce n'est pas le langage qui détermine la réalité, c'est l'inverse.

Et elle ajoute :

Las lingüistas feministas sostienen que esa inclusión forzada de lo femenino en lo masculino es una forma de exclusión en la lengua. El estar contenidas e invisibilizadas en los sustantivos masculinos obliga a las mujeres a una pregunta que deben hacerse miles de veces en sus vidas: “¿Me están hablando a mí?”, mientras los varones jamás pasan por esa experiencia.”

Les linguistes féministes soutiennent que cette inclusion forcée du féminin dans le masculin est une forme d'exclusion dans la langue. Le fait d'être contenues et cachées derrière les substantifs masculins oblige les femmes à se demander des milliers de fois dans leur vie : « Est-ce à moi que l'on parle ?» , alors que les hommes ne traversent jamais cette expérience.

De la même façon, Russo note que « les milieux qui ne sont pas à l'aise avec la langue la modifient progressivement, dans un mouvement naturel de précision et de spécificité » .

Néanmoins, les utilisateurs de Twitter ont plutôt soutenu la décision de la RAE :

1 commentaire

  • Herman D.

    En aprenant d’autres langues on découvre parfois d’autres solutions à ce genre de problèmes: par exemple utiliser un préfixe pour indiquer qu’il s’ agit de femmes et d’hommes. Frères et soeurs devient en allemand >geschwister et en espéranto >gefratoj..seulement en allemand l’application de cette règle n’est pas systématique, tandis qu’en espéranto c’est clair, sans exceptions…

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