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Samia Yusuf Omar, la célébrité par l'athlétisme, la mort comme réfugiée, les honneurs par une bande dessinée

"An Olympic Dream," a new graphic novel about Samia Yusuf Omar, was first released in English in April 2016. Credit: Courtesy of SelfMadeHero

“An Olympic Dream” le roman graphique consacré à Samia Yusuf Omar, est paru en anglais en avril 2016. Crédit : avec l'aimable autorisation de SelfMadeHero

Cet article de Daniel Gross initialement paru sur PRI.org le 9 juillet 2016 dans le cadre du projet Across Women lives est reproduit ici suite à un accord de partage de contenu.

L'effroyable nouvelle est parvenue à Teresa Krug par la voie d'une sinistre vidéo sur YouTube : Samia Yusuf Omar, une sprinteuse somalienne qui avait concouru aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008, s'était noyée en avril 2012 en tentant de traverser la Méditerranée. Samia Yusuf Omar s'était fait un nom comme sprinteuse. Quand elle est morte comme une réfugiée, athlètes et journalistes furent frappés de stupeur.

“On n'arrivait pas à croire qu'une athlète olympique serait en situation d'être une réfugiée”, a commenté Krug, une journaliste indépendante qui s'était liée d'amitié avec Samia Yusuf Omar en Somalie. “Si quelqu'un comme elle n'a pas réussi, alors quel espoir reste-t-il aux autres ?”

La vie de Samia Yusuf Omar vient d'être adaptée en une bande dessinée biographique, “An Olympic Dream” (“Un Rêve olympique”), par l'illustrateur allemand Reinhard Kleist. Quatre ans après la mort de la jeune femme, son histoire est plus actuelle que jamais. La crise des réfugiés se poursuit, et les Olympiades d'été sont imminentes. Cette année, il y aura même une équipe d'athlètes réfugiés.

En s'intéressant à la vie remarquable de Samia Yusuf Omar et pas seulement à sa mort, “An Olympic Dream” rend humaine une crise qui trop souvent paraît abstraite. Le portrait plein d'empathie et d'émotion que fait Kleist de la sportive, largement inspiré des reportages de Teresa Krug, plaide pour de nouvelles formes de journalisme attachées aux personnes plutôt qu'à la politique.

Detail, "An Olympic Dream." Credit: Courtesy of SelfMadeHero

Détail de “An Olympic Dream.” Crédit : avec l'aimable autorisation de SelfMadeHero

Quand commence “An Olympic Dream,” on est en 2008 et la famille Samia Yusuf Omar est en quête d'un téléviseur. Ils font le tour de la capitale somalienne Mogadiscio jusqu'à ce qu'ils en trouvent un. Sur l'écran qui clignote, ils regardent Samia s'aligner sur la piste de demi-fond à Pékin, fine silhouette. Quand le départ est donné, elle est à la traîne. Elle gagne les coeurs de l'assistance non pour sa performance dans la course, mais pour la détermination dont elle fait preuve jusqu'au bout.

A son retour en Somalie, elle continue à s'entraîner. Les dessins de Kleist sont énergiques et par moment dramatiques : sur une planche, Samia Yusuf Omar court à travers les rues bondées de Mogadiscio, esquivant les extrémistes religieux d'al-Shabab. Lorsqu'elle court sur la piste détruite par un bombardement du stade Coni Stadium, elle a des flash-backs de Pékin. Deux gamins comptent ses temps en guise de chronomètre.

Mogadiscio n'est pas un endroit pour athlètes olympiques, et Samia Yusuf Omar finit par décider de quitter sa vie actuelle et sa famille pour poursuivre son rêve. Elle se rend en Ethiopie à la recherche d'une équipe. “C'était devenu son unique but dans la vie”, se souvient  Krug. “Trouver un coach et arriver jusqu'aux Jeux Olympiques”.

Detail, "An Olympic Dream." Credit: Courtesy of SelfMadeHero

Détail de “An Olympic Dream.” Crédit : avec l'aimable autorisation de SelfMadeHero

Kleist a fait le choix inhabituel d'une narration en grande partie à travers des statuts Facebook, librement inspirés d'entretiens avec Krug et la soeur d'Omar. “Je veux recommencer à m'entraîner”, dit un de ces posts. “Je pense toujours à Pékin. De la résidence, je pouvais voir la flamme olympique. C'était comme de voir le monde”.

C'est une méthode élégante pour mettre en scène une histoire si souvent filtrée au prisme des médias sociaux. Après que Krug eut aidé Samia Yusuf Omar à se créer un compte Facebook, elles ont utilisé la plate-forme pour rester en contact. Leur dernier échange a été un message écrit par Omar à Krug, expliquant qu'elle avait quitté l'Ethiopie pour la Libye, et espérait passer en Italie.

Le voyage de Samia d'Ethiopie en Libye semble désormais d'une dérangeante banalité. Elle paie des trafiquants d'êtres humains qui l'emmènent dans un dangereux voyage à travers le désert —un itinéraire suivi par des milliers et des milliers de migrants. Les scènes du désert rendues par Kleist sont impitoyables et solitaires. Une douzaine de personnes s'entassent dans une petite voiture, qui fonce à travers le désert interminable en traînant un long nuage de poussière.

Detail, "An Olympic Dream." Credit: Courtesy of SelfMadeHero

Détail de “An Olympic Dream.” Crédit : avec l'aimable autorisation de SelfMadeHero

Des scènes comme celle-ci veulent faire imaginer intimement aux lecteurs une crise qui a commencé à sembler anonyme. “Nous ne remarquons même plus le nombre”, écrit Kleist dans sa préface. Trop souvent, dit-il, nous oublions “les vies humaines derrière l'abstraction des chiffres”.

En 2012, Krug a écrit pour Al Jazeera un article sur ce qu'elle a ressenti à la mort de Samia Yusuf Omar : “déni de ne plus jamais la revoir, colère de ne pas avoir fait plus pour l'aider, ou que les médias — mes confrères — ne se soient intéressés à elle qu'après sa disparition”.

Krug ne croit guère que les choses aient changé depuis. En 2015, des milliers de migrants africains sont morts en essayant de traverser la Méditerranée. Des centaines de milliers de Syriens ont fui leur pays et affrontent des risques similaires.

Detail, "An Olympic Dream." Credit: Courtesy of SelfMadeHero

Détail de “An Olympic Dream.” Crédit : avec l'aimable autorisation de SelfMadeHero

Krug n'en est pas moins enthousiaste pour les approches neuves du récit documentaire telles que “An Olympic Dream.”

“Je ne me rendais pas compte de la puissance potentielle d'un livre comme celui-ci”, dit-elle. “Même les journalistes s'épuisent. Ce qu'il faut, c'est rechercher d'autres façons de présenter les sujets”.

Detail, "An Olympic Dream." Credit: Courtesy of SelfMadeHero

Détail de “An Olympic Dream.” Crédit : avec l'aimable autorisation de SelfMadeHero

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